A Bruxelles, Macron convainc sans peine

Emmanuel Macron [Toby Melville/Reuters]

La vision de l‘Europe du candidat du mouvement En Marche convainc le Monsieur Europe du Medef ou encore le think-tank Bruegel. Mais pas seulement.

« Je vais voter Macron, parce que je pense qu’il faut faire le pari de la jeunesse, du renouveau » a affirmé Loïc Armand, président de la Commission Europe du Medef et de L’Oréal France, lors d’un débat organisé par Euractiv à Bruxelles.

« On en  a assez des politiciens professionnels. La politique qu’on fait toute sa vie, je pense que beaucoup de gens en ont assez. Et je préfère que ces gens votent Macron, parce que le renouvellement, c’est Macron ou Le Pen, mais Le Pen c’est la catastrophe absolue », a martelé Loïc Armand, en précisant que son choix était personnel et non la position officielle du Medef. Cette position est toutefois très représentative des europhiles les plus convaincus, qu’ils soient politiques ou fonctionnaires : Bruxelles applaudit Macron dès qu’il prononce le mot Europe. Il faut dire que les autres candidats le font rarement.

Le débat intitulé « L’élection présidentielle française au cœur de l’Union Européenne » s’est déroulé mardi 28 mars en présence d’André Sapir, chercheur à l’Institut Bruegel, et Vincent Aussilloux, chef du département économie et finances à France Stratégie, un service du premier ministre.

Conférence “L’élection présidentielle française au cœur de l’Union Européenne” [EURACTIV]

A l’exception d’Aussilloux, tenu à la réserve, les deux autres participants ont tous deux affiché leur sympathie pour Macron, même si  Armand a tenu à rappeler que le candidat de la droite traditionnelle François Fillon est « un peu plus compatible » avec les attentes de l’organisation patronale qu’il représente.

Macron, « bien sûr »

André Sapir, qui est Belge et ne votera pas aux présidentielles, a lui aussi exprimé sa préférence pour l’ancien banquier de Rothschild.

« J’ai une seule préférence, je n’en ai pas deux : Macron, bien sûr. Macron est le seul qui a véritablement une vision européenne, qui voit comment l’Europe est effectivement une réponse » à la vie quotidienne des gens, et non un problème, a-t-il affirmé.

« Il n’attaque jamais Bruxelles. Ça ne veut pas dire qu’il pense que Bruxelles ou l’Europe ne doivent pas être réformée. »

Loïc Armand a surenchéri : « Macron est profondément européen. Il a compris que l’Europe, c’est une communauté de gens, d’hommes et de femmes, qui bâtissent ensemble quelque chose. Ce n’est pas une Europe française, ce n’est pas une Europe allemande, ce n’est pas une Europe franco-Allemande, c’est une Europe européenne. C’est-à-dire, si on veut faire des choses ensemble, il faut s’écouter, il faut se respecter, décider de faire quelque chose ensemble et le faire ensemble.  Ça, je pense que Macron l’a profondément dans l’esprit et dans le cœur ».

En réponse a une question sur les législatives qui se tiendront les 11 et 18 juin prochain, Loïc Armand a exprimé sa certitude que, si Macron était élu, il trouverait une majorité parlementaire derrière lui, bien qu’il ne représente aucun des deux grands partis traditionnels.

« Je suis persuadé que la plupart des questions doivent se régler par des solutions du type grande coalition ».

« Si l’Europe ne change pas, elle va mourir » 

Tous ont exprimé leur inquiétude face à Marine Le Pen, Vincent Aussilloux estimant même qu’une victoire de la candidate frontiste n’était pas à exclure. Après la surprise du Brexit et l’élection surprise de Donald Trump aux Etats-Unis, l’état de volatilité de l’opinion est telle qu’il est difficile d’anticiper les résultats du second tour, a-t-il fait valoir.

Selon Loïc Armand, qui voit la candidate frontiste au second tour dans tous les cas de figure, Marine Le Pen n’a jamais été aussi proche du but. L’aversion de la droite envers Benoît Hamon est telle qu’un second tour face au candidat socialiste lui assurerait même la victoire, a-t-il prédit.

La menace frontiste ne concerne d’ailleurs pas que l’élection de 2017. Selon André Sapir, si le prochain président échoue à satisfaire l’opinion, Le Pen aura sa victoire assurée en 2022.

« Si on continue comme on l’a fait au cours du mandat actuel et du mandat précédent, et surtout au niveau européen, ce danger, il est réel, » a-t-il prévenu. « Même si on n’a pas Marine Le Pen cette fois-ci, le danger ne sera pas passé ».

Evoquant l’avenir de l’Europe après le Brexit, Loïc Armand s’est lui aussi fendu d’un avertissement. « Si l’Europe ne change pas, elle va mourir. Et si les gouvernements de l’euro ne changent pas, oui, l’euro va mourir ».

Le représentant du Medef plaide pour une démocratisation de la zone euro, y compris la création d’un parlement pour la monnaie unique.

Benoît Hamon s’est posé en champion d’un nouveau traité européen de démocratisation de la gouvernance de la zone euro.  Mais un tel projet, même s’il est souhaitable, n’est pas réaliste, ont convenu les intervenants.