EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

17/01/2017

Georgieva s’immisce dans la course à la succession de Ban ki-Moon

Elections

Georgieva s’immisce dans la course à la succession de Ban ki-Moon

kristalina-georgieva-in-new-york

[European Commission]

La vice-présidente de la Commission européenne, Kristalina Georgieva, candidate non-officielle au poste de secrétaire général de l’ONU, n’a jamais été aussi proche d’être nominée par son gouvernement.

Le 26 septembre, un cinquième vote informel a eu lieu aux Nations Unis, au cours duquel le Conseil de Sécurité s’est exprimé en faveur ou contre les neuf candidats toujours en course pour le poste de secrétaire général .

L’ancien Premier ministre portugais, António Guterres a conservé son avance, tandis que la Bulgare, Irina Bokova, jusqu’alors la candidate féminine en tête, a perdu six places dans le classement.

Le candidat serbe, Vuk Jeremić, s’est placé en deuxième, bien qu’il paraisse peu probable que les États-Unis retirent leur veto. Le ministre des Affaires étrangères slovaque, Miroslav Lajčák, s’est quant à lui retrouvé en troisième position.

>> Lire : Le Kosovo s’insurge contre le candidat serbe à l’ONU

L’élection du secrétaire général de l’ONU est précédée d’une série de votes informels. Lors des cinq premiers tours, tous les membres du Conseil de sécurité, permanents ou non, votent anonymement. Or, pour les prochains tours, seuls les cinq membres permanents du Conseil, les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France, qui jouissent d’un droit de veto, s’exprimeront.

La chute décevante d’Irina Bokova dans le classement indique que le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, pourrait avoir pris la décision de plutôt présenter Kristalina Georgieva, cédant à la pression du PPE et de l’Open Society Foundation.

Suite au quatrième vote, le 9 septembre, Irina Bokova s’était retrouvée à la cinquième place et le Premier ministre bulgare avait déclarer qu’il « étudie[rait] les options », si la candidate bulgare ne remontait pas à la première ou deuxième position au prochain tour.

Un contexte difficile

La pression sur Boyko Borissov pour remplacer Irina Bokova par l’actuelle vice-présidente de la Commission, Kristalina Georgieva, a augmenté après le quatrième vote informel. Le Premier ministre a toutefois conscience qu’il s’agit d’un choix difficile. Les sondages montrent en effet que deux tiers des interrogés préfèrent la directrice générale de l’UNESCO, plus proche des socialistes. La Bulgarie tiendra ses élections présidentielles en novembre et Boyko Borissov veut à tout prix éviter de donner aux socialistes un nouvel angle d’attaque sur un sujet aussi sensible.

Kristalina Georgieva, présente à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, ne nie à présent plus nourrir des espoirs pour remplacer Ban Ki-moon.

Reste à savoir sur qui le président de la Commission jettera son dévolu pour la remplacer, si elle est sélectionnée par le gouvernement bulgare pour se mesurer aux autres candidats à la direction des Nations Unies.

>> Lire : Georgieva lorgne le poste de secrétaire général de l’ONU

Une approche délicate

Lors de la réunion à l’ONU, le ministre des Affaires étrangères, Daniel Mitov, a ouvertement milité pour Kristalina Georgieva, tandis que le président bulgare, Rossen Plevniev, a même évité d’évoquer Irina Bokova dans son discours, assurant néanmoins que son pays présentait une candidate féminine forte pour prendre la tête des Nations Unies.

L’ambassadeur bulgare aurait d’ailleurs contacté le secrétariat de l’ONU à New York, pour obtenir des informations sur les procédures pour changer de candidat et s’informer sur la possibilité d’une audience de la nouvelle candidate.

En principe, rien n’empêche un pays de nominer un candidat, même à ce stade avancé de la procédure. Or, ce revirement a fragilisé la position d’Irina Bokova, qui obtenait pourtant de bons résultats jusqu’alors.

Le secrétariat de l’ONU a toutefois prévenu que la candidate ne pourrait être remplacée qu’à condition qu’elle ne rédige une lettre annonçant son retrait de la course.

Il est cependant peu probable qu’Irina Bokova envoie une telle lettre. Elle s’était en effet exprimée à la télévision bulgare peu avant les résultats du cinquième vote, expliquant que la course ne se ferait pas sans difficultés et qu’elle était déterminée à rester.

Boyko Borissov a laissé entendre qu’il pourrait y avoir deux candidates bulgares, mais il serait étonnant que les procédures onusiennes le permettent.

Tensions États-Unis-Russie

La « compétition internationale » entre les deux candidates bulgares devrait favoriser les autres pays. Le Portugais António Guterres est en bonne position, et les tensions liées à la Syrie à l’ONU pourraient lui donner une encore meilleure avance.

Illustration de ces tensions : la représentante américaine, Samantha Power, a récemment accusé Moscou de « barbarie » après les offensives en Syrie. Cette position plus dure a déjà eu un impact sur le résultat du sondage. Tous les candidats d’Europe de l’est qui semblaient acceptable à la Russie ont en effet récolté davantage de votes négatifs que dans les votes précédents.

Les votes « sans opinion » se font par ailleurs de plus en plus rares, et il semblerait qu’aucun des cinq pays du conseil de sécurité n’ait utilisé le sien.

Le prochain vote informel aura lieu le 5 octobre, à l’aide de bulletins de couleur. Des sources à l’ONU ont indiqué que Moscou et Washington souhaitaient clôturer le processus dès octobre, mais, en théorie, rien n’empêcherait la sélection de continuer jusqu’à fin décembre, puisque le secrétaire général actuel, Ban Ki-moon, restera en poste jusqu’au 1er janvier 2017.

>> Lire : Les déplacements de Kristalina Georgieva interrogent