EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

28/09/2016

Les médias montrés du doigt après la débâcle des grands partis

Élections 2014

Les médias montrés du doigt après la débâcle des grands partis

Quelques élus français à la représentation du Parlement européen, le 26 mai © EurActiv

Les eurodéputés français s’interrogent sur le traitement de l’information européenne. Surtout à la télévision.

Réunis à la représentation française du Parlement européen, lundi matin, plusieurs eurodéputés ont fustigé le rôle des médias au lendemain d’élections marquées par la montée de l’euroscepticisme, surtout en France.

«Je ne suis pas content d’un certain nombre de médias. Nous n’avons quasiment pas de reportages de fond sur qui a pris position, qui fait quoi au Parlement européen. Il y a deux correspondants à Bruxelles pour France Televisions, c’est insuffisant, même si Radio France avec 10 correspondants est très présent, ça ne suffit pas» a d’emblée attaqué Jean-Marie Cavada, réélu eurodéputé en Ile-de-France, assurant qu’il « n’instruisait pas de procès mais qu’il ne pouvait laisser l’opinion dériver comme celà »

Un point de vue qui avait déjà surgi durant la campagne, à l’occasion du débat entre les candidats à la présidence de la Commission.

>>Lire aussi : La télé française fait l’impasse sur le débat européen

Du côté des socialistes, Pervenche Beres, tête de liste en Ile-de-France, a déclaré qu’il était nécessaire qu’une réflexion et que des discussions s’engagent entre les têtes de listes et les responsables de chaînes de télévision, pour qu’une vraie offre sur l’Europe intervienne dans les journaux télévisés, régulièrement.

Karima Delli, élue verte dans le Pas de Calais s’est interrogée sur le fait que les journalistes ne remettaient pas assez en cause Marine Le Pen sur  des « contre-vérités ». « Elle était dans notre commission des affaires sociales, elle aurait pu déposer des amendements comme tout le monde. Or elle ne l’a pas fait, et en plus elle prétend par la suite qu’elle ne pouvait pas le faire faute de groupe au Parlement européen. C’est faux, et personne ne lui reproche ! ».

Nathalie Griesbeck (UDI-MoDem), réélue dans la circonscription de l’Est face aux poids-lourds médiatiques que sont l’ancienne ministre Nadine Morano (UMP), le vice-président du FN, Florian Philippot et l’ex syndicaliste de Florange, Edouard Martin (PS), est également critique.

« Les journalistes ne contestent jamais les inexactitudes et les mensonges proférés par les candidats lors de la campagne » s’agace-t-elle. 

Cercle vicieux

Du côté du PS, on souligne aussi un « cercle vicieux » qui s’est formé entre l’électorat et l’Europe, alimenté par les médias. Un sujet qui s’explique par un manque de compréhension des affaires européennes, selon le parti. « Les conditions de participation de la France à l’Europe inquiètent, c’est évident. Mais justement, en les manifestant par le vote eurosceptique les électeurs aggravent le problème. Durant la législature à venir, la France risque d’avoir du mal à peser en Europe» constate Pervenche Berès.

De fait, le premier choix qui doit être tranché au sein des institutions européennes, celui du président de la Commission, a déjà commencé à faire l’objet de tractations. Or les 24 députés FN n’ayant pas de candidats n’auront rien à dire sur le sujet, ce qui réduit la délégation française à 50 eurodéputés.

Interrogations sur les institutions

« Il n’est pas question que l’on ne s’interroge pas aujourd’hui sur l’information sur l’Europe» a déclaré Robert Rochefort, élu UDI-MoDem. Il faut réfléchir à cet espèce de bricolage entre les différents points relais, les maisons de l’Europe etc. Il faut qu’il y ait, au-delà des médias, des personnes et des institutions sur les territoires, nous ne pouvons pas faire à la fois VRP de l’Europe et responsables politiques en tant qu’élus » assure l’eurodéputé, citant les États-Unis, où les institutions fédérales ont pignon sur rue dans les Etats, sous différentes formes, et contrairement aux institutions européennes.

Durant la campagne, le CSA s’est interrogé sur la place souvent prépondérante accordée au Front National par les médias. Les conférences de presse de la campagne du parti d’extrême-droite ont également eu nettement plus de succès que celles des Verts ou du Front de Gauche, que les télés et les photographes ont relativement peu suivi.

De l’aveu d’un photographe indépendant, «les photos de Marine Le Pen se vendent nettement mieux que celles des autres candidats».

Contexte

Les élections européennes qui se sont déroulées le 25 mai en France ont été marquées par l'arrivée de 24 eurodéputés Front national, alors que le parti d'extrême-droite en avait 3 lors de la précédente législature. Avec 20 % des voix l'UMP aura 20 sièges, contre 13 pour le parti socialiste dont la délégation ne change pas de format. Les Verts passent de 16 à 6 élus, et les centristes à 7. Du côté de la gauche radicale, seulement 4 eurodéputés siégeront au Parlement de Strasbourg.

Plus d'information