EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

24/07/2016

Ultimes tractations pour la nouvelle Commission

Élections 2014

Ultimes tractations pour la nouvelle Commission

Kristalina Georgieva et Helle Thorning Schmidt pourraient apparaître aux premières loges des futures institutions

L’idée d’un poste de vice-président à l’investissement, un thème majeur de la future Commission, est dans l’air. Peu nombreuses parmi les candidates, les femmes pourraient rafler les postes de Haute représentante aux affaires étrangères et de présidente du Conseil.

A quelques encablures de la rentrée européenne incarnée par le sommet européen du 30 août, la répartition des postes de la future Commission fait l’objet de négociations intenses. Le nouveau président de la Commission est déjà en retard sur son calendrier, mais les choses vont s’accélérer. Le poste de Haut(e) Représentant(e) pour les affaires étrangères doit être décidé le 30 août, et le collège de commissaire désigné d’ici le 10 septembre, précise-t-on à l’Élysée.

Les postes les plus en vue ne sont pas exactement les mêmes que pour la précédente Commission. Ainsi les questions budgétaires sont moins recherchées : le budget européen pour la période 2014/2020 a été adopté et court jusqu’à la fin de la Commission Juncker.

Numérique et énergie dans les postes en vue

En revanche, les convoitises se portent sur les postes concernant l’économie : concurrence, affaires économiques, marché intérieur, commerce, énergie et numérique. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France lorgnent tout particulièrement de ce côté là. Habituellement, les portefeuilles ne sont pas attribués deux fois de suite au même pays ; il y a donc peu de chance que l’Allemagne récolte l’énergie ou la France le marché intérieur. Il y a également peu de chance à ce que l’Allemagne récupère les affaires économiques vu sa situation relativement atypique en Europe, ou la concurrence, puisque de nombreux dossiers concernent l’Allemagne ; des arguments qui peuvent être également valides pour la France. Les deux pays semblent a priori plus légitimes pour le numérique et le commerce, plus le marché intérieur pour l’Allemagne, et l’énergie pour la France.  

L’investissement en première ligne

Mais de nouvelles fonctions pourraient être mises en jeu. Faute de clusters, la Commission pourrait envisager des postes de vice-président transversaux. Dont un portefeuille portant sur les questions d’investissement, un sujet qui sera crucial durant la future mandature. C’est ce dernier poste qui semble séduire Pierre Moscovici, le candidat français au poste de commissaire.

Lors du conseil européen du 27 juin, les chefs d’État étaient tombés d’accord sur le manque d’investissement qui pénalise l’Union européenne, notamment dans les pays les plus frappés par la crise où le capital vient à manquer. Le projet de l’Élysée de lancer un plan d’investissement de 1200 milliards d’euros sur 5 ans n’a pas été retenu, mais Jean-Claude Juncker a proposé un plan de 300 milliards d’euros sur trois ans, que l’Elysée soutient désormais.

« On a ancré l’idée au niveau européen, c’est une première victoire. Maintenant on ne peut pas ne pas soutenir Juncker, ce qui affaiblirait sa position sur ce sujet. Simplement il va falloir discuter du montant, qui n’est pas définitif » assure-t-on à l’Elysée

L’Elysée avait estimé les besoins à 240 milliards d’euros par an, soit 2 % du PIB européen.  La présidence française juge aujourd’hui qu’il faut prendre les étapes les unes après les autres, et que le montant avancé par Jean-Claude Juncker pourra être négocié. « On va passer à la seconde étape, qui consiste à mobiliser concrètement des moyens entre le public et le privé ; rien n’est décidé pour l’instant ».

Un commissaire à l’euro ?

Plutôt que d’intégrer le poste de président de l’Eurogroupe, un portefeuille de vice-président en charge de la zone euro pourrait être envisagé. Ces nominations transversales présentent l’avantage de contourner l’obstacle posé par les « clusters », une organisation qui induit de facto des postes de super commissaires et de sous-commissaires.

>>Lire aussi : Pierre Moscovici juge la clusterisation de la Commission indispensable

Les femmes aux premières loges ?

Les candidatures présentées à Jean-Claude Juncker jusqu’alors sont peu représentatives de la gente féminine, qui a pourtant souhaité que les femmes soient représentées. Pour l’heure, il existe seulement 4 candidates face à 19 hommes, comme le souligne ce graphique de Europe Decides :

 Un déséquilibre fâcheux ; le nouveau président de la Commission souhaitait au contraire que plus de femmes soient présentes à ces côtés dans le futur collège. « Celà pourrait être compensé par des postes majeurs pour des femmes. Deux femmes pourraient occuper les postes de Haute Représentante et de présidente du Conseil européen” suggère un fin connaisseur.

 

Pour le poste de Haute Représentante, la candidature de la bulgare Kristalina Georgieva  a gagné en légitimité cet été, contrairement à celle de l’italienne Federica Mogherini contestée pour sa position face à la Russie. Et pour le poste de président du Conseil européen, la danoise Helle Thorning- Schmidt reste le nom le plus souvent cité.

Sur les 27 pays à présenter des candidats, trois pays n’ont officiellement toujours pas de candidats : la Belgique, qui n’a pas non plus de gouvernement ; les Pays-Bas, qui hésitent, et enfin les Slovènes, dont le gouvernement est en phase de transition.

Contexte

Le Parti socialiste européen a fait campagne contre l’austérité pour les élections européennes. Arrivé en tête, avec une courte majorité, le Parti populaire européen se voit contraint de construire une majorité avec les sociaux-démocrates. Ce qui  suppose, dans l’idée de la gauche européenne, d’assouplir la contrainte budgétaire du Pacte de stabilité en l’interprétant de façon plus souple.