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25/07/2016

Le PPE et les socialistes en marche vers une grande coalition au Parlement européen

Élections 2014

Le PPE et les socialistes en marche vers une grande coalition au Parlement européen

Manfred Weber (EPP) and Martin Schulz (S&D). [European Parliament]

Les dirigeants des deux grandes familles politiques se sont réunis le 24 juin pour discuter d’un accord sur les thèmes qui vont dominer le calendrier politique européen pour les cinq prochaines années. Et se sont partagé le mandat de président du PArlement européen

La grande coalition entre le Parti populaire européen et les Socialistes et démocrates au Parlement européen fait son chemin. « Nous avons tenu des discussions préliminaires […] en vue de trouver une majorité qui puisse mettre en place des réformes pour favoriser la croissance et la création d’emploi. Et en vue de garantir que l’UE soit parée pour relever les défis », a déclaré Manfred Weber, le président du groupe de centre-droit au Parlement européen (PPE).

Autre avancée dans la négociation entre les deux familles politiques, la répartition des cinq années de mandat de la présidence du Parlement européen. En effet, un accord prévoyant que la première moitié de la législature verra le Parlement dirigé par un socialiste, puis par un membre du conservateur à partir de janvier 2017 a été bouclé le 24 juin.

Le socialiste Martin Shulz, président sortant du Parlement européen semble en bonne position pour être reconduit au perchoir, tandis que le Français Alain Lamassoure est évoqué du côté du PPE. 

La famille politique de centre-droit, dont Jean-Claude Juncker est la tête de liste, a mis en avant cinq priorités : un marché unique numérique, une union énergétique européenne, la conclusion d’un accord commercial transatlantique (TTIP), une réforme de l’union monétaire et une solution liée à la remise en question du maintien du Royaume-Uni dans l’UE.

La semaine dernière, le président sortant du président du groupe socialiste S&D, Hannes Swoboda, a quant à lui énuméré les conditions pour obtenir le soutien des sociaux-démocrates. Il y a entre autres la souplesse dans l’application des politiques budgétaires (le pacte de stabilité et de croissance) et une réforme de la politique migratoire européenne.

Hannes Swoboda a souligné que Jean-Claude Juncker devrait obligatoirement répondre à ses exigences si ce dernier veut mettre en place une grande coalition. « Il est absolument évident que certaines politiques et attitudes doivent être changées. »

Étroite majorité

Le PPE et le S&D comptent respectivement 221 et 191 eurodéputés. Au total, ils décrochent donc 412 sièges, soit 36 de plus que la majorité.

D’habitude, le Parlement européen constitue des alliances ad hoc en fonction des textes de loi présentés. Les leaders des deux plus grands groupes sont convaincus que la grande coalition assurera la stabilité dans différents domaines politiques, ce qui laisse penser qu’un accord pourra être conclu sur bon nombre de points importants.

Cette entente impliquera très certainement le soutien de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne.Le Luxembourgeois a mené la campagne du PPE dans toute l’Europe, dans le cadre d’une initiative mise en avant pas les partis traditionnels du Parlement.

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Les deux groupes poursuivront leurs discussions lors de la première session plénière du nouveau Parlement, la semaine prochaine à Strasbourg.

Quel programme pour l’Europe ?

La réunion au Parlement arrive à la suite de la publication des projets de conclusions du Conseil européen, détaillant les points de vue des chefs d’État et de gouvernement sur les prochains défis de l’UE.

>> Lire : Les chefs d’État socialistes tentent de peser sur la feuille de route de l’UE

Du 26 au 27 juin, les dirigeants européens discuteront d’un accord sur les priorités européennes et sur le futur président de la Commission européenne. Jean-Claude Juncker s’est assuré le soutien de chefs d’État ces derniers jours et semaines, dont neuf leaders socialistes.

Le camp de Jean-Claude Juncker approche le sommet européen avec prudence. Dès qu’il sera désigné, l’ancien premier ministre luxembourgeois devra achever le travail de Manfred Weber et de Martin Schulz pour obtenir une majorité au Parlement. Les discussions auront lieu lors de la première session plénière à Strasbourg et les jours précédant la deuxième session entre le 14 et 17 juillet.

« Je m’attends à trouver des priorités stratégiques assez similaires […] Vous n’avez pas besoin d’être scientifique pour le découvrir », explique à EurActiv une source proche de Jean-Claude Juncker.

« Le but est de fixer des priorités stratégiques et l’orientation stratégique de la prochaine Commission. Cela n’a rien à voir avec le programme de travail [qui est plus concret]. Ces priorités sont très importantes, [car] elles donnent une indication sur ce qu’il est possible de faire », ajoute la source en soulignant que cela n’empêche pas Jean-Claude Juncker de mener des politiques plus spécifiques.

« Nous négocions avec tous les partis, sauf l’extrême droite. […] Tout le monde entre dans ces négociations avec des demandes. Toutes les demandes ne seront évidemment pas satisfaites », nuance la source.

Dans un billet d’opinion publié le 23 juin, Jacques Delors et António Vitorino du groupe Notre Europe  ont souligné qu’un accord sur les priorités serait d’autant plus utile s’il débouche sur l’adoption d’un accord interinstitutionnel formalisant un “contrat de législature” ».

Les libéraux espèrent toujours être dans le coup

À la suite des élections européennes, le groupe des libéraux (ADLE) espérait jouer les « faiseurs de roi » dans le prochain Parlement européen. Au cours des cinq dernières années, la faction a accordé son soutien soit à la droite soit à la gauche, ce qui lui a permis d’être dans la coalition gagnante.

Toutefois, « le S&D et le PPE ont souligné qu’ils sont vraiment en bonne voie de sécuriser une majorité ». L’ADLE aura dès lors peu de marge de manœuvre, explique Neil Corlett, porte-parole des libéraux.

Il a toutefois indiqué que « le S&D et le PPE détiennent seulement une étroite majorité et je pense qu’ils auront besoin de soutien ». Avec le soutien des libéraux, les textes de loi pourraient être adoptés assez facilement dans les prochaines années.

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Les libéraux ont cédé leur troisième place aux conservateurs de la CRE. La CRE et l’ADLE comptent respectivement 70 et 67 sièges. La date butoir pour former les groupes politiques est tombée le 25 juin.

Contexte

De nombreux changements auront lieu dans les hautes fonctions européennes à la suite des élections européennes de 2014.

Les hautes fonctions européennes sont généralement le résultat d'un processus de négociations  entre les États membres.La nomination des personnes qui vont occuper ces hautes fonctions fait l'objet d'une négociation en fonction de leur nationalité et de leur obédience politique. De cette manière, une représentation équitable des États membres et de l'équilibre du pouvoir politique en Europe est censée être assurée.

 >> Lire notre LinksDossier :hautes fonctions européennes :à qui le tour ?

Les défis qui attendent les prochains leaders européens sont de taille.L'Union économique et monétaire a besoin de réformes structurelles, le taux d'emploi (notamment chez les jeunes) vacille et la question du maintien du Royaume-Uni dans l'UE devient de plus en plus pressante.

 >> Lire notre LinksDossier :les défis qui attendent la nouvelle Commission européenne

Prochaines étapes

  •  26-27 juin : sommet des chefs d'État à Ypres et à Bruxelles.
  •  1-3 juillet : première session plénière du Parlement européen nouvellement constitué.
  •  14-17 juillet : deuxième session plénière

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