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23/01/2017

En Macédoine, les partis politiques européens mettent de l’huile sur le feu

Elections

En Macédoine, les partis politiques européens mettent de l’huile sur le feu

Nikola Gruevski

[Vlada/YouTube]

La crise en Macédoine s’accentue. Les deux principales familles politiques européennes, le PPE à droite et les socialistes du PSE, ne font rien pour atténuer les tensions.

Des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale macédonienne, Skopje, le 17 mai. Les manifestants portaient des drapeaux macédoniens et albanais dans un élan soudain d’unité nationale contre un gouvernement très contesté après des mois de scandale.

Dans ce contexte tendu, les deux grandes familles politiques de l’UE se sont montrées particulièrement déconnectées. Le Parti socialiste européen (PPE) soutient désespérément le Premier ministre discrédité Nikola Gruevski, alors que le Parti socialiste européen (PSE) réagit en envoyant son leader à Skopje afin de gagner des points dans l’affrontement.

Les observateurs sont pessimistes quant aux deux scénarios possibles pour la Macédoine : des années de pouvoir supplémentaires pour Nikola Gruevksi ou, moins probable, l’arrivée au pouvoir de la figure de proue de l’Union sociale-démocrate, Zoran Zaev.

Les diplomates occidentaux semblent promouvoir une solution de compromis, avec la formation d’un gouvernement d’unité nationale dans lequel les deux partis feraient profil bas jusqu’à l’organisation d’élections anticipées.

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La crise qui ébranle la position du Premier ministre conservateur Nikola Gruevski, au pouvoir depuis neuf ans, est la pire qu’ait connu le pays depuis que la diplomatie occidentale ait sorti le pays d’un début de guerre civile en 2001. À l’époque, le soulèvement des Albanais avait pris fin avec la promesse que le pays intègrerait l’Union européenne et l’OTAN.

Depuis le mois de février, Nikola Gruevski est au centre de révélations gênantes sur son gouvernement. Des enregistrements d’appels téléphoniques révèlent que le gouvernement exerce un contrôle strict des juges et journalistes, et même sur la gestion des élections.

Zoran Zaev, figure emblématique de l’opposition, est à l’origine de ces révélations. Selon lui, ces écoutes illégales ont été effectuées par le gouvernement lui-même, dans le cadre d’une opération de surveillance de grande ampleur visant 20 000 personnes de différents bords politiques. Un lanceur d’alerte lui aurait procuré les enregistrements.

https://youtube.com/watch?v=7OdJoMZ9SW4

Le Premier ministre n’a pas contesté l’identité des personnes dans les enregistrements, mais a déclaré qu’il n’avait jamais demandé les mises sur écoute et que les fichiers avaient été modifiés. Zoran Zaev a été accusé de violence envers l’États.

Le leader de l’opposition a annoncé que plusieurs milliers de manifestants prévoyaient de camper dans les rues jusqu’à la démission du Premier ministre.

Les 9 et 10 mai, une opération de la police dans un quartier albanais a fait 18 morts : huit policiers et 10 Albanais, décrits comme « terroristes » par le gouvernement.

Nikola Gruevski a déclaré que la police avait contrecarré un complot terroriste. D’après certains analystes étrangers et Albanais, le timing suggère plutôt que le gouvernement tentait de créer diversion.

Le 16 mai, le ministère russe des Affaires étrangères a accusé des « organisateurs occidentaux » de tenter de déclencher une révolution contre un gouvernement qui a refusé d’appliquer les mêmes sanctions que l’UE à l’encontre de la Russie et qui se trouve à un endroit stratégique pour le transport du gaz russe via la Turquie.

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Les diplomates européens tentent de trouver une solution à la crise, mais il n’est pas sûr que le PPE et le PSE soient convaincus. Les deux familles politiques semblent en effet se livrer une guerre privée.

Le PPE soutient toujours Nikola Gruevski. Siegfried Muresan, le porte-parole du parti, s’est clairement prononcé en faveur du Premier ministre et de son parti, ajoutant que le scandale des écoutes n’avait pas endommagé la confiance du parti dans son affilié macédonien.

« Le VMRO est un parti membre du PPE et a donc son soutien. Comme tous nos partis membres, le VMRO doit respecter les principes et valeurs du PPE et l’État de droit, œuvrer pour un système judiciaire indépendant solide et pour l’éradication de la corruption », assure Siegfried Muresan.

En ce qui concerne les écoutes téléphoniques, le porte-parole annonce que le PPE s’attendait à ce que les autorités « enquêtent et clarifient tout ce qui doit être clarifié », ajoutant que les évaluations doivent être réalisée à partir de preuves solides.

« Le Premier Ministre Gruevski est prêt à coopérer avec tous les partenaires internationaux du pays. Le PPE n’a pas de commentaire à faire », souligne Siegfried Muresan. « Le Premier ministre a remporté des élections démocratiques. La grande majorité des habitants de l’ancienne République yougoslave de Macédoine a exprimé sa confiance en le VMRO et Nikola Gruevski. Il continuera à gouverner le pays. Il finira son mandat », conclut le porte-parole.

Siegfried Muresan a également rappelé que depuis les élections parlementaires de 2014, les membres du Parti social-démocrate ne se présentaient plus aux sessions, un comportement qu’il qualifie d’« inacceptable ». En 2013, ce sont pourtant Nikola Gruevski et son parti qui ont organisé un pogrom médiatique à l’encontre du parti d’opposition.

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Pour sa part, le chef de file du PSE, Sergueï Stanichev, s’est rendu à Skopje le 17 mai « pour soutenir les citoyens macédoniens qui veulent la démocratie, l’État de droit et des institutions transparentes ».

« L’incapacité du gouvernement actuel à se défendre contre les accusations de surveillance à grande échelle et de tentatives d’intimidation de l’opposition jette de sérieux doutes quant à son adhésion aux valeurs et principes démocratiques. C’est inquiétant, et cela pourrait constituer un pas en arrière dans son adhésion à l’UE et à l’OTAN », ajoute le socialiste.

Sergueï Stanishev, ancien Premier ministre bulgare, a lui-même été violemment attaqué par les médias contrôlés par le gouvernement de Grueski, qui lui reprochent son hostilité vis-à-vis de ses voisins macédoniens.

Contexte

À l'aube du 9 mai, le gouvernement macédonien a lancé une opération de police contre un groupe de « terroristes » à Kumanovo, une ville ethniquement diverse du nord du pays. Huit policiers et 14 suspects ont trouvé la mort dans la fusillade qui a suivi.

En 2001, l’OTAN est parvenue à tirer la Macédoine du début de guerre civile dans lequel le pays s’enfonçait. L’organisation internationale appelle aujourd’hui à une « enquête transparente » sur les événements de Kumanovo, quand des forces policières lourdement armées sont entrées dans un quartier majoritairement albanais à l’aube du 9 mai.

Les États-Unis et certains pays européens ont également condamné les violences. La minorité albanaire de Macédoine et les opposants politique du Premier ministre Nikola Gruevski ont accusé celui-ci de tenter de détourner l’attention du scandale dans lequel son gouvernement conservateur est empêtré depuis quelques mois.

Le scandale a éclaté quand des enregistrements téléphoniques illégaux ont révélé que le gouvernement faisait pression sur des juges et des journalistes et avait trafiqué l’organisation des élections.

En Europe, les observateurs s’inquiètent de voir le pays à la veille d’une guerre civile.

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