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25/09/2016

Les eurosceptiques marquent des points au Royaume-Uni

Élections 2014

Les eurosceptiques marquent des points au Royaume-Uni

Nick Clegg (left) and Nigel Farage [Liberal Democrats; European Parliament / Flickr]

Lors d’un débat télévisé, le chef de file des eurosceptiques britanniques Nigel Farage a tenu la dragée haute au libéral Nick Clegg en surfant sur la question du maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE.

Les passes d’armes ont été nombreuses le mercredi soir (2 avril) entre le chef des libéraux démocrates britanniques, Nick Clegg et Nigel Farage, leader du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et eurodéputé. 

Lors d’un débat organisé par la BBC, les deux hommes politiques se sont opposés sur le maintien du Royaume-Uni ou non au sein de l’UE à l’orée des européennes du 22 mai prochain. Nick Clegg, vice-premier ministre du gouvernement britannique, mène une campagne europhile tandis que son adversaire, Nigel Farage, représente le parti le plus eurosceptique du pays.

« Si un référendum [sur le maintien du Royaume-Uni à l’intérieur de l’UE] devait avoir lieu aujourd’hui, une majorité de Britanniques répondraient clairement non » a attaqué Nigel Farage. « Le peuple le plus à même à gouverner le Royaume-Uni est le peuple britannique », a-t-il poursuivi.

Nick Clegg a rétorqué de son côté qu’il n’était pas possible de profiter de tous les avantages de l’UE, tout en étant en dehors de l’Union. « Dans un monde dominé par l’incertitude, le nombre fait la force. C’est pourquoi nous devons rester dans l’UE, » a-t-il assené.

Le Royaume-Uni est le théâtre d’une poussée d’euroscepticisme ces dernières années. Des personnes, comme Nigel Farage, affirment que l’UE coûte d’une part de l’argent aux contribuables (le pays est un contributeur net) et est illégitime d’autre part.

Le parti conservateur britannique, en coalition avec les libéraux démocrates de Nick Clegg, a promis un référendum sur le maintien du Royaume-Uni, qui devrait avoir lieu en 2017, au cas où les conditions d’adhésion ne feraient pas l’objet de renégociation en faveur des termes britanniques.

Le milieu des affaires britannique européiste

Les statistiques officielles le montrent, les exportations du pays vers les autres États membres représentent pour plus de moitié de la totalité des exportations britanniques, soit 185 milliards d’euros.

Les acteurs des milieux financiers et des affaires ont alerté à plusieurs reprises les politiques sur les conséquences économiques qu’engendrerait une sortie de l’UE. Dernièrement, un rapport commandité par l’industrie automobile nationale estime que 92 % des entreprises du secteur automobile serait pour le maintien du pays au sein de l’Union, car plus intéressant pour leurs chiffres d’affaires – un nombre brandi avec enthousiasme par Nick Clegg lors du débat.

« Comment pouvez-vous parler de réformes, alors que vous souhaitez simplement fuir ? », a lancé le libéral à l’eurosceptique.

« Travailler ensemble avec les autres n’est pas une mauvaise chose. Cela nous renforce, et au contraire ne nous affaiblit aucunement », a ajouté le vice-premier ministre britannique. « Vous devez vous assurer que des gens investissent dans votre pays […] et qu’il y ait des emplois ».

Cependant, les premières sources d’inquiétude de l’électorat britannique – entre autres, l’immigration de travailleurs en provenance d’Europe centrale et orientale ou encore le sentiment de ne pas avoir le contrôle sur le processus législatifs au sein des institutions européennes, a pesé en faveur des propos du populiste et souverainiste. Celui-ci a en effet lourdement insisté sur le rapatriement des compétences européennes au niveau national.

« Ce qui compte à la fin, ce n’est pas ce que je pense, mais ce que les Britanniques pensent », a déclaré Nigel Farage. « Nous devons mettre sur pieds un référendum juste. Mais la classe politique n’en veut pas, car ils pensent que [les Britanniques] pourraient donner la mauvaise réponse ».

Nick Clegg a alors contre attaqué et qualifié les campagnes antieuropéennes de « fantasmes » tout autant qu’alarmistes. Selon lui, le Royaume-Uni devrait lutter pour son adhésion au sein de l’UE et non s’échiner en permanence à la détruire.

Les sondages donnent Farage gagnant

Le quotidien The Guardian a publié, hier soir, les résultats d’un sondage suite au débat : jusqu’à 69 % des sondés ont désigné Nigel Farage comme gagnant. Un autre sondage mené par pollster YouGov illustre la même tendance avec 68 % de répondants qui donnent UKIP comme gagnant.

Le débat télévisé organisé par la BBC est le deuxième où les deux hommes politiques s’affrontent. Le 26 mars dernier, Nick Clegg et Nigel Farage avaient déjà débattu de la question du maintien du Royaume-Uni dans l’UE dans les locaux de la radio londonienne LBC.

Le débat donne le coup d’envoi de plusieurs semaines de campagnes fiévreuses portant sur le futur britannique au sein de l’UE. Les derniers sondages indiquent que l’UKIP arriverait en deuxième position dans le cadre des européennes et obtiendrait 20 sièges, alors que le parti travailliste est en tête des sondages et capitaliserait 27 sièges. Le parti conservateur et actuellement au gouvernement ne serait accrédité pour sa part que de seulement 18 sièges. Quant aux libéraux, ils ne prendraient que 2 sièges.

Les débats présidentiels, une nouveauté au Royaume-Uni

Les débats télévisés sont chose courante dans bien des États membres. En revanche, il s’agit d’une nouveauté au Royaume-Uni et le premier débat télévisé n’a eu lieu qu’en 2010. Les deux partis traditionnels – le parti conservateur et celui travailliste – ont d’ailleurs fait montre de prudence lorsqu’il s’agit de s’investir dans un tel débat à l’approche des européennes.

Les prochaines européennes auront une dimension « présidentielle ». Une première dans l’histoire de ces élections. Presque tous les candidats de tête de liste des partis politiques paneuropéens sont également des prétendants à la présidence de la Commission. Par ailleurs, ces derniers se feront face lors de trois débats télévisés.

Les deux candidats qui ont potentiellement le plus de chances d’accéder au siège présidentiel sont le social-démocrate allemand, Martin Schulz, et le conservateur luxembourgeois, Jean-Claude Junker.

Les résultats de sondages paneuropéens, publiés par Pollwatch ce mercredi, attribuent au Parti socialiste européen (PSE) et au Parti populaire européen (PPE) exactement 212 sièges à chacun. Le parti avec le plus grand nombre d’eurodéputés est celui qui pourra soumettre son candidat à la succession de José Manuel Barroso, l’actuel président de la Commission.

Contexte

Les électeurs sont appelés aux urnes le 22 mai prochain dans le cadre des élections européennes. Le pays a 73 sièges à pourvoir au sein du Parlement européen et est ainsi le troisième pays avec le plus grand nombre d’eurodéputés dans l’hémicycle.

Les partis traditionnels sont mis sous pression, car les politiques eurosceptiques ont gagné du terrain ces dernières années. La campagne britannique est dominée par le débat sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’UE.

Une possible sortie du Royaume-Uni de l’UE a gagné en acuité lorsque le premier ministre David Cameron a déclaré en janvier 2013 que le Royaume-Uni devait utilisé le séisme provoqué par la crise de l’UE afin de renégocier les conditions d’adhésion du pays à l’intérieur de l’UE.

Les Britanniques bénéficient déjà de nombreuses exemptions dans des domaines politiques de l’UE clés depuis son entrée en 1973. Le pays ne fait pas partie ni de la zone euro ni de l’espace Schengen et ne participe pas à nombre de politiques européennes. Enfin, l’île ne se soumet pas aux règles européennes de coopération judiciaire.

Prochaines étapes

  • 22 mai : élections européennes au Royaume-Uni
  • 22-25 mai : élections européennes dans les Vingt-Huit
  • 18 septembre : référendum sur l’indépendance de l’Écosse
  • Mai 2015 : élections législatives au Royaume-Uni
  • 2017 : référendum proposé par David Cameron sur le maintien du Royaume-Uni ou non dans l’UE

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