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01/10/2016

Les politiques attaquent Marine Le Pen sur son absentéisme

Élections 2014

Les politiques attaquent Marine Le Pen sur son absentéisme

23 eurodéputés du Front national sont entrés au Parlement européen. Ils étaient seulement 3 entre 2009 et 2014

En pleine campagne pour les élections européennes, les attaques des politiques français contre Marine Le Pen se multiplient. Principal reproche, l’absentéisme récurrent de la présidente du Front National au Parlement européen, alors que celle-ci se présente pour un troisième mandat.

« Dans la commission où siège Karima Delli il y a aussi Marine Le Pen, mais elle ne l’y a jamais vue » souligne avec ironie l’eurodéputé vert Yannick Jadot sur Twitter. La critique sur l’assiduité de l’eurodéputée du FN semble être devenue un sport national dans la campagne pour les élections européennes.

Forte de son succès aux élections municipales de mars, où le parti d’extrême droite a remporté une quinzaine de mairies, Marine Le Pen compte poursuivre sur sa lancée et vise une vingtaine d’élus au Parlement européen, contre 3 aujourd’hui.

>>Lire : L’euroscepticisme décolle en France à l’approche des élections

Selon le dernier sondage de l’Ifop publié le 11 avril pour Paris Match et Sud Radio, le parti de Marine Le Pen arriverait en tête aux élections européennes (24 %), suivi par l’UMP (23 %) et le PS allié au PRG (21 %).

Mais face à la montée du Front National dans les sondages à quelques semaines des élections européennes, les politiques français de tout bord s’agacent du discours anti européen de la présidente du parti frontiste et pointent du doigt son absence de travail durant ses deux mandats à Bruxelles.

« Absentéisme militant »

Tête de la liste d’Europe Écologie Les Verts dans le Sud-Ouest, José Bové  fortement critiqué la présidente du FN,  l’accusant « d’absentéisme militant » en étant uniquement « présente aux séances plénières » du Parlement européen et de faire l’impasse sur le travail en commission.

Selon les statistiques de Votewatch, Marine Le Pen ne brille effectivement pas par la quantité de son travail parlementaire. L’eurodéputée frontiste affiche une participation aux votes en séance plénière de 65,6 % alors que la moyenne est de 83,3% pour l’ensemble des eurodéputés français. Un score qui lui permet de rester au-dessus des 50 %, seuil en dessous duquel les eurodéputés perdent la moitié de leur indemnité journalière de présence.  

 Parmi les activités parlementaires, Marine Le Pen a rédigé 3 questions parlementaires et 44 interventions en séance plénière pendant ses 5 ans de mandat. Le compteur sur le nombre de résolutions, de rapports ou encore de déclarations écrites reste bloqué à zéro depuis 2009.

Si l’eurodéputée n’est pas la seule élue française  à déserter les bancs du Parlement européen, l’absentéisme chronique des trois élus frontistes (Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnish) est pointé du doigt.  

« Jean-Marie Le Pen est là depuis quasi trente ans. Qu’a-t-il apporté à l’Union européenne ? Rien. Qu’apporte Marine Le Pen à part ses absences ? Rien » a affirmé Nadine Morano, ex-ministre du gouvernement Fillon sur RJC. « Les Le Pen se servent du Parlement européen comme d’une affaire familiale, c’est une PME pour eux. Ils viennent y chercher de l’argent, mais ils ne viennent pas y travailler », a poursuivi la tête de liste UMP dans le Grand Est,

La candidate aux élections européennes a également été attaquée par l’actuel président du Parlement européen et candidat socialiste à la présidence de la Commission européenne, Martin Schultz.  La semaine dernière, la leader du FN a refusé de débattre avec le candidat.

Une fin de non-recevoir que Martin Schulz a immédiatement expliquée par l’absence de bilan de Marine Le Pen. « Elle ne veut pas débattre avec un député européen, car elle sait qu’elle n’a aucun bilan à défendre au Parlement européen. Elle n’y a fait qu’occuper un siège pendant cinq ans » a asséné le président du Parlement dans une tribune.

Lire>> Marine Le Pen choisit ses contradicteurs

 « Son implication au Parlement restera toujours aussi nulle, son bilan toujours aussi inexistant. Le Front national n’a rien à offrir, à part des rémunérations confortables, aux frais du contribuable, pour ses élus absentéistes. »  a-t-il poursuivi.

Lors du débat télévisé, c’est finalement le candidat de l’UMP en Ile-de-France, Alain Lamassoure, qui a affronté Marine Le Pen, et repris les critiques sur son bilan. « Vous appartenez à la commission de l’emploi et des affaires sociales : vous y êtes allée 1 fois en 7 ans » a rappelé l’eurodéputé dans  « des paroles et des actes » sur France 2 le 10 avril. « Vous dites aux électeurs votez pour moi : ça fait 10 ans que je ne fais rien, et j’en demande 5 de plus! » s’est-il exclamé.

Contrevérités

Face à l’euroscepticisme croissant en France, les attaques sur le maigre bilan du Front National semblent un terrain plus sûr que celui des idées résolument antieuropéennes, alors que le sentiment anti-européen gagne du terrain auprès des électeurs français.

>>Lire aussi : Le centre se pose en opposant frontal au Front National

Reste que les idées défendues par Marine Le Pen sur l’Union européenne déclenchent régulièrement la colère de ses opposants, qui dénoncent des contre-vérités à répétition, notamment sur la monnaie unique.

« Tout le monde le sait: la sortie de l’euro, c’est 20 à 30 % du coût de la vie en plus. C’est la perte pour le pays de tous ses liens économiques. Ça n’apporte aucune solution » a affirmé José Bové, dénonçant les mensonges de la candidate sur les bienfaits de la sortie de l’euro.

Au Parlement européen, les coups de sang des eurodéputés français sont nombreux face aux déclarations de la présidente du FN. Début mars, l’eurodéputée du Front de gauche Marie-Christine Vergiat dénonçait l’utilisation détournée des chiffres sur le nombre de migrants de l’agence européenne Frontex de Marine Le Pen. « La manipulation des chiffres par Mme Le Pen n’est pas nouvelle. Elle ne fait qu’attiser des peurs et alimenter, le repli sur soi » s’insurgeait l’eurodéputé.
 

Début février, c’était au tour de l’eurodéputé Alain Cadec de hausser le ton. « Lors de l’émission Mots Croisés, Marine Le Pen […]a affirmé que le Parlement européen s’apprêtait à voter la « directive Lunacek » qui, selon elle, aurait légalisé la PMA et la GPA à l’échelle européenne. Et puis quoi encore! » s’est exclamé l’élu UMP dans un communiqué.

« Il existe bien un rapport Lunacek, voté ce mardi, mais il s’agit d’une simple opinion sans valeur juridique, cela s’appelle un « rapport d’initiative ». Par ailleurs, ce texte ne contient pas un seul mot sur la PMA et la GPA » a-t-il précisé. 

Contexte

Les extrêmes droite et gauche devraient progresser au Parlement européen pour les élections de mai 2014 si l'on en croit les sondages. La crise financière puis économique qui a suivi a en effet un mouvement de défiance de la part des populations, notamment dans les pays du Sud de l'Europe et en France où le parti du Front National est implanté.

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014: élections européennes dans le 28 Etats membres