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26/09/2016

La gauche accuse Juncker d’être un candidat Potemkine

Elections

La gauche accuse Juncker d’être un candidat Potemkine

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Plusieurs groupes politiques au Parlement européen doutent que l’ancien premier ministre luxembourgeois soit le vrai candidat à la présidence de la Commission du PPE. Ils craignent une manœuvre politique pour conserver la décision dans le giron des gouvernements des Etats membres. 

Jean-Claude Juncker est il vraiment crédible comme futur président de la Commission européenne ? Certains en doutent. L'ancien Premier ministre luxembourgeois a beau avoir été désigné candidat officiel du Parti Populaire Européen (PPE), les autres partis s'interrogent sur la signification d'un tel choix.

« On nous prend pour des débiles » a tempêté Daniel Cohn-Bendit lors d’une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg le 11 mars. « Michel Barnier voulait le poste, Jean-Claude Juncker a répété pendant des mois qu’il n’en voulait pas, et le PPE choisit celui qui n’est pas intéressé », a poursuivi l’eurodéputé vert.

La diatribe du chef de file des eurodéputés écologistes n’est pas isolée. L’investiture de l’ancien président de l’Eurogroupe est pointée du doigt par de nombreux observateurs comme une erreur de casting. « Je pense qu’il y a de meilleurs candidats que M. Juncker à la présidence de la Commission » a souligné le candidat des libéraux de l’ALDE, le Belge Guy Verhofstadt.

Candidat Potemkine

Au-delà des critiques sur le candidat, les principales craintes des partis politiques européens tournent autour du risque de voir Jean-Claude Juncker en candidat Potemkine. Le ministre russe Potemkine aurait fabriqué des villages en trompes-l'oeil pour rassurer le tsar sur l'état du pays ; un candidat Potemkine est donc un trompe-l'oeil.

« J’en mets ma main au feu, si le PPE gagne les élections européennes, Jean-Claude Juncker sera président du Conseil européen et une autre candidature – comme celle de Christine Lagarde ou de Donald Tusk – s’imposera à la tête de la Commission », soutient Daniel Cohn-Bendit.  Le nom de l’actuelle directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) revient avec insistance dans les personnalités de droite susceptible de faire une entrée dans la course à la présidence de la Commission.

« Jean-Claude Juncker est bien plus porté sur la présidence du Conseil européen que sur celle de la Commission. Le PPE continue d’imposer aux citoyens européens le candidat des gouvernements nationaux au détriment du choix fait par les urnes  » assure de son côté l’eurodéputée française Catherine Trautmann. « C’est un positionnement problématique qui augure des discussions difficiles » reconnait-elle.

« La campagne tourne autour de la présidence de la Commission. Il ne s’agit pas d’un petit jeu au cours duquel on essaye d’avoir un autre poste si l’on n’obtient pas le premier » a fait remarquer Guy Verhofstadt

Un scénario qui risque de remettre en cause le « plus » démocratique de ces élections européennes. Avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le vote des Européens influencera directement pour la première fois le choix du prochain président de la Commission européenne. Un changement sur lequel les partis européens misent beaucoup pour mobiliser les électeurs autour d’une élection habituée aux taux d’abstention record.

« D’un point de vue démocratique, Jean-Claude Juncker a été élu candidat du PPE » reconnait le président du groupe socialiste au Parlement européen, Hannes Swoboda. « Mais pour les socialistes, le plus important c’est que seul un candidat officiel à la présidence de la Commission européenne puisse être investi » souligne-t-il.

Influence allemande

Face aux attaques répétées sur la vraie fausse candidature de Jean-Claude Juncker, le PPE n’a pour l’heure cessé de réaffirmer le sérieux de son porte-drapeau.

« Nous avons été extrêmement clairs lors du Congrès du PPE à Dublin. M. Juncker s’est engagé : si le PPE remporte les élections, il sera le candidat à la présidence de la Commission » a martelé le français Joseph Daul, président du PPE.  

Mais les promesses du chef de file du PPE au Parlement européen ne convainquent pas.

« Nous verrons à l’issue des élections si les partis politiques respectent le processus qui veut que le candidat du parti gagnant devienne le prochain président de la Commission européenne », avance prudemment Catherine Trautmann.  

Réuni à Dublin le 8 mars, le congrès du PPE (Parti populaire européen) avait élu sans grande surprise Jean-Claude Juncker par 382 voix contre 245 comme candidat du parti à la présidence de la Commission.

L’ancien premier ministre bénéficiant du soutien de la chancelière allemande Angela Merkel, son seul concurrent, le Français Michel Barnier, actuel commissaire au marché intérieur et aux services n’avait que peu de chance de l’emporter.  Le troisième candidat à l’investiture, le premier ministre letton, Valdis Dombrovski, s’était d’ailleurs désisté en faveur du luxembourgeois la veille du vote.

Chaises musicales

Si la campagne des différents partis politiques paneuropéens s’articule autour du choix du président de la Commission européenne, les autres postes à pourvoir seront également influencés par le résultat des élections et serviront de monnaies d’échange.

Et la probabilité de voir le candidat du PPE pencher davantage pour la présidence du Conseil que pour celle de la Commission n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd du côté des socialistes.

« Si les résultats de nos deux partis sont proches, on pourrait imaginer que Martin Schultz deviendrait président de la Commission européenne tandis que Jean-Claude Juncker prendrait la tête du Conseil européen » a détaillé Hannes Swoboda.

Les derniers sondages donnent pour l’heure une courte avance à la gauche pour les élections de mai prochain. Les socialistes sont crédités de  209 sièges tandis que le PPE remporterait 202 sièges, selon PollWatch.

Contexte

Au cours des élections du Parlement européen en mai, chaque État membre a le droit d'élire un nombre établi d'eurodéputés en fonction de la population au niveau national.

C'est en tant que membres de partis politiques nationaux que les députés au Parlement européen se présentent aux élections, mais une fois élus, la plupart d'entre eux décident de rejoindre des groupes politiques transnationaux. La majorité des partis nationaux sont apparentés à une famille politique au niveau européen. Ainsi, l'une des principales questions au soir de l'élection est de savoir quel groupe européen exercera la plus grande influence sur les décisions prises durant la prochaine législature

Le Conseil européen doit tenir compte des résultats des élections lors de la désignation d'un candidat au poste de président de la Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union.

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014: élections européennes dans les 28 Etats membres