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28/09/2016

La guerre des droites a commencé

Elections

La guerre des droites a commencé

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[DR]

Sauf surprise, ils seront huit sur la ligne de départ. Ils ont deux mois pour convaincre leurs électeurs et devenir le « champion » de la droite pour l’élection présidentielle de 2017. Un article de notre partenaire La Tribune.

Ils seront donc huit, une femme et sept hommes, à concourir à ce qui restera dans l’histoire comme la première primaire de la droite et du centre. On connaîtra le nom de l’heureux élu, candidat « officiel » de la droite pour la présidentielle du printemps 2017, le 27 novembre à l’issue du second tour, tant il semble vraiment peu probable que l’un des candidats récolte la majorité absolue des scrutins dès le premier tour, le 20 novembre. Deux mois de campagne — elle débutera officiellement le 21 septembre, quand la haute autorité de la primaire aura validé les candidatures — durant lesquels les candidats vont devoir faire preuve de maturité et éviter le pugilat généralisé… À vérifier, tant fait déjà rage la bataille des ego.

Dans cette primaire, il y aura donc les « grands » candidats : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire… Et les « petits » : Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Hervé Mariton, eux aussi membres du parti « Les Républicains » (LR). Mais aussi un invité surprise, Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin et député des Yvelines. Non-membre de « LR », il n’était pas soumis à la règle des parrainages et peut donc figurer parmi les concurrents. Huit candidats donc, dont certains d’extrême justesse. Le gong a retenti vendredi 9 septembre, à 18 heures, l’heure limite fixée aux candidats potentiels pour déposer auprès de la haute autorité de la primaire, présidée par la juriste Anne Levade, la liste des parrainages nécessaires pour postuler. Les candidats du parti « Les Républicains » avaient besoin de réunir sur leur nom au moins 250 élus, dont au moins 20 parlementaires, répartis sur au moins 30 départements, ainsi que 2.500 militants originaires d’au moins 15 départements différents.

Pourquoi l’opération « Il faut sauver le soldat NKM » ?

À ce petit jeu, Hervé Mariton est passé de justesse. Et NKM a eu chaud. Mais elle a finalement trouvé 23 parlementaires. Idem pour les militants, elle passe le cap des 2.500 soutiens, grâce, notamment, selon nos informations, à une forte mobilisation dans le sud-ouest… sur les terres d’Alain Juppé. Autant par calcul politique que pour des raisons démocratiques, Alain Juppé a en effet décidé de voler au secours de l’élue de Paris en demandant à ses réseaux de donner un coup de main à NKM.

Du côté François Fillon, c’est le même état d’esprit qui a régné. Ainsi, mercredi 31 août, Gilles Carrez, député LR président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et soutien de François Fillon, a annoncé qu’il parrainait NKM.

Mais pourquoi cette opération « il faut sauver le soldat NKM » ? Sans sa présence, la primaire de la droite affichait un côté un peu « ringard » avec la seule présence d’hommes approchant ou dépassant la cinquantaine. Ce qui n’était pas du meilleur effet. De plus, NKM a le mérite de mettre sur la table des débats sociétaux, économiques et sociaux différents de ceux de ses concurrents. Le sujet écologique, par exemple. Ce qui permet d’ouvrir un peu les fenêtres et de ne pas laisser la primaire se mener sur les seuls thèmes sécuritaires et identitaires, matraqués jusqu’à saturation par Nicolas Sarkozy.

Et Alain Juppé a très bien compris qu’il était de son intérêt de freiner cette surenchère. Enfin, la présence de NKM devrait permettre d’élargir le cercle des électeurs pour la primaire. Or, Alain Juppé sait très bien que plus il y aura de votants, plus il a ses chances, car le noyau dur du parti « Les Républicains » qui ira voter est presque entièrement acquis à Nicolas Sarkozy.

Même dans le camp sarkozyste, on s’est finalement rallié à une candidature Kosciusko-Morizet qui n’est pourtant pas en odeur de sainteté. Mais, mathématiquement, la présence de NKM renforce les chances de Nicolas Sarkozy, au nom du « diviser pour mieux régner ». La présence de NKM va éparpiller davantage les voix sans gêner l’ancien chef de l’État, car vraiment très peu d’électeurs potentiels de l’ex-chef de l’État se déporteront sur la conseillère de Paris.

Tout le pari de Nicolas Sarkozy est là. Pour l’ancien chef de l’État, l’idéal serait que la primaire ne déchaîne pas les passions auprès de l’électorat potentiel. Plus celui-ci sera proche du parti « Les Républicains », plus Nicolas Sarkozy a de chances de l’emporter.

« La victoire dépendra [de la composition] du corps électoral de cette primaire », résume très bien Frédéric Dabi, de l’Ifop, dans Le Journal du Dimanche.

Et d’expliquer : « Si seul le cœur de l’électorat traditionnel de la droite se mobilise, Sarkozy est favori. Plus les centristes participeront, plus Juppé aura l’avantage. »

C’est pour cette raison que Nicolas Sarkozy tape comme un sourd sur les questions identitaires et sécuritaires, affirmant vouloir enfermer les « fichés S », limiter le regroupement familial, sans oublier de sans cesse brocarder le concept d’« identité heureuse » mise en avant par Alain Juppé.

Comme lors de l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy s’adresse à la frange la « plus à droite de la droite ». Comme d’habitude, l’ancien chef de l’État se veut clivant, là où Alain Juppé joue davantage le consensus pour séduire tant les centristes que les déçus de François Hollande qui, il l’espère, viendront participer à la primaire de droite. La présence de Nathalie Kosciusko-Morizet fait partie des hameçons pour les faire mordre à la primaire.

François Hollande, l’allié objectif de Nicolas Sarkozy

Dans son duel annoncé avec Alain Juppé, Nicolas Sarkozy bénéficie d’un allié objectif de poids : François Hollande. De fait, si ce dernier veut garder une petite chance d’être présent au second tour de l’élection présidentielle et de l’emporter face à Marine Le Pen (FN), l’actuel locataire de l’Élysée a tout intérêt à avoir Nicolas Sarkozy comme principal adversaire à droite. L’ancien chef de l’État est tellement impopulaire auprès de toute une frange de la population que la simple idée de le voir revenir aux commandes pourrait finalement inciter celle-ci à voter François Hollande, pourtant totalement laminé dans les sondages. C’est, en tout cas, le scénario rêvé par l’Élysée.

Pour preuve, il n’a échappé à personne que François Hollande a clairement désigné son adversaire, lors de son discours du 8 septembre à la salle Wagram sur « la démocratie face au terrorisme ». Sans jamais le nommer, il a plusieurs fois décoché des piques à l’adresse de Nicolas Sarkozy.

Ainsi quand il a lancé que « les principes constitutionnels, comme la liberté d’expression, la liberté du culte, la liberté d’aller et venir, ne sont pas des arguties juridiques », évoquant ainsi une expression utilisée par Nicolas Sarkozy pour imposer ses solutions dans la lutte contre le terrorisme.

Et François Hollande d’ajouter, très mordant : « Arguties juridiques, la présomption d’innocence ? Pourtant, bien commode à brandir lorsqu’il s’agit de plaider pour son propre compte ».

Encore une fois, la pique est adressée à Nicolas Sarkozy et à ses lieutenants qui ne manquent pas d’avancer la « présomption d’innocence » de l’ancien chef de l’État dans l’affaire Bygmalion. On voit donc bien qui est le meilleur ennemi du président…

Un autre épisode illustre cette alliance objective entre l’ancien et l’actuel président de la République. C’est Nicolas Sarkozy qui a inauguré le 15 septembre la nouvelle émission politique bimensuelle sur France 2 en prime time. Audience garantie.

Or, selon nos informations, c’est la direction de France Télévisions qui a directement choisi ce premier invité… Hasard ? D’autant plus qu’un autre débat « très chaud » a eu lieu, toujours sur France 2, quand le directeur de l’information de France Télévisions, Michel Field, a voulu « retarder » au-delà du résultat de la primaire de la droite une enquête de l’émission Envoyé spécial consacrée à la fameuse affaire Bygmalion et au financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, en 2012.

Mais face à la bronca d’une partie de la rédaction et à la désapprobation d’Élise Lucet, nouvelle patronne d’Envoyé spécial, Michel Field a dû capituler et le reportage passera à l’antenne le 29 septembre. Manifestement, il ne fallait rien faire pour gêner Nicolas Sarkozy, mais ça ne marche pas toujours… Plus anecdotique, mais significatif, quand Alain Juppé est invité, dimanche 11 septembre, au « 20 heures » de France 2, la régie diffuse une photo de… Nicolas Sarkozy. Ce qu’Alain Juppé n’apprécie d’ailleurs pas.

Et les questions économiques et sociales ?                      

Mais sur le fond des sujets aussi, il est tentant d’établir un axe entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. L’actuel président de la République sait qu’il va traîner durant sa potentielle campagne présidentielle le boulet de ses résultats sur le front du chômage. Or, avec un Nicolas Sarkozy qui préfère marteler les thèmes identitaires plutôt que de mettre en avant ses propositions économiques et sociales, François Hollande se sent plus à son aise. De fait, c’est l’une des autres caractéristiques de ce début de campagne de la primaire de droite : où sont passés les sujets économiques et sociaux ? Au grand dam d’Alain Juppé et, surtout, de François Fillon — le candidat de la primaire qui a le plus « bossé » sur les questions économiques — le rouleau compresseur Sarkozy impose au cœur des débats les questions identitaires et sécuritaires.

L’ancien président n’a pas son pareil pour surfer sur les suites des attentats qui ont ensanglanté la France — et qui pourraient se reproduire — et sur les questions soulevées par le Brexit. D’ailleurs, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et François Fillon tentent de réagir. Chacun à sa façon, ils refusent de se laisser dicter les thèmes de la campagne… On verra s’ils y parviennent. Pourtant, il y aurait matière à débat, car si l’ensemble des candidats partagent un certain nombre de convictions — heureusement d’ailleurs, car ils font partie de la même famille politique —, comme la fin des 35 heures légales, la remontée de l’âge de départ à la retraite ou une baisse drastique de la dépense publique.

Pour autant, chacun développe aussi des arguments qui lui sont propres. On citera l’instauration d’une flat tax [impôt à taux fixe] chère à Hervé Mariton ; le retour de la défiscalisation des « heures sup » pour Nicolas Sarkozy ; la dotation d’un compte Siret pour chaque Français dès l’âge de 16 ans pour Jean-François Copé ; la fixation à 24 % du taux d’impôt sur les sociétés pour les PME, pour Alain Juppé ; la fusion des retraites du public et du privé défendue par François Fillon ; la suppression… d’un million de postes de fonctionnaires pour Bruno Le Maire ; la dégressivité « contrôlée » des allocations-chômage prônée par Nathalie Kosciusko-Morizet…

Il y a donc de quoi faire. Et, espérons que les sujets économiques et sociaux seront abordés lors des trois débats télévisés qui opposeront les huit candidats, le 13 octobre, le 3 et le 17 novembre. Les électeurs sont demandeurs. Et c’est tout de même plus constructif que de s’étriper sur le besoin de savoir s’il faut une loi pour interdire le burkini.

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