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27/08/2016

Le gouvernement monte au créneau en faveur du débat électoral européen

Élections 2014

Le gouvernement monte au créneau en faveur du débat électoral européen

Top candidates Jean-Claude Juncker (European People's Party) and Martin Schulz (Socialists & Democrats ), will be featured in a one-on-one debate on 20 May, 2014. [The Council of the European Union]

Face à la grogne montante concernant l’absence de diffusion du débat entre les candidats à la Commission européenne sur une grande chaîne publique, la ministre de la Culture a décidé de saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Le mécontentement va croissant parmi les élus européens et les défenseurs de l’UE. Relégué sur le site Internet de France Télévisions, le débat du 15 mai entre les candidats à la présidence de la Commission européenne a trouvé nombre de défenseurs. Parmi lesquels la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti.

Le 30 avril, cette dernière a décidé de faire appel au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pour que le débat électoral ait une véritable place dans la programmation des chaînes françaises.

« Je souhaite que les débats sur le futur président de la Commission européenne soient largement partagés à la TV. J’ai saisi le CSA » a expliqué la ministre sur son compte Twitter.

Saisines en cascade

Mais la ministre n’est pas la première à avoir fait appel au gendarme de l’audiovisuel . Les sénateurs écologistes Jean-Vincent Placé et André Gattolin ont également saisi le CSA pour réclamer une diffusion en direct du débat par France Télévisions. Une demande qui a été examinée dès le 30 avril.

A l’issue de l’examen de la demande des sénateurs, le  président du CSA, Olivier Schrameck a rappelé au bon souvenir de France Télévision l’importance de ce débat.  « Dans le respect des choix éditoriaux qui sont placés sous votre responsabilité, le Conseil a souhaité appeler votre attention sur l’importance de cet enjeu pour le service public de la télévision » écrit le président du CSA à son homologue de France TV, Rémy Pfimlin.

Cette tape sur les doigts du CSA reste cependant sans portée contraignante, puisse que le courrier à une vocation informative et ne relève pas un manquement grave, cas dans lequel le le CSA peut pousser son action jusqu’à la prise de sanction.

Pour l’heure, la saisine annoncée par la ministre « n’a pas encore été officiellement reçu » affirme le CSA, qui devra opérer un second examen de la question du débat électoral. Mais la première décision ne semble pas augurer d’une prise de position plus musclée du gendarme de l’audiovisuel.  

Obligation de couverture de l’actualité européenne

Pourtant, selon le cahier des charges du groupe audiovisuel public, plusieurs rendez-vous hebdomadaires constitués notamment de reportages doivent pourtant être «  consacrés à l’information et aux débats politiques français et européens » (article 14).

Par ailleurs, l’article 16 du cahier des charges précise explicitement que France Télévisions « s’attache à évoquer les institutions européennes et notamment du Parlement européen ainsi que les réalisations, les innovations et les apports particuliers des différents pays de l’Union européenne ».

Chez France Télévisions, la polémique sur la diffusion du débat sembla agacer. Dans un communiqué du 28 avril, le groupe audiovisuel public explique que les différents groupes membres de l’Union européenne de radiotélévision (UER), l’alliance des médias des services publics en Europe qui organise le débat, retransmettront le débat « dans une logique de répartition rationnelle des missions et programmes sur leurs différentes chaînes.

Une organisation « qui ne prévoit pas que le débat soit retransmis sur les chaînes premium » souligne le groupe. Pour l’heure, les cinq candidats à la présidence de la Commission – Martin Schulz pour les socialistes, Jean-Claude Juncker pour la droite, Guy Verhofstadt pour les libéraux, Alexis Tsipras pour la gauche radicale et le tandem José Bové et Ska Keller pour les Verts – devront donc se contenter du site Internet de France Télévisions et d’une diffusion sur les chaînes parlementaires LCP-AN et Public Sénat, dont l’audience sans commune mesure avec celle de France 2.  

>>Lire : La télé française fait l’impasse sur le débat électoral européen

L’attitude de France Télévision a provoqué des remous ces derniers, notamment parmi les élus de tous bords. Dans une tribune intitulée « France Télévisions ne doit pas censurer le débat européen », des députés européens et des associations engagées en faveur de l’Europe ont lancé un appel pour que le débat soit diffusé en direct sur France 2. « C’est comme si le débat présidentiel en France n’était diffusé que sur le site internet d’une chaîne du Service public audiovisuel » s’insurgent les signataires.  

Une initiative qui fait suite notamment à la pétition  plus d’Europe à la télé, lancée le think tank Sauvons l’Europe, et qui a recueilli plus de 10 000 signataires au 2 mai.

Du côté de l’UMP, l’énervement est aussi au rendez-vous. « Je trouve cela lamentable que nos chaînes publiques ne fassent pas un effort » a confié Jean-Pierre Audy, président de la délégation française du PPE au Parlement européen. « Si vous ne faites pas de débats, il n’y aura pas d’auditeurs ! » a-t-il poursuivi, critiquant la logique d’audience de France Télévision.

Le problème de la médiatisation de l’actualité européenne n’est pas nouveau« Nous avons un retard abyssal en termes d’information européenne » déplore de son côté l’eurodéputé UMP Philippe Juvin. « Lorsque nous sommes en session plénière à Strasbourg, personne ne sait en France que nous siégons » regrette le candidat aux élections en Ile de France. 

Un débat qui fait débat partout en Europe

Dans le reste de l’Union européenne, le débat sera bel et bien retransmis par de nombreuses chaînes publiques ( ORF 3 en Autriche, RTBF – La Trois en Belgique, et encore  Rai News 24 en Italie). Certains pays comme la Croatie ou l’Espagne comptent même respectivement 5 et 4 chaînes régionales ou nationales engagées à diffuser le débat.

La question de la diffusion sur une grande chaîne se pose aussi en Allemagne, où une pétition a été lancée par les Jeunes fédéralistes européens pour que le débat soit retransmis sur une grande chaîne. 

D’autres Etats membres comme la Slovénie ou Chypre pointent pour l’heure aux abonnés absents, même si la liste des diffuseurs «  va probablement s’étendre » affirme l’UER à EurActiv. Enfin, deux invités-surprises vont également diffuser le débat : l’Ukraine (NTU)… et le Canada, sur sa chaîne parlementaire.

Organisé le  15 mai au Parlement européen de Bruxelles par l’Union européenne de radiotélévision (UER), alliance des médias des services publics en Europe, le débat est portant retransmis en « prime-time » par un nombre de chaînes publiques en UE. 

Contexte

Les candidats à la présidence de la prochaine Commission des partis européens s'affronteront lors de débats télévisés quelques semaines avant les élections européennes des 22 et 25 mai.

Outre Martin Schulz et Jean-Claude Juncker, Guy Verhofstadt, les deux candidats verts, Ska Keller et José Bové, ainsi que le candidat de Gauche européenne, Alexis Tsipras, devraient également participer aux débats.

Un débat en particulier devrait attirer l'attention sur les partis traditionnels et augmenterait peut-être le taux de participation.

Prochaines étapes

  • 8 mai : Jean-Claude Juncker et Martin Schultz, ZDF, ÖRF – Berlin
  • 9 mai : débat de l’ensemble des candidats – RAI Firenze - Florence (dont EurActiv est partenaire média)
  • 15 mai : débat de l’ensemble des candidats? UER – Bruxelles
  • 20 mai : Jean-Claude Juncker et Martin Schultz – ARD – Hambourg 
  • 22-25 mai: élections européennes dans les 28 Etats membres