En Autriche, Sebastian Kurz tend la main à l’extrême droite

Sebastian Kurz et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. [@EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le vainqueur des élections du 15 octobre dernier en Autriche, a proposé au parti d’extrême droite eurosceptique, le FPÖ, de former une coalition, à condition qu’elle soit proeuropéenne. Un article d’Euroefe.

« Avec moi il ne peut y avoir et il n’y aura qu’un gouvernement proeuropéen », a assuré Sebastian Kurz, qui a pris la tête du Parti populaire autrichien (ÖVP) en mai dernier et qui s’est imposé en tant que première force du pays le 15 octobre avec 31,5 % des voix.

Europe, une condition sine qua non

À 31 ans, Sebastian Kurz est devenu le chef d’État le plus jeune de l’Union européenne. Il souhaite former une coalition avec le FPÖ car il estime que les programmes des deux partis convergent sur un certain nombre de points. Et que les sociodémocrates ne veulent pas reformer une coalition depuis 2007.

« Je n’ai pas l’impression que Christian Kern (actuel chef du gouvernement sociodémocrate) tienne vraiment à être vice-chancelier dans un gouvernement dirigé par un conservateur », a-t-il souligné.

La troisième possibilité, un exécutif en minorité, n’est qu’un plan B pour Sebastian Kurz si jamais les négociations avec les ultranationalistes échouent. « Le pays mérite un gouvernement stable avec une majorité au Parlement », a-t-il assuré.

Le conservateur Sebastian Kurz remporte les législatives en Autriche

Le jeune leader conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, a remporté ce dimanche, les élections législatives autrichiennes, signant un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être au prix d’une alliance avec l’extrême droite.

Gouvernement stable

Sebastian Kurz estime avoir vu en le FPÖ et en son chef de file Heinz-Christian Strache, « la volonté de changer les choses ensemble en Autriche ».

Le dirigeant conservateur affirme que les programmes des deux partis ont des points communs comme la baisse d’impôts ou la politique migratoire, mais aussi des divergences qu’il espère surmonter lors de négociations qui se termineront à Noël. Ces négociations, insiste-t-il, commencent avec une condition : qu’elles débouchent sur un gouvernement proeuropéen.

« La République d’Autriche ne peut être forte qu’en étant membre de l’UE, mais aussi si elle participe activement au renforcement de l’Union », a-t-il précisé.

Sebastian Kurz définit sa vision de l’UE à partir d’un des cinq scénarios de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pour l’avenir de l’UE. Il souhaite que la politique commune soit réservée aux grands thèmes et laisser le reste à la souveraineté des États.

Contrôle migratoire

Un modèle européen avec lequel Heinz-Christian Strache s’est dit d’accord le 24 octobre en acceptant l’invitation de Sebastian Kurz. Il a rappelé que le thème central et presque unique de son parti était le contrôle migratoire.

« Nous voulons que l’UE se limite aux zones essentielles et soit enfin active ; active dans la protection des frontières extérieures, active sur le thème de la migration, sur l’expulsion des migrants illégaux, sur la signature d’accords de rapatriement et sur le terrain pour éviter de nouvelles vagues de réfugiés comme celle de 2015 », a énuméré le chef de file d’extrême droite.

En tant que « patriotes autrichiens et Européens convaincus », les membres du FPÖ ont l’obligation de critiquer les échecs de l’UE et de « réclamer des réformes pour que le projet européen tire des leçons de ses erreurs et se développe dans la bonne direction. »

Dans son programme, le parti parle de « l’Europe des peuples et des patries » et affirme que « l’Europe ne doit pas se réduire au projet politique de l’Union européenne », une vision partagée par d’autres pays d’Europe centrale et de l’Est, comme la Pologne et la Hongrie.

L’extrême droite du FPÖ en embuscade en Autriche

Les élections législatives ont lieu dimanche 15 octobre en Autriche. Le parti d’extrême droite, le FPÖ, est en embuscade. Le résultat d’une évolution politique pour ce parti fondé par des anciens nazis. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Quant aux possibilités de former cette coalition, Heinz-Christian Strache a précisé qu’il avait une série de propositions et qu’il attendait de voir si le ÖVP était prêt à les accompagner sur ce chemin.

Il a quant à lui préféré ne pas donner de date de fin des négociations, qui ont commencé le 25 octobre. Il veut qu’elles soient « rapides mais sans précipitation ».

En concluant cet accord, l’Autriche répèterait l’histoire de la coalition entre l’ÖVP et le FPÖ entre 2000 et 2005, fortement marquée par des convulsions internes et externes.

Une collaboration qui avait provoqué un séisme en Europe et l’adoption de sanctions de l’UE contre Vienne pour l’entrée au pouvoir d’un parti xénophobe et d’extrême droite. La coalition s’était désintégrée après deux ans de luttes intestines au FPÖ et des élections anticipées avaient été organisées.

Dans un contexte de montée des partis populistes et anti-migrants dans plusieurs États membres, de telles sanctions paraissent peu probables, surtout face à un Heinz-Christian Strache qui a pris soin de lisser l’image de son parti et de se présenter comme un pro-européen.