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22/01/2017

La nouvelle coalition gouvernementale grecque agace les socialistes européens

Elections

La nouvelle coalition gouvernementale grecque agace les socialistes européens

Gianni Pittella

[European Parliament]

La décision d’Alexis Tsipras de former à nouveau une coalition avec les parti souverainiste les Grecs indépendants est une « erreur stratégique », selon Gianni Pittella, chef de file des Socialistes & Démocrates au Parlement européen. Un article d’EurActiv Grèce .   

Alexis Tsipras, qui dirige le parti de gauche Syriza, a remporté une deuxième élection le 21 septembre et continuera d’être Premier ministre en Grèce, malgré un accord de coalition controversé avec le parti de droite des Grecs indépendants.

 >> Lire : Tsipras retrouve le pouvoir en Grèce

Syriza a récolté 35,5 % des voix dimanche dernier et dispose donc de 145 sièges au Parlement grec, qui en compte 300. Nouvelle Démocratie se situe en deuxième position, avec 28,1 % (75 sièges).

Juste après les élections, Alexis Tsipras a décidé, comme lors de sa première élection en janvier 2015, de s’associer avec le parti des Grecs indépendants (Anel), une décision qui a entrainé une vive réaction au sein du groupe politique des Socialistes & Démocrates (S&D) du Parlement européen.

Les Grecs indépendants ont obtenu dix sièges au parlement grec. Le gouvernement de coalition sera donc soutenu par 155 députés.

Pittella veut voir un gouvernement progressiste en Grèce

Gianni Pittella, chef de file du S&D, qui estime avoir toujours soutenu Syriza lors des négociations à couteau tiré avec Bruxelles, critique pour la première fois le Premier ministre grec.

« Nous considérons que la décision d’Alexis Tsipras de former un gouvernement de coalition avec le parti de droite Anel est une erreur stratégique qui pourrait avoir un impact négatif sur les réformes à mettre en place en Grèce », a-t-il déclaré.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, partage ces inquiétudes. Il a en effet déclaré à la radio France Inter qu’il ne comprenait pas la décision du dirigeant de Syriza.

« Je l’ai appelé une deuxième fois pour lui demander pourquoi il renouvelait une coalition avec cet étrange parti d’extrême droite », a-t-il expliqué. « Il n’a pas vraiment répondu. Il est très malin, surtout au téléphone. Il m’a donné des raisons qui m’ont semblé plutôt convaincantes, mais au final je trouve toujours cela bizarre. »

Gianni Pittella estime que la meilleure solution pour les Grecs serait « un gouvernement de coalition composé de tous les partis progressistes, c’est-à-dire To Potami et Pasok ». « Un tel gouvernement serait la meilleure garantie de stabilité et d’application responsable de l’accord [de renflouement], sans pour autant abandonner la dimension sociale, extrêmement importante pour la partie de la population la plus fragilisée. »

Lors du scrutin de dimanche, Potami a récolté 4 % des voix, soit 2 % de moins que lors des élections de janvier, alors que le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), est remonté de 4,7 % en janvier à 6,3 % aujourd’hui.

Le S&D s’irrite

Plusieurs députés Syriza ont fait partie de formations socialistes et soutiennent clairement un alignement de leur parti avec le centre gauche. Pasok et Potami sont les deux seuls partis grecs officiellement affiliés au S&D.

Panagiotis Kouroumplis, l’ancien ministre de la Santé, a récemment accordé un entretien à EurActiv. Il avait alors insisté sur la nécessité d’établir un pôle progressiste au sein du paysage politique grec.

« Syriza devrait être le centre d’un parti progressiste plus large qui permettra de faire contrepoids face aux politiques de la droite, des conservateurs et des néolibéraux », avait-il assuré.

>> Lire : Syriza prône toujours le dialogue créatif avec la Russie

Gianni Pittella n’exclut cependant pas que sa formation puisse « embrasser » Syriza. « Je ne sais pas si Alexis Tsipras a cet objectif. Si c’était le cas, nous vérifierons le caractère opportun de ses choix avec nos camarades de Pasok et de Potami, qui sont déjà membres du groupe S&D », explique-t-il.

Étonnamment, le S&D n’a pas ouvertement soutenu ses deux membres officiels lors de la campagne précédant les élections. Dans un communiqué de presse publié après l’annonce des résultats, le groupe s’est contenté de souligner la nécessité de mettre en place un « gouvernement progressiste comprenant tous les partis progressistes », soit Syriza, Pasok et Potami.

Soutien au peuple grec, pas à Tsipras

Gianni Pittella a poursuivi en assurant que le groupe S&D s’était clairement engagé dans les négociations difficiles avec la Commission européenne dans le but d’aider « non pas Syriza, ou Alexis Tsipras, mais le peuple grec à trouver la meilleure solution pour que la Grèce ne quitte pas la zone euro ».

« J’estime que nous avons fait la preuve de notre solidarité concrète et de notre approche coopérative envers le peuple grec. Nous sommes le seul grand groupe politique qui rejette en bloc l’idée folle d’un Grexit », a-t-il déclaré.

L’Italien ajoute qu’il a lutté pour que la Grèce reste dans l’Europe et qu’il serait prêt à soutenir les autorités grecques en ce qui concerne la restructuration de la dette et à « insister pour que la Commission mette en place un plan d’investissement pour la Grèce ».

Pittella se distancie de Zimmer

Gabriele Zimmer, qui dirige le groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique au Parlement européen, a récemment expliqué à EurActiv Grèce que l’élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique était un signe que la famille S&D évoluait dans la bonne direction.

 >> Lire : Zimmer : « les choses changent au sein de la gauche européenne »

Le chef de file du S&D a souhaité se distancier de son homologue de la GUE/NGL et a souligné que le groupe S&D avait toujours été ouvert aux discussions avec d’autres groupes de gauche.

 « Je ne vais pas m’appesantir sur les réflexions de Gabriele Zimmer. Nous avons toujours été ouverts au dialogue avec les autres groupes de gauche au Parlement européen : les Verts, avec qui nous venons de voter sur le programme de travail de la Commission, et aussi le GUE, même si ce groupe ne fait pas partie de la majorité soutenant la Commission », a-t-il expliqué.