Entre les jeunes et les extrêmes, le malentendu de l’Europe

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen attirent une majorité des jeunes français. [@pixinoo/shutterstock]

La confiance des jeunes français dans la politique est en berne. Alors qu’ils sont massivement pro-européens, nombre d’entre eux se disent séduits par le discours de l’extrême-droite ou gauche.

Déçus, lésés, désorientés, les jeunes Français réclament du changement. Face à un chômage élevé, et à la perception d’un fort niveau de corruption chez les politiques , ils ont tendance à se tourner vers les extrêmes : la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ou le Front national de Marine Le Pen. Un comble chez une population qui se sent pourtant plus attachée à l’Europe que les générations précédentes.

Selon un sondage Ifop-Fiducial datant du 14 avril, Jean-Luc Mélenchon obtiendrait 30 % des intentions de vote chez les 18-24 ans, suivi de près par Marine Le Pen avec 29 %, Emmanuel Macron n’occupant que la troisième place du podium avec 20 %. Cependant, d’après ce même sondage, seuls 55 % des jeunes sont sûrs de leur choix, les 18-24 ans étant la catégorie la plus indécise.

À 4 jours de la présidentielle, l'angoisse des électeurs monte

Au sein de la gauche, de nombreux électeurs s’interrogent encore sur leur vote. Un questionnement qui témoigne de la faible capacité à convaincre des candidats.

S’adresser aux jeunes

« Si je compare avec les autres candidats, Jean-Luc Mélenchon est de loin le meilleur candidat, et puis, il parle plus aux jeunes que les autres. Si Poutou a marché au débat télévisé, c’est parce qu’il a parlé un langage que les gens comprenaient. Comme Mélenchon et comme Marine Le Pen d’ailleurs », affirme Étienne, 28 ans, ingénieur en bâtiment, pour qui le chef de file de la France insoumise est le moins mauvais « tant au niveau du personnage que du programme ».

Jean-Luc Mélenchon surfe sur la vague de la jeunesse avec l’aide d’une directrice de communication dynamique, Sophia Chikirou, autre déçue du parti socialiste auquel elle a adhéré pendant 10 ans. Aujourd’hui, elle gère la campagne de Jean-Luc Mélenchon d’une main de maître, après avoir scruté celle de Bernie Sanders des mois durant, aux Etats-Unis, l’année dernière. Résultat : le leader de la France insoumise s’est adouci aux yeux des Français, qui le trouvent moins radical, moins agressif, et même plus sympathique.

Simon, 23 ans, étudiant en sciences politiques, est lui aussi partisan de Jean-Luc Mélenchon depuis qu’il s’est intéressé à sa chaine YouTube, où le candidat poste une vidéo de 30 minutes chaque semaine pour s’adresser aux Français. Aujourd’hui, il est suivi par plus de 300 000 internautes.

« Il a reçu des conseils de youtubeurs et cette chaine lui permet de développer des sujets qui ne sont pas traités sur les plateaux télé, car il n’a pas de limite de temps du CSA. C’est un dialogue avec ceux qui le regardent. Il parle de tout. Malheureusement, les médias généralistes ignorent cela et préfèrent reprendre des éléments isolés de ses discours », regrette Simon.

Échec de la droite et de la gauche

Parmi les raisons souvent citées par les jeunes attirés par les extrêmes se trouvent le rejet du bipartisme traditionnel, et le besoin de changement. Autre thématique sur laquelle les deux candidats soulignent l’échec de la droite et de la gauche : le chômage. En effet, la France fait partie des pays de l’UE où le chômage des jeunes est le plus élevé. En février 2017, le taux de chômage chez les moins de 25 ans s’y établissait à 23,6 %.

Gregory  va quant à lui voter Marine Le Pen, car il ne se retrouve dans aucun des partis classiques : « Je me retrouve assez bien dans ses idées. Et puis la droite n’a pas réussi, la gauche non plus et vu que les idées d’extrême gauche ne sont pas du tout les miennes le choix est vite fait ! ». Cet électrotechnicien de 30 ans est notamment intéressé par la gestion de l’immigration de masse de la candidate FN : « on devrait s’occuper en priorité des Français dans la misère, avant de s’occuper des autres ».

Le chômage en France toujours plus élevé qu'en zone euro

Le taux de chômage de la zone euro est à son plus bas depuis mai 2009, selon Eurostat. La France ne parvient pas à passer sous la moyenne, malgré un léger recul du chômage en 2016,

« Depuis l’année dernière, le ras de bol est largement partagé. Ce jeu de balancier entre gauche et droite est en train d’éclater, on l’a vu avec le Brexit, le référendum italien, le score très élevé de Norbert Hofer en Autriche, l’élection de Trump », assure Adrien, 25 ans, assistant parlementaire au Parlement européen et membre FN depuis 2011. « Alors, pourquoi ne pas donner sa chance au FN, qui est un parti tout à fait démocratique et qui n’a jamais été au pouvoir ? » plaide le militant d’extrême-droite.

Quelle Europe ?

Selon les résultats de l’enquête de grande ampleur Génération What ?, en date de  décembre 2016, 72 % des 18-25 ans en France se sentent Européens, contre 28 % des sondés. D’où un certain malentendu, puisque extrême-droite comme extrême-gauche veulent a priori sortir de l’UE. La position sur l’Europe de Mélenchon inquiète d’ailleurs ses jeunes électeurs. Dans son plan A, le candidat veut renégocier les traités européens, mais en cas d’échec, son plan B est une sortie de l’UE.

« Ce qui m’inquiète un peu plus c’est sa position vis-à-vis de l’Europe, Jean-Luc Mélenchon surestime la puissance de la France et ses capacités de négociation au sein de l’UE. Ça risque de vite tourner au référendum sur la sortie de l’UE », reconnait Simon avant de nuancer : «  Dans l’ensemble, les médias simplifient à outrance sa politique étrangère. Jean-Luc Mélenchon opte pour une diplomatie active, pragmatique, il veut ouvrir les canaux de communication avec tout le monde, car il sait qu’on n’arrivera pas à grand-chose en dénonçant. »

Pour Étienne, « l’aspect social de son programme est un peu utopique, mais c’est une bonne base sur laquelle réfléchir. Et puis je suis d’accord avec lui sur le fait que la dette publique, ce n’est pas aux Français et aux fonctionnaires de la payer ». Par contre, « ce qui me dérange le plus, c’est sa position sur l’Europe ».

Côté FN, Marine Le Pen veut quant à elle organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’UE, et s’orienter vers une éventuelle sortie de l’Union, un retour à une monnaie nationale, et vers « une Europe des nations indépendantes ». Une position qui, en général, n’effraie pas ses sympathisants, plutôt séduits par cette idée.

Adrien assure que Marine Le Pen n’est pas contre l’Europe, mais contre l’UE. « Elle refuse cette entité supranationale qu’est la Commission. Il ne s’agit pas de se refermer sur soi, mais de retrouver une souveraineté perdue, de recréer une UE plus respectueuse des souverainetés nationales. »

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