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11/12/2016

Can Dündar accuse l’UE de fermer les yeux face à la persécution des journalistes turcs

Elections

Can Dündar accuse l’UE de fermer les yeux face à la persécution des journalistes turcs

Can Dundar

Le journaliste turc Can Dündar, symbole de la résistance à la répression du président Recep Tayyip Erdoğan, qualifie  l’accord UE-Turquie sur la crise migratoire de honteux.

Muselé dans son pays, le rédacteur en chef du journal Cumhuriyet s’est exprimé le 14 juin au Parlement européen à l’invitation de députés S&D, d’Europe Écologie et de l’ALDE.

Can Dündar et son collègue Erdem Gül, directeur de la publication du même journal, ont été condamnés à plus de cinq ans et dix mois de prison pour avoir aidé une organisation armée et divulgué des secrets d’État. Le journaliste a fait appel.

Can Dündar et Erdem Gül ont tous deux été condamnés à perpétuité pour espionnage, relations avec un organisme terroriste et divulgation de secrets d’État. Le 25 mai 2015, ils avaient publié un article prouvant que le service de renseignement MIT de la Turquie avait fourni des armes aux rebelles syriens. Une vidéo et des photos étayaient l’article.

Ultérieurement, la cour constitutionnelle turque avait fini par céder à la pression internationale et admis que les deux journalistes n’étaient pas coupables de terrorisme. Seule l’accusation d’avoir divulgué des secrets d’État n’a pas été retirée. Toutefois, le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré ne pas tenir compte de la décision prise par la cour.

« La prison accueillant le plus de journalistes »

À l’aide d’un traducteur, Can Dündar a confié au Parlement européen qu’il était originaire d’un pays transformé en la « prison accueillant le plus de journalistes » et en « un enfer terrestre pour les journalistes ». En effet,  selon les associations de journalisme, 35 journalistes sont actuellement incarcérés en Turquie. Il précise que lui-même est chanceux de pouvoir en parler, tandis que de nombreux collègues turcs et kurdes sont derrière les barreaux pour s’être exprimés.

Les dirigeants de l’UE ont fermé les yeux sur la situation des journalistes en Turquie, dénonce le journaliste. En raison de la crise des migrants, ils ont préféré sacrifier leur liberté et s’asseoir à la même table que les dirigeants autoritaires de la Turquie pour parvenir à un accord.

« D’après moi, c’est une honte », s’indigne-t-il. « Recep Tayyip Erdoğan ne reflète pas l’ensemble de la Turquie. Il existe une grande Turquie qui rêve de démocratie et je suis ici pour faire entendre sa voix. De même, Marine Le Pen, Angela Merkel ou David Cameron, qui affirment que la Turquie ne sera pas membre de l’UE avant l’an 3 000, ne font pas l’Europe à eux seuls. Il y a également une Europe qui partage les mêmes valeurs que nous. »

>> Lire : La liberté de la presse se dégrade dans l’UE

L’Occident représenté par Marine Le Pen et Donald Trump

« Il faudra continuer à former un front uni lorsque l’Occident sera dirigé par Marine Le Pen et Donald Trump », explique Can Dündar. « L’état du monde est terrifiant. Il faut que nous restions alliés dans le combat pour la liberté de la presse, pour les droits de l’Homme.  Si l’Europe délaisse ces valeurs, le monde risque de se porter très mal. Le problème de l’Europe, c’est qu’elle ne se projette pas, elle n’a plus d’idéaux et est toujours en retard. »

Au sujet de la définition turque du terrorisme, que la Commission demande à modifier avant d’autoriser la libéralisation des visas, le journaliste a expliqué qu’il ne pensait pas que cela changerait quoi que ce soit, dans la mesure où Recep Tayyip Erdoğan fonde les règles selon sa propre conception du terrorisme.

« L’UE n’a pas de plan B »

Can Dündar déclare que l’accord entre la Turquie et l’Europe était une étape clé, tant pour l’Europe que pour la Turquie.

Le journaliste ajoute que si l’accord entre l’UE et la Turquie ne fonctionne pas, Recep Tayyip Erdoğan laissera 3 millions de réfugiés franchir les frontières turques pour rejoindre l’Europe.  « Je ne pense pas que l’UE ait prévu un plan B. »

Interrogé par EurActiv sur la possibilité d’une survie de la liberté de presse en Turquie malgré les différentes répressions exercées par le gouvernement, il explique que le gouvernement a pris le contrôle 90 % des médias. Cependant, il reste de l’espoir, à titre d’exemple son propre journal Cumhuriyet.

« En Turquie, la liberté de presse existe encore et continuera d’exister, même sans le soutien des Européens » a-t-il déclaré.

Lorsqu’il est invité à s’exprimer sur les récentes nouvelles qui ont agité le Bundestag allemand qui reconnaît le génocide arménien, il affirme que le gouvernement a seulement pu en tirer profit suite au soutien surprenant de l’opposition.

Enfin, pour répondre aux interrogations sur les intentions de la Turquie en ce qui concerne les islamistes syriens, Can Düran explique qu’Ankara veut surtout entraver la création d’un État kurde.

>> Lire : La résolution allemande sur le génocide arménien risque d’envenimer la relation avec la Turquie