Alain Lamassoure: « Le PPE est désormais ma seule famille politique »

Pilier pro-européen de sa famille politique, l'eurodéputé Alain Lamassoure a décidé de jeter l'éponge et de quitter Les Républicains.

Alain Lamassoure, l’ancien chef de file des eurodéputés Les Républicains, a claqué la porte de sa famille politique, dénonçant la « dérive droitière » et la multiplication de décisions « politiquement absurdes ».

Alain Lamassoure est un eurodéputé français depuis 1999. Il a été chef de file de la délégation française du PPE et président de la commission d’enquête sur les Panama Papers (commission TAXE). Il a également occupé les postes de Ministre au Budget et Ministre délégué aux Affaires européennes entre 1993 et 1997

Vous avez décidé de quitter le parti Les Républicains. Est-ce une décision qui résulte d’une longue réflexion ?

Je me sentais de plus en plus mal à l’aise depuis quelques temps, voire quelques années, dans ce parti. Les valeurs de l’UDF et du RPR, qui étaient libérales, européennes, centristes, humanistes ont beaucoup souffert. Le premier épisode que j’ai trouvé insupportable a été, au lendemain du premier tour des élections présidentielles, que le bureau politique de LR, fortement influencé par Laurent Wauquiez, adopte une déclaration qui n’appelait pas clairement à voter en faveur d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen.

L’exclusion par le bureau de LR d’Édouard Philippe a donc été la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Oui. Nous avons perdu une élection imperdable, face à un parti qui n’avait que quelques mois, c’est impardonnable. Malgré cela nous avons un Premier ministre issu de nos rangs, qui met en oeuvre une politique de libéralisation que nous aurions dû nous même faire. Le groupe parlementaire LR à l’Assemblée nationale a d’ailleurs voté à l’unanimité son soutien au Premier ministre pour l’adoption d’ordonnances sur la réforme du droit du travail. Dans ces conditions, exclure le Premier ministre est politiquement absurde !

Je n’en peux plus. Je constate un basculement systématique des positions politiques du parti vers la droitisation. Je m’aperçois que je ne peux pas empêcher ces dérives de l’intérieur. Donc je pars, on verra ce que je peux faire de l’extérieur.

Est-ce que vous faites toujours partie de la délégation de la droite française au Parlement européen ?

Je suis membre du Parti populaire européen, c’est désormais ma seule famille politique et je m’y sens bien plus à mon aise que chez LR. Je reste dans la délégation française du PPE, mais j’ai remis à la disposition de la délégation mon poste de premier vice-président. C’est au bureau de la délégation de choisir : sur les 20 membres de la délégation, il y a 18 républicains, il est possible qu’ils souhaitent reprendre ce poste.

Comment envisagez-vous les élections européennes de 2019 ?

Quoi qu’il arrive, je resterai au Parti populaire européen. Compte tenu de l’éclatement des familles politiques en France, je comprends que des questions se posent.  Les LR resteront probablement au PPE, et si les Constructifs fondent un nouveau parti politique, ils devraient aussi y adhérer. La grande question, c’est ce que fera La République En Marche.

Pensez-vous que LREM rejoigne un parti européen existant ?

Sur la politique européenne, Emmanuel Macron manque d’expérience. Il multiplie les consultations, ce qui est une bonne chose. Il a caressé l’idée de faire un « En Marche européen », mais l’Europe n’est pas un échiquier comparable à la France. La CDU s’est construite avec l’aide du PPE, on ne peut pas imaginer qu’elle le quitte, c’est un de ses instruments d’influence aujourd’hui.

Donc Macron va se rendre compte qu’il risque de se retrouver avec des partis politiques parfois marginaux, qui ne sont pas de son niveau.

Le parti d’Emmanuel Macron cherche à s’européaniser pour 2019

La République en Marche hésite entre la création d’un nouveau parti et le rattachement aux centristes, en amont des élections européennes de 2019.

Que pensez-vous de son idée de mettre en place des listes transnationales pour les élections européennes ?

Je pense que cette idée va à contre sens du besoin de rapprocher les électeurs des élus européens. Macron devra y renoncer, parce l’équation est de toute façon trop compliquée à mettre en place, il faudrait soit désavantager les petits, soit les grands pays, et personne n’a envie de faire ça.

Comment le gouvernement se prépare-t-il pour les élections européennes ?

Il y a une vraie question, c’est comment on organise les circonscriptions pour les Européennes. Est-ce qu’on garde les anciennes, est-ce qu’on adopte plutôt le format des 13 régions, ce qui serait plus logique, et permettrait d’avoir 6 -7 eurodéputés par région ? Et sur le plan démocratique, est-ce que nous continuons à imposer l’ordre des candidats décidé par les chefs de partis ? Ou est-ce que l’on permet aux citoyens d’établir l’ordre de leur choix pour les listes, ce que je pense serait une bonne chose ? Il est grand temps que le gouvernement se décide et fasse une proposition au parlement sur le sujet : c’est dans 18 mois !