Un néonazi élu gouverneur en Slovaquie

Marian Kotleba a été élu à la tête de la région de Banská Bystrica, en Slovaquie. L'irruption de ce néonazi sur la scène politique résonne comme une onde de choc en amont des élections européennes.

Connu pour ses costumes rappelant furieusement ceux des nazis, ou encore ses propos délibérément antiroms, Marian Kotleba ne cesse d'émettre des points de vue surprenants. Il estime que l'OTAN est une organisation terroriste. Il a été arrêté pour « discours de haine » à l'encontre de la grande minorité rom, aussi connue pour être démunie. Il a également tenu des propos négationnistes par le passé.

Il est aussi eurosceptique fervent ; selon lui, la Slovaquie devrait quitter la zone euro.

À 36 ans, il admire l'ancien président Jozef Tiso qui avait accepté d'envoyer des dizaines de milliers de juifs dans les camps de la mort sous la coupe de l'Allemagne nazie.  Il a néanmoins récemment échangé son uniforme brun contre un costume. Il se sert souvent du ralentissement économique dans ses discours pour dénoncer la communauté rom.

L'homme politique a pourtant été élu gouverneur de la région de Banská Bystrica avec une majorité confortable, soit 55,5 % des voix. Son rival Vladimír Ma?ka, candidat du parti de centre-gauche Smer et actuellement au pouvoir, a été battu au second tour, plongeant la plus grande partie du pays dans le doute, selon un observateur slovaque.

Vladimír Ma?ka avait pourtant reçu le soutien de nombreux partis politiques : le Mouvement pour la démocratie (HZD), le Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS), le Parti d'une Slovaquie moderne (SMS), le Mouvement chrétien-démocrate (KDH), le Parti des communautés hongroises (SMK) et le parti social-démocrate Most-Híd.

Le dirigeant régional de l'Union démocrate et chrétienne slovaque (SDKÚ), Ludovít Kaník, est arrivé en troisième position lors du premier tour. Il n'a donc pas pu participer au second tour.

Le premier ministre, qui est aussi numéro un de Smer, a rapidement blâmé le SDKÚ et un autre parti de droite Liberté et Solidarité (SaS) pour ne pas avoir accordé leur soutien au candidat de son parti. Smer et SDKÚ sont respectivement membres du Parti socialiste européen (PSE) de centre-gauche et du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit.

« Les électeurs de droite ont sûrement voté en faveur de Marian Kotleba afin de faire perdre Smer », a indiqué le premier ministre dans le quotidien Sme. Il a ajouté que « l'antéchrist, Satan, Hitler ou Mussolini » seraient mieux que Vladimír Ma?ka -aux yeux de la droite.

Les observateurs ont fustigé la réaction du premier ministre, la qualifiant de démagogique. Selon eux, tous les hommes et femmes politiques portent une part de responsabilité au regard de ces derniers résultats électoraux.

Le président slovaque, Ivan Gašparovi?, s'est déclaré « surpris par les résultats ». Il les a qualifiés « d'une mise en garde contre les classes politiques, depuis longtemps insoucieuses et indifférentes vis-à-vis des problèmes rencontrés par la population ».

Les défenseurs des droits de l'Homme et les organisations juives ont tiré la sonnette d'alarme quant à l'élection de Marian Kotleba. Le Congrès juif européen situé à Paris a appelé aujourd'hui les responsables de l'UE « à créer un plan d'action contre les partis politiques néonazis « avant qu'il ne soit trop tard ».

« Les néonazis remportent de nombreuses victoires politiques et utilisent le système démocratique contre les démocrates. La démocratie doit se défendre », a déclaré son président Moshe Kantor dans un communiqué.

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