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28/09/2016

La crise des migrants, catalyseur des poussées populistes en Europe

Elections

La crise des migrants, catalyseur des poussées populistes en Europe

Manifestation de l'AfD à Berlin.

[DPA]

Le succès de l’AfD en Allemagne consolide la dynamique des mouvements populistes en Europe, où la crise des migrants a servi de catalyseur à des angoisses latentes face à la mondialisation et à l’affaiblissement des États, selon des experts.

Un peu plus de deux mois après le Brexit en Grande-Bretagne, le parti anti-migrants allemand AfD a infligé dimanche une claque inédite à Angela Merkel, devançant la CDU lors d’une élection régionale dans le fief de la chancelière, le Mecklembourg-Poméranie occidentale.

« La poussée des populismes frappe désormais tous les États de l’Union européenne, y compris des pays comme l’Allemagne qui étaient épargnés du fait de leur histoire », relève Jean-Dominique Giulani, président de la Fondation Robert-Schuman à Paris.

Pour les observateurs, Angela Merkel paie au prix fort l’accueil d’un million de migrants en Allemagne en 2015, une politique qui lui vaut d’être critiquée au sein de son propre parti.

Pour Paul Schmidt, directeur de l’institut autrichien ÖGE, le score de l’AfD représente « un signal fort qu’il faut prendre très au sérieux et qui doit pousser les autres partis politiques allemands à s’interroger sur leur façon de parler aux électeurs de ce qui les préoccupe ».

>> Lire : «Tout Allemand qui se respecte doit condamner la position de l’AfD sur l’Islam»

Le 5 août, la chancelière a fait le vœu de « regagner la confiance » des Allemands, reconnaissant que les thèmes de « l’intégration (des réfugiés) et de la reconduite des migrants qui n’ont pas d’autorisation de séjour (…) vont jouer un rôle important ».

Ce scrutin régional ne préjuge pas d’une défaite de Mme Merkel l’an prochain aux législatives, note le politologue Alfred Grosser. Mais la poussée de l’AfD montre que « l’Allemagne finit par ressembler aux autres pays européens, malheureusement ».

Coup sur coup, l’extrême droite s’est hissée à la porte de la présidence de la République en Autriche et le Mouvement cinq étoiles a remporté la mairie de Rome en juin. Et la patronne du Front national, Marine Le Pen, caracole en tête des sondages en vue de la présidentielle française au printemps.

« Conjonction de crises »

Pour Nicolas Lebourg, de l’Observatoire français des radicalités politiques, les mouvements populistes bénéficient, avec l’afflux de migrants, d’« une conjonction des crises » qui semble valider des discours tenus depuis des décennies.

« On est face à une crise géopolitique majeure évidente, qui s’ajoute à la crise financière et à la crise de l’Europe. Or l’extrême droite répète depuis des années que le transnational et l’UE sont des échecs », souligne-t-il.

Dans ce contexte, « l’extrême droite est la seule à tenir un discours très clair sur l’accélération de la mondialisation, perçue comme une orientalisation de l’Europe ». Et ce, « face à une offre politique par ailleurs très faible », estime-t-il.

Les votes populistes sont « une réaction à l’absence de réponses européennes crédibles et une contestation des États, qui n’arrivent pas à trouver de solutions aux questions qui préoccupent les gens », estime lui aussi Jean-Dominique Giulani.

« La complexité des défis (sécurité, migration, économie) rend désormais impossible d’imaginer des solutions dans un cadre national, sans mutualisation des réponses. Or beaucoup d’électeurs rejettent cette perte de souveraineté qui fait peur », note Paul Schmidt.

Interviewé dimanche par le quotidien Die Welt, le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière avait reconnu un « malaise de beaucoup de gens vis-à-vis de la mondialisation et de la modernité ».

« C’est une tendance qui s’est amorcée avant même la crise de 2008, mais qui se trouve inexorablement boostée par le phénomène migratoire », juge Jean-Dominique Giulani.

« Depuis plusieurs années, nous sommes dans une Europe perturbée par les flots de la mondialisation », et dans ce contexte, « l’immigration et les questions d’identité sont devenues des sujets majeurs dans l’opinion », estime-t-il.

L’accélération de l’information concourt également à nourrir les angoisses, relève Paul Schmidt, selon qui « les moyens de communication actuels, les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant en amplifiant le débat sur certains sujets, en créant un effet boule de neige souvent incontrôlable ».

>> Lire : L’AfD veut être légitime sur d’autres thèmes que l’immigration