Les socialistes français s’enthousiasment pour Syriza

Après avoir observé avec méfiance la montée du parti de gauche radicale en Grèce, les socialistes français ont chaudement félicité Alexis Tsipras après les élections.

En France, la victoire du parti d’extrême gauche emmené par Alexis Tsipras a embarrassé les socialistes français, déjà fortement divisés sur les questions économiques.

Plus proche sur le papier du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, Syriza, s’est finalement retrouvé assimilé par les socialistes français à une victoire de la gauche en Europe. Ces élections législatives anticipées ont pourtant signé la déroute de l’allié traditionnel du PS, le Parti socialiste panhellénique (Pasok).

>>Lire: La victoire de Syriza brave l’austérité en Europe

A l’issue d’une réunion de l’Eurogroupe le 26 janvier à Bruxelles, le ministre des Finances Michel Sapin s’est félicité de la volonté de dialogue affiché par Syriza.  « Ce dialogue il aurait fallu l’engager de toute façon, avec quelque gouvernement grec que ce soit, car la situation grecque nécessite un dialogue, pour qu’un certain nombre de réformes, que Syriza a portées pendant la campagne électorale – je pense en particulier aux réformes administratives ou réformes fiscales – , que ces réformes aient lieu, pour que nous puissions discuter ensemble des solutions, de la meilleure voie, du meilleur chemin pour permettre à la Grèce de retrouver de la stabilité et de la croissance » a-t-il souligné.

Victoire de « gauche »

De leur côté, le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis et le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone avaient appelé le jour des élections  à la victoire « de l’ensemble de la gauche » en Grèce.

Après la victoire  de Syriza, Jean-Christophe Cambadélis s’est félicité sur Twitter de victoire « d’un parti de gauche », estimant qu’il s’agissait toujours d’une «  bonne nouvelle pour le Parti socialiste ».

Dans le parisien.fr, le numéro un du PS a également justifié la victoire revendiquée par le PS, malgré l’effondrement de son partenaire historique, le Pasok. « Le Pasok a été défait en novembre 2011 lorsque Mme Merkel et M. Sarkozy ont interdit au premier ministre Georgios Papandréou d’organiser un référendum sur l’euro. Le peuple grec a été blessé de se voir imposer par la France et l’Allemagne les modalités de son action. Peu après, le Pasok en a payé le prix. Dans le même temps, Syriza s’est recentrée, acceptant de rester dans l’euro et prenant ses distances avec les positions extrêmes. Il était logique que le parti de Tsipras occupe la place du Pasok avec les thèmes qui étaient les siens en 1974 (NDLR : fin de la dictature) » a-t-il expliqué.

Même son de cloche du côté de Philip Cordery, secrétaire national à l’Europe du Parti socialiste. Le PS « se félicite de la victoire des forces de gauche en Grèce » dimanche, « une bonne nouvelle pour le peuple grec » a-t-il affirmé.

« La ligne anti-austérité est aujourd’hui renforcée en Europe. Depuis 2012, François Hollande et les leaders sociaux-démocrates sont à l’œuvre pour réorienter l’Union européenne. Ils trouveront en Alexis Tsipras un nouvel allié » a précisé Philip Cordery.

Cause « commune, selon Bruno Le Roux

Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a «lu le programme» de Syriza, a-t-il assuré lundi 26 janvier au micro de France Info. «Nous partageons beaucoup de choses en commun», a-t-il assuré, énumérant ce qui rapproche selon lui Syriza du PS : la sortie des politiques d’austérité, la mutualisation de la dette… «Les propositions de M. Tsipras ont déjà été réalisées par la gauche depuis bien longtemps»

Le député de Seine-Saint-Denis a même invité Alexis Tsipras à «venir discuter avec le président» François Hollande. En mai 2012, alors que le leader de la gauche grecque était en déplacement en France, les socialistes français avaient pourtant refusé de le recevoir.

Pas de parallèle entre le PS et le Pasok

Pour Julien Dray, vice-président PS du conseil régional d’Ile-de-France,  « l’ensemble de l’Europe devra entendre ce que dit le peuple grec et ce que disent d’autres peuples »sur des « politiques d’austérité qui ne donnent pas de résultats », a-t-il déclaré dans Politis.

Mais en France « une partie de la gauche de la gauche risque d’avoir des désillusions parce que le programme de Tsipras est plus un programme de social-démocratie que proche de Jean-Luc Mélenchon » et que Syriza s’est construit par « une démarche unitaire de rassemblement, pas par des sommations ou des ultimatums ».

Quant au PS, « ce qui le protège encore pour l’instant », à la différence du Pasok par exemple, est qu’il est« possible d’avoir en permanence des débats en son sein et qu’il n’est pas sourd à ce qui se passe dans la société », mais « je lance une petite pierre dans le jardin de mon camarade Jean-Christophe Cambadélis: il va falloir que le congrès du PS ne soit pas simplement un petit congrès de courants » et qu’il y ait « de vrais débats ».

Prudence du commissaire Moscovici

Pierre Moscovici, commissaire européen socialiste aux Affaires économiques avait montré son peu d’enthousiasme pour Syriza avant les élections. « Un tel travail a été fait par les autorités grecques, tant d’efforts, tant de choses accomplies que ce serait dommage de ne pas continuer », avait-t-il déclaré à l’issue d’un entretien avec Antonis Samaras en décembre.

>>Lire: La victoire de Syriza en Grèce challenge la Commission européenne

Au lendemain des  élections, le commissaire français a indiqué que la Commission européenne respectait « pleinement le choix souverain et démocratique du peuple grec ». 

Contexte

2014 a marqué la fin d'une douloureuse période de récession de six ans pour la Grèce, qui a eu recours au marché obligataire deux fois après un exil de quatre ans. Aujourd'hui, à la veille d'élections présidentielles anticipées, les investisseurs craignent pourtant que la crise ne refasse surface.

Le 8 décembre, les ministres de la zone euro ont décidé d'accorder à la Grèce une extension de deux mois du plan de sauvetage, plutôt que l'extension de six mois à laquelle Athènes s'opposait. Ces deux mois devraient permettre au pays de finaliser son rapport de fin de renflouement avant de close une fois pour toutes le chapitre du renflouement.

Depuis cet été, tous les sondages indiquent que des élections immédiates verraient le parti Syriza remporter le scrutin. Le parti de gauche est d’ailleurs le grand gagnant des élections européennes du mois de juin.

Les élections législatives qui ont eu lieu le 25 janvier 2015 ont donné raison aux sondages. C’est Alexis Tsipras, chef de file du parti d’extrême gauche, qui est sorti favori des élections avec 36.5 % des voix. Une victoire qui enclenchera une longue période de dialogue et de négociations avec les dirigeants de l’UE.