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04/12/2016

François Fillon : peut-on être souverainiste et européen ?

Elections

François Fillon : peut-on être souverainiste et européen ?

Le candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle de 2017 s’est posé en défenseur de la souveraineté française et souhaite limiter les compétences de la Commission. Mais il  prône aussi une intégration européenne plus  forte dans certains domaines.

Plus de souveraineté nationale et plus d’Europe. Le programme du vainqueur de la primaire de la droite et du centre  en matière de politique européenne  promet un renforcement de la souveraineté de la France…tout en proposant certaines mesures jugées fédéralistes comme la mutualisation des dettes.

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Le candidat « Les Républicains » à l’élection présidentielle française de 2017 n’est pourtant pas un adepte de l’Europe fédérale. « François Fillon a voté non au référendum sur Maastricht, ce qui est la pierre angulaire d’une certaine vision de l’UE » pointe Charles de Marcilly de la Fondation Robert Schuman

Dans son programme de campagne, l’ancien premier ministre défend l’idée d’une « France souveraine dans une Europe respectueuse des nations. », une formulation très proche de celle des partis eurosceptiques, tels que le Front national.

« Le positionnement de François Fillon est clair, il veut appartenir à cette communauté de destin qu’est l’Europe […]et  faire fonctionner le principe de subsidiarité, ce qui est complètement à l’opposé des partis populistes »  affirme Franck Proust, le chef de file des eurodéputés français « Les Républicains ».

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« Nous ne serons jamais un État fédéral. Nous sommes trop différents pour y parvenir. Et ce serait, au demeurant, un contresens historique, car plus les nations sont bridées, plus les nationalismes sont agressifs » a déclaré Fillon lors d’un discours à l’Assemblée nationale après le Brexit.

« Mais il va falloir détailler ce qu’il entend par Europe des nations, car les États membres ont déjà le dernier mot sur la quasi-totalité des décisions européennes ! » note Charles de Marcilly.

Restriction des compétences

Souverainiste, le programme de François Fillon l’est sur plusieurs aspects.  Selon le candidat, l’Europe doit concentrer son action sur quelques domaines bien définis, moins nombreux qu’aujourd’hui. Une idée qui serait concrétisée par une réduction du pouvoir de la Commission européenne  « à seulement quelques domaines fondamentaux ». Le reste revenant de fait aux États membres.

En l’absence de débat sur l’UE durant la campagne, les questions d’équilibre institutionnels ont été soigneusement évitées et restent donc magistralement obscures.

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Autre proposition, qui n’est pas reprise dans le programme officiel, mais que le candidat a soutenu à plusieurs reprises, celle d’une réforme de la Cour européenne des droits de l’homme. Les décisions de l’institution sont perçues par le candidat comme une forme d’ingérence dans les choix politiques français,  notamment sur des sujets comme de la gestation pour autrui.

François Fillon appelle donc à une réforme de la CEDH, voire une sortie en cas de refus de la part des partenaires européens.

Un projet recentré sur la zone Euro

Pour le reste, les propositions de François Fillon plaident pour un renforcement de l’Union européenne. En matière d’immigration, le candidat propose une harmonisation des règles d’accueil avec la « création d’un droit d’asile européen », mais aussi une multiplication par trois du budget de Frontex.

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Sur le front de la gouvernance économique, les propositions de Fillon se rapprochent davantage d’un fédéralisme européen, avec une volonté de doter la zone euro « d’un directoire politique, composé des chefs de gouvernement ».

L’ancien premier ministre souhaite également achever la convergence fiscale et créer à terme un « trésor européen avec une mise en commun des dettes », une proposition à laquelle l’Allemagne est pour l’heure farouchement opposée.

La question Russe 

Cependant, le plus grand désaccord avec les possibles partenaires européens pourrait provenir de la position du député sur les relations avec la Russie.

Dans son programme, François Fillon propose «  un nouveau partenariat commercial EU/Russie » et s’oppose à l’embargo mis en place par les pays européens, qui  « vont à l’encontre des intérêts économiques de la France ».

Une approche iconoclaste au sein de l’UE, qui risque d’être compliquée à expliquer outre-Rhin notamment.

L’avance de Fillon face à Juppé, un revers pour les europhiles

Soigneusement évitée durant la primaire de la droite, la question européenne devrait s’inviter dans le débat pour le second tour. Le sujet représente en effet une ligne de fracture majeure entre les deux candidats en lice.

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