La commissaire Vestager critiquée pour sa participation à la campagne danoise

Margrethe Vestager. [Commission européenne]

Morten Messerschmidt, eurodéputé danois, a déposé une plainte auprès du président de la Commission, après que la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, a soutenu la campagne électorale de son Parti social libéral. 

L’engagement de Margrethe Vestager dans la capagne électorale danoise fait grincer des dents ses adversaires politiques. La commissaire à la concurrence a pris part à la réunion du comité exécutif des sociaux-libéraux au Danemark, en amont des élections générales qui auront lieu le 18 juin.

Une participation dénoncée par l’eurodéputé Morten Messerschmidt, qui l’accuse d’avoir enfreint les lois de l’UE qui garantissent l’indépendance des commissaires.

Élections législatives

Deux sondages distincts ont révélé le 26 mai que la coalition de gauche actuellement au pouvoir (sociaux-démocrates) remporterait 48 % des votes contre 52 % pour l’opposition de centre-droit. Selon les spécialistes politiques, la Première ministre, Helle Thorning-Schmidt, pourrait toutefois gagner facilement deux points supplémentaires durant les trois semaines de campagne électorale.

« Quand je suis devenue Première ministre il y a quatre ans, le Danemark se trouvait dans une crise profonde. Nous avons été plus sévèrement touchés que la plupart des pays. J’avais alors un objectif : nous sortir de la crise, et j’y suis parvenue », a déclaré la Première ministre, le 27 mai que les lors d’une conférence de presse.

« Le Danemark se porte mieux aujourd’hui. C’est donc aux Danois de décider quel chemin ils veulent emprunter pour leur avenir », a-t-elle ajouté.

Principe d’indépendance

Le parti de Margrethe Vestager fait partie de la coalition gouvernementale de centre-gauche, aux côtés des sociaux-démocrates. Après la réunion, Margrethe Vestager s’est exprimée en faveur de la nouvelle proposition des sociaux-libéraux sur la taxe pour les propriétaires.

« Je pense que le fait qu’un commissaire soit activement impliqué dans une élection électorale est problématique », a déclaré Morten Messerschmidt, membre du Parti populaire danois (droite), au journal Ekstra Bladet.

« Elle n’est pas la commissaire des sociaux-libéraux, mais de toute l’UE. Les règles sont pourtant claires à ce sujet. Les commissaires ne doivent pas se joindre à des campagnes électorales ou s’associer à un parti politique », a continué l’eurodéputé.

Selon les lignes directrices de la Commission, les commissaires sont soumis à un principe d’indépendance, ce qui signifie qu’ils doivent refuser de parler publiquement au nom de partis politiques ou de syndicats auxquels ils appartiennent.

Interrogée sur son soutien aux sociaux-libéraux et sa visite au Danemark, Margrethe Vestager a répondu : « Je les soutiens toujours, où que je me trouve. Bien sûr, je me suis rendue à la première réunion du comité exécutif de la campagne électorale, car quand votre cœur est social libéral, alors peu importe où vous vous trouvez. Vous rentrez à la maison et vous les soutenez. »

>> Lire : Le Danemark postule aussi à une fonction économique avec Margrethe Vestager

L’eurodéputé a déclaré qu’il avait écrit à Jean-Claude Juncker, « puisque je pensais que Margrethe Vestager se souciait de la loi et de l’ordre, il n’est pas acceptable qu’elle promeuve un parti politique lors d’une campagne électorale ».

La porte-parole de la Commission, Mina Andreeva, a déclaré lors d’une conférence de presse le 1er juin qu’elle n’était pas au courant de la lettre envoyée par Morten Messerschmidt à Jean-Claude Juncker.

« Je crois que nous avons déjà expliqué aux journalistes que les commissaires sont bel et bien des personnalités politiques et qu’ils ont donc le droit d’avoir des opinions politiques. Le commissaire doit bien entendu trouver le juste équilibre entre ses opinions et origines politiques et les obligations émanant de son mandat. Cet équilibre est régulièrement sujet de discussions entre le commissaire et le président. »

Contexte

Lorsqu'ils prêtent serment, les commissaires s'engagent à exercer leurs fonctions au sein de la Commission sans prendre part à leur politique nationale, dans un souci d'indépendance.

Néanmoins, plus la Commission s'est politisée, plus cette règle s'est érodée. Sous la présidence de Romano Prodi par exemple, Anna Diamantopoulou (en charge de l'emploi et des affaires sociales) avait pris congé de la Commission pour participer aux élections grecques de 2004 et démissionné lorsqu'elle a remporté un siège, malgré l'échec de son parti.

Quant à Romano Prodi, il s'était présenté aux élections italiennes en 2001 alors qu'il était encore président de la Commission.

Prochaines étapes

  • 18 juin : élections législatives au Danemark.