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26/09/2016

Les sanctions contre la Russie divisent conservateurs et socialistes européens

Élections 2014

Les sanctions contre la Russie divisent conservateurs et socialistes européens

Président du PSE, Serguei Stanishev a des positions proche de celles du Kremlin sur l'Ukraine. Photo PSE

De profondes divergences émergent entre conservateurs et socialistes européens sur la réponse à apporter à la crise ukrainienne. L’appartenance politique et les intérêts nationaux influencent les positions de chacun.Un article du réseau EurActiv.

Le Parti populaire européen (centre-droit) est le fer de lance d’une ligne dure contre la Russie et s’est posé comme le mentor politique du gouvernement ukrainien d’intérim. Inversement, le Parti socialiste européen s’est tenu à distance de la crise politique ukrainienne et a appelé à la retenue des deux côtés.

La droite entre pression et dialogue diplomatique

Jean-Claude Juncker, tête de liste du PPE pour la présidence de la future Commission, est ressortissant du Luxembourg. Un pays qui ne s’exprime pas souvent sur les questions liées aux relations diplomatiques entre l’Est et l’Ouest. Néanmoins, ses propos sur le cas ukrainien peuvent être considérés comme bellicistes.

La pression et le dialogue diplomatiques ont en effet une place prépondérante dans la rhétorique de l’ancien premier ministre luxembourgeois. D’un côté, des sanctions économiques ont un double objectif : faire plier la Russie et envoyer un message en vue de mettre fin aux pratiques impérialistes qui appartiennent à un autre temps.De l’autre côté, le dialogue joue un rôle clé en vue de trouver un dénouement heureux pour tous les belligérants.

« Si nous voulons riposter, sans pour autant partir en guerre – nous avons assez de cimetières militaires comme ça en Europe – nous ne pouvons qu’imposer des sanctions », a indiqué le Luxembourgeois à Wirtschaftsblatt.

La tête de liste du PPE n’hésite pas à envisager un troisième niveau de sanctions, qui toucheraient l’économie russe et auraient des répercussions sur les économies des États membres de l’UE.Il a reconnu ces « dommages collatéraux », devaient être compensés par un mécanisme de solidarité selon lui. L’Allemagne et la France sont moins tributaires de la Russie sur le plan économique que la Bulgarie, la Finlande, la Lettonie ou encore la Pologne, a ajouté Jean-Claude Juncker.

Dans un entretien avec la Süddeutsche Zeitung, paru dans le quotidien le 7 mai dernier, Martin Schulz a mis en garde l’Europe. Selon lui, l’UE ne devrait pas se contenter d’évoquer des sanctions économiques mais devrait passer à l’acte, si elle souhaite préserver sa crédibilité. Par ailleurs, il s’est dit enclin à « laisser parallèlement une seconde voie ouverte » grâce en particulier aux négociations.

La gauche défend des « intérêts communs »

Le centre-gauche estime que les « intérêts communs » entre l’UE et la Russie devraient prévaloir sur toute autre considération. Martin Schulz, candidat de tête de liste du Parti socialiste européen, a fait prévaloir cette option à plusieurs reprises.

« Je vais être honnête; nous devons nous concentrer davantage sur la manière de ramener les Russes à la table des négociations et de les convaincre de l’existence de nos intérêts communs. Et nous devrions plus nous concentrer sur les intérêts que nous partageons. Si nous arrivons à convaincre toutes les parties engagées dans la crise, ceci permettrait d’approfondir nos relations mutuelles. Nos intérêts partagés sont des leviers qui permettraient de désamorcer les tensions », a expliqué le candidat allemand.

Le président du PSE, Sergueï Stanichev, adopte pour sa part une rhétorique rappelant celle du… Kremlin.

Sergueï Stanichev, également président du parti socialiste bulgare, a écrit sur sa page Facebook que les autorités ukrainiennes, qui jouissent par ailleurs d’un soutien inconditionnel du PPE, devraient être tenues responsables du carnage « scandaleux » d’Odessa. Le 4 mai dernier, plus de 40 partisans prorusses périssaient lors d’un incendie dans le bâtiment où ils s’étaient réfugiés à la suite d’affrontements contre des groupes progouvernementaux.

« Aucun objectif politique ne peut justifier un tel massacre aussi brutal et cruel d’individus pacifiques », écrit Sergueï Stanichev.

« Je considère de la plus haute importance que les autorités de Kiev prennent leur responsabilité et mettent un terme à la lutte menée par le Secteur droit », poursuit le Bulgare. Il fait ici allusion à ces groupuscules extrémistes qui ont joué un rôle important dans la chute de l’ancien président ukrainien, Viktor Ianoukovitch.

Ce même Secteur droit que les Russes qualifient de « fasciste ». 

Maja Kocijancic, porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, a été invité à s’exprimer le 6 mai dernier sur l’appartenance idéologique du Secteur droit : est-ce un parti politique extrémiste, néonazi ou une force politique normale ? S’en est suivi une longue succession de circonvolutions afin de ne pas répondre à la question.

Interrogé sur la position « amicale » de Sergueï Stanichev vis-à-vis de la Russie, Martin Schulz a répondu qu’il existait au sein de l’UE beaucoup d’États membres qui partageaient une frontière commune avec la Russie. « Pour cette raison, la question ami ou pas ami ne joue aucun rôle » a-t-il précisé.

La Bulgarie est fortement tributaire des importations d’énergie de la Russie – non seulement pour ce qui du gaz, mais aussi du pétrole. La seule raffinerie nationale, située à Bourgas, est en effet détenue par le géant russe Lukoil, qui traite seulement le pétrole brut russe.

En Bulgarie, les socialistes ne sont pas les seuls à dénoncer les sanctions économiques contre la Russie.Boïko Borissov, le fondateur et président des Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie, parti membre du PPE, s’est également opposé à toute nouvelle sanction.

La réponse européenne à la crise russo-ukrainienne devrait probablement être abordée lors des prochains « débats présidentiels » entre les candidats de tête de liste les 9 et 15 mai. Les ministres européens pourraient adopter de nouvelles sanctions contre la Russie le 12 mai prochain.

 

Contexte

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant Orient et Occident depuis la guerre froide.

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier.

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