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29/07/2016

Les socialistes espagnols vont voter contre Juncker

Élections 2014

Les socialistes espagnols vont voter contre Juncker

Juncker Le leader socialiste espagnol, Pedro Sánchez avait annoncé qu’il était contre la nouvelle Commission [photo PSOE]

Pedro Sánchez, le secrétaire général du parti socialiste espagnol (PSOE), a prévenu que sa délégation voterait contre la Commission Juncker. Le nouvel exécutif européen favorise trop les conservateurs, selon lui. Un article d’EurActiv Espagne. 

Les socialistes espagnols feront partie des « frondeurs » au sein du Parlement européen. Lors d’une intervention sur la chaîne espagnole TVE, Pedro Sánchez, le secrétaire général du parti socialiste espagnol (PSOE),  a exprimé son profond désaccord vis-à-vis des politiques économiques que comptent mener Jean-Claude Juncker et son équipe.

« Nous voterons contre », a déclaré Pedro Sánchez. L’Espagne compte 14 eurodéputés dans les rangs des Socialistes et Démocrates (S&D) à l’issue des européennes de mai dernier.

Priorité à l’austérité

En effet, la distribution des portefeuilles annoncée par Juncker le 10 septembre dernier semble faire la part belle aux tenants de l’austérité, alors que les questions sociales et les politiques économiques en faveur de l’emploi sont laissées de côté.

Pedro Sánchez a ainsi expliqué que les pays qui affichent des taux de chômage alarmants, à l’instar de l’Espagne, espéraient bien plus que les propositions de M. Juncker.

« Nous devrions mettre l’accent sur les politiques européennes relatives à la création d’emploi et devrions abandonner ces politiques d’austérité qui nous causent tant de tort », a-t-il poursuivi.

Miguel Arias Cañete occupera le poste de commissaire à l’action pour le climat et à l’énergie. Pedro Sánchez a pourtant rappelé que l’ancien ministre de l’agriculture a abandonné la promotion des politiques plus écologiques dans ce secteur. Le parti socialiste espagnol n’approuve donc pas le portefeuille qui a été attribué au commissaire Cañete.

Miguel Arias Cañete est en effet l’un des candidats les plus controversés de la nouvelle Commission. Son audition devant le Parlement européen constituera une véritable ordalie pour ce dernier, notamment à cause de ses propos sexistes durant la campagne des élections européennes.

 >> Lire : Le candidat commissaire espagnol sexiste essuiera les critiques du Parlement

La classe politique espagnole est profondément divisée quant à la nomination de Miguel Arias Cañete au poste de commissaire à l’action pour le climat et à l’énergie. Pour certains, ce dernier ne fera qu’exporter le modèle défaillant de l’Espagne dans ce domaine au niveau européen.

>> Lire : Le climat, perdant de la nouvelle Commission ?

Le groupe S&D semble lui aussi partagé par le vote de la Commission Juncker.

Selon certaines sources, Pedro Sánchez devrait tenir le 16 septembre une réunion à Strasbourg avec les dirigeants du groupe des Socialistes et démocrates, dont le président Gianni Pitella, et le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Une Commission « équilibrée » ?

Il est fort probable que la majorité des eurodéputés du S&D apporte son soutien à Jean-Claude Juncker. Dans un communiqué de presse, Gianni Pitella considère que la Commission est « équilibrée ». Il a aussi déclaré que « la nomination de Pierre Moscovici indique clairement que l’Europe a tourné la page de l’austérité ».

Les sociaux-démocrates divisés

Dans une déclaration, le Parti socialiste européen a exprimé sa « grande satisfaction » vis-à-vis de la nouvelle Commission : « le portefeuille clé sur les affaires financières et économiques » a été assigné au Français Pierre Moscovici, « ce qui renforce la position de notre famille politique en vue de réformer l’économie européenne actuellement atone ».

Mais nombreux sont ceux à l’intérieur du S&D qui ont un autre point de vue. Ils pensent que, dans les faits, Pierre Moscovici sera sous la férule de Jyrki Katainen, le vice-président de centre-droit responsable de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité. Ils déplorent également que le portefeuille des affaires sociales a été confié à la Belge Marianne Thyssen, également de centre-droit, elle-même subordonnée au vice-président de centre-droit letton Valdis Dombrovskis.

Lors d’un entretien avec EurActiv, l’eurodéputé bulgare Georgi Pirinski du S&D, a fait part de son mécontentement. Il estime en effet que la nouvelle Commission est déséquilibrée, car la configuration actuelle met sur un piédestal les forces de centre-droit. Georgi Pirinski, ancien ministre bulgare des Affaires étrangères, a laissé entendre que le soutien de son groupe à la nouvelle Commission ne devait pas être considéré comme acquis.

« La première impression qui ressort de la distribution des portefeuilles annoncée par Jean-Claude Juncker [. . . ] est qu’il n’a pas lancé de signaux clairs de changement sur ce dossier, pourtant nécessaires et souhaitables. Au contraire – à travers ce qui semble être un réagencement de l’exécutif européen, [Jean-Claude Juncker] préserve en fait la position dominante des vice-présidents et commissaires conservateurs à la tête des politiques économiques et financières. Les questions des politiques sociales et de l’emploi sont subordonnées à une vice-présidence issue de sa famille politique », a-t-il ajouté. 

Contexte

La Commission européenne est l'institution qui possède l'initiative législative, qui exécute les lois, et qui applique les politiques européennes, enfin qui représente l'Union sur la scène internationale.

La Commission est élue tous les cinq ans, et est composée de 28 membres, appelés de façon informelle « commissaires ». Chaque État membre nomme un commissaire. Le Conseil européen désigne l'un de ces 28 membres au poste de président de la Commission européenne.

Le Parlement européen doit après approuver le président élu, puis l'équipe qu’il soumet.

Chaque Commissaire est responsable d'un domaine politique précis. Le Parlement organise des auditions avant d'approuver la Commission dans son ensemble afin de déterminer si chacun des commissaires présentés est compétent pour le portefeuille qui lui incombera.

Une fois la nouvelle équipe approuvée par le Parlement, le Conseil de l'UE investit dans ses fonctions la nouvelle Commission.

Prochaines étapes

  • 29 sept. - 3 oct. : le Parlement européen organise des auditions des candidats commissaires
  • 1er novembre : Federica Mogherini prendra le relais au poste de haut représentant de l'Union européenne pour les affaires européennes
  • 1er décembre : Donald Tusk prendra la succession d'Herman Van Rompuy à la tête du Conseil européen

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