EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/08/2016

Les eurodéputés socialistes français veulent remettre la barre à gauche

Élections 2014

Les eurodéputés socialistes français veulent remettre la barre à gauche

Effectuer un tournant vers la gauche semble une priorité pour les eurodéputés socialistes

La délégation socialiste d’eurodéputés veut consulter le reste de la gauche européenne. Comme les nombreux « frondeurs » du PS, elle tente de remettre le cap à gauche.

L’opposition au gouvernement français qui s’est formée au sein même du Parti socialiste a le vent en poupe. Elle pourrait atteindre le Parlement européen. La délégation de 13 eurodéputés socialistes demande au bureau national du PS qui se réunira le 10 juin de se mobiliser via une déclaration proposant une consultation du reste de la gauche européenne.

La délégation a déjà discuté de la présidence de la future Commission européenne. Alors que l’Élysée répète haut et fort que le processus démocratique doit l’emporter, et soutient donc la candidature de Jean-Claude Juncker, les eurodéputés réclament une consultation des autres forces de gauche au Parlement européen afin d’identifier les points d’accord potentiels.

“Le Conseil ne doit pas se comporter en congrès de Vienne”

« Nous avons fait campagne en disant que le parti qui serait majoritaire au Parlement européen deviendrait le président de la Commission. Or le Conseil a désigné Van Rampuy plutôt que Jean-Claude Juncker pour mener des consultations pour former une majorité. Il ne faudrait pas que le Conseil européen se comporte en Congrès de Vienne, parce que dans ce cas il sera responsable du blocage des institutions » prévient Pervenche Berès, présidente de la délégation des socialistes français au Parlement européen.  

Les eurodéputés estiment que le jeu est nettement plus ouvert qu’il n’y parait. D’autant que l’élection provisoire de Martin Schulz à la tête des sociaux-démocrates du Parlement européen, le 18 juin prochain, semble désormais acquise. Or le candidat connaît bien les forces en présence des 28 pays.

Tenter une majorité de gauche au Parlement européen

Certains vont même plus loin, et ne veulent voter pour Jean-Claude Juncker sous aucun prétexte à l’heure actuelle. « Nos électeurs ne comprendraient pas, nous ne pouvons pas négocier directement avec le PPE alors que nous avons fait campagne contre le néo-libéralisme » s’insurge l’eurodéputé Guillaume Balas, qui estime qu’il faut en priorité tenter de former une majorité de gauche au Parlement européen.

Les Verts (52) la gauche radicale (45) et les sociaux-démocrates (190) représentent un total de 287 eurodéputés, soit loin des 376 de majorité absolue qui sont en théorie nécessaire. Mais malgré ses 221 sièges, le Parti populaire européen est très isolé. Le fait que les Vrais finlandais et le parti populaire danois aient rejoint le groupe des Conservateurs et Réformistes européens des Tories britanniques compromet tout accord potentiel avec eux. Les centristes sont également hésitants.

« La réorientation de l’Europe, nous devons tenter de le faire ! Si la gauche n’arrive pas à former une majorité, ce qui est possible, alors je plaiderai pour que nous restions une force d’opposition » avance de son côté Guillaume Balas.

Une position qui tranche nettement avec les petites habitudes de Strasbourg. Le Parti socialiste européen s’est régulièrement, comme lors de la dernière législature, allié à la droite du PPE dans le cadre d’une coalition, en se répartissant ensuite à la fois les postes clés du Parlement européen, comme les commissions, et en divisant même le poste de la présidence du Parlement en deux. C’est ainsi que Martin Schulz l’a eu durant 2,5 ans.

Mais « «le monde d’avant est terminé. On ne peut plus rester « entre soi » au Parlement européen. Aujourd’hui nous avons un cinquième des élus qui sont des nationalistes. Ils vont regarder le spectacle, et nous reprocher en permanence de représenter « l’ UMPS ». Ils auront raison ! Pour éviter cela, il faut favoriser un vrai clivage droite-gauche. Quitte à ne pas avoir de majorité de 376 voix au Parlement européen, qui est une règle absurde » estime Guillaume Balas.

Les socialistes affligés, nouveau club des Gauches

Les courants de pensée au sein du Parti socialiste se sont multipliés ces derniers temps. Guillaume Balas est secrétaire général d’Un monde d’avance, un courant dont fait partie l’ex-eurodéputé Liem Hoang Ngoc. Ce dernier lance samedi 7 juin au bureau de représentation du Parlement européen à Paris un nouveau club baptisé Les socialistes affligés.

Un cercle ouvert à tous les courants de la gauche française, des Verts aux socialistes en passant par la gauche radicale. Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, Eva Joly, Gérard Filoche, Pouria Amirshahi y participeront notamment.

« C’est une idée ancienne, qui est devenue urgente. Nous ouvrons nos portes à tous ceux qui veulent combattre la politique du gouvernement » explique Liem Hoang Ngoc. Selon Philippe Marlière, co-fondateur de ce club, la posture des socialistes français n’est plus tenable face à la montée du Front national

>>Lire l’interview de Philippe Marlière 

Que faire face à l’extrême-droite

La question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite divise au sein du parti de gauche. Autour du Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadelis, on prépare le terrain pour faciliter une éventuelle candidature de Manuel Valls à la présidentielle de 2017, qui est déjà dans les esprits. « On ne peut pas mettre un homme de droite candidat d’un parti de gauche !» s’insurge Liem Hoang Ngoc. Une position partagée par Guillaume Balas, qui s’inquiète du fait que les thèses de Marine Le Pen commencent à irriguer la vie politique. « Lorsque Laurent Wauquiez se fait critique sur l’Europe, ou lorsque François Hollande déclare au lendemain des élections européennes que l’Europe doit se retirer là où elle n’est pas nécessaire, il y a un problème » assure l’eurodéputé.