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23/01/2017

L’Europe n’est prête ni pour Trump, ni pour Clinton

Elections

L’Europe n’est prête ni pour Trump, ni pour Clinton

En Europe, Trump est largement perçu comme un aboyeur qui ne suivra pas sa rhétorique extrémiste, alors que Clinton sera dans la continuité. Une nouvelle étude indique cependant que les deux candidats sont à côté de la plaque. [Shutterstock]

Les dirigeants européens ont sous-estimé le danger d’une présidence de Donald Trump, et surestimé le degré de continuité que pourra apporter Hillary Clinton, indique une nouvelle étude réalisée par le Conseil européen des relations internationales.

Les dirigeants européens ne sont pas prêts ou pas conscients des changements qu’entrainera la succession de Barack Obama à la présidence des États-Unis, conclut l’étude du Conseil européen des relations internationales (ECFR).

Une enquête a été réalisée auprès des responsables des gouvernements des 28 États membres pour savoir si l’Europe était prête à faire face aux conséquences d’une nouvelle administration américaine après les huit ans de mandat de Barack Obama.

Alors que Donald Trump est perçu comme une potentielle menace existentielle pour les relations transatlantiques avec l’UE, sa position vis-à-vis de l’OTAN et du TTIP ne serait que de la simple rhétorique.

Nombreux sont ceux qui promettent qu’il sera incapable de la poursuivre s’il est élu le mois prochain. Pourtant, l’ECFR insiste sur le fait que la vision de Donald Trump des relations avec l’Europe n’est pas qu’un coup marketing le temps d’une campagne longue et scandaleuse, mais fait plutôt partie de ses convictions de longue date.

L’ECFR souligne que le pouvoir de la présidence américaine et la structure de son système politique signifient que les souhaits du futur président « ne sont jamais très éloignés de sa politique ».

Un présidence  « apocalyptique »

L’étude montre que les gouvernements européens ont foi en un système américain qui empêcherait Donald Trump de mettre en place les politiques qu’il soutient depuis 12 mois. Sur place, le contraste est néanmoins frappant, puisque ses opposants considèrent qu’une présidence de Donald Trump pourrait être encore plus « apocalyptique » que prévu.

Toutefois, penser qu’Hillary Clinton apportera aux États-Unis une certaine continuité est aussi une vision dangereux, estiment les auteurs de l’étude, puisqu’elle sera soumise aux mêmes forces politiques que son adversaire. Il semblerait par exemple que le soutien militaire américain à l’Europe sera revu à la baisse.

Le scénario Clinton est de plus en plus probable depuis que la campagne de Donald Trump a été torpillée par la révélation des commentaires obscènes qu’il a tenus sur les femmes en 2005. Les derniers sondages indiquent que la brèche s’élargit entre l’ancienne secrétaire d’État et « Donald ».

>> Lire : Les démocrates américains inquiets pour l’avenir des relations UE-USA

« Seuls, les gouvernements européens n’ont tout simplement pas le levier qu’ils pensent avoir par rapport aux États-Unis. La seule manière d’actionner un levier efficace est en travaillant ensemble », assure un des auteurs de l’étude, Jeremy Shapiro.

En réalité, 15 États membres ont déclaré qu’ils préféreraient travailler de manière bilatérale avec les États-Unis, alors que quatre autres préfèreraient faire des affaires dans le cadre de l’OTAN.

Pour ce qui est du commerce, le rapport prévient que les dirigeants européens pensent à tort faire une « faveur » aux États-Unis en négociant le TTIP. Pourtant, vu l’impopularité de l’accord au sein de l’électorat américain, qu’importe le gagnant, l’Europe ne devrait pas s’attendre à ce que des concessions majeures parviennent sur la table des négociations dans un futur proche.

À l’origine, l’UE voulait finaliser l’accord avant que le Président Obama quitte le bureau ovale, mais aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette option est complètement irréaliste. La semaine dernière, le commissaire européen en charge de l’agriculture, Phil Hogan, a déclaré que l’accord final ne serait surement pas conclu avant 2018.

Alors que le Royaume-Uni se dirige vers la sortie, le rôle du « cheval de Troie » des Américains, comme disait Charles de Gaulle, en fait languir plus d’un. En effet, la France, l’Allemagne, l’Espagne et même le Portugal pensent tous que le Brexit est une occasion en or pour s’autoproclamer intermédiaire entre les États-Unis et l’UE.

> Lire : La menace Trump plaide pour une ratification rapide de l’accord de Paris

Seule la Hongrie soutient Trump

Les résultats de l’étude montrent que l’UE soutient majoritairement Hillary Clinton dans sa volonté de devenir la première présidente femme des États-Unis. Seule la Hongrie soutient son adversaire controversé. Pour l’ECFR cela s’explique par le fait que le paysage politique du pays d’Europe centrale est actuellement dominé par la migration, et que les politiques controversées de Donald Trump, notamment interdire l’entrée des musulmans sur le territoire américain ou construire un mur à la frontière avec le Mexique, font écho aux idées du gouvernement de Viktor Orbán.

Interrogés sur les thématiques mondiales les plus déstabilisantes pour chaque candidat, seul un État membre a déclaré qu’Hillary Clinton déstabiliserait le monde si elle était élue. Neuf autres ont assuré que si Donald Trump aménageait dans Maison-Blanche, les États-Unis deviendraient un facteur encore plus déstabilisant que la Russie ou la Syrie.

Hillary Clinton et Donald Trump s’affronteront lors d’un dernier débat présidentiel le 19 octobre. Les troupes américaines postées à l’étranger et les citoyens expatriés ont déjà commencé à voter. Puis, l’élection finale aura lieu le 8 novembre.

Prochaines étapes

  • 8 novembre 2016 : 58ème élection présidentielle américaine.