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28/09/2016

La probabilité d’un « Grexit » reste faible

Elections

La probabilité d’un « Grexit » reste faible

A l’approche des législatives où le parti Syriza mène dans les sondages, le scénario d’une sortie de la Grèce de la zone euro reste peu probable, selon le commissaire Pierre Moscovici. Mais la Commission européenne se dit préparée à toute éventualité.?

« L’intégrité de la zone euro n’est pas menacée, nous ne craignons pas le résultat des élections de dimanche prochain en Grèce. Nous sommes préparés à tous les scénarios possibles en Grèce », a expliqué Pierre Moscovici lors d’un séminaire organisé par le groupe de réflexion Bruegel le 19 janvier. 

Le parti d’opposition Syriza affiche une avance considérable sur les conservateurs dans tous les sondages. Ce parti de gauche a promis la fin des mesures d’austérité, la suppression de certaines réformes, la fin des privatisations et la renégociation de la dette nationale, principalement contractée auprès des gouvernements de la zone euro.

>> Lire : La Grèce à l’aube d’un tournant historique

La coalition au pouvoir en Grèce affirme que ces politiques pourraient mener le pays à quitter la zone euro, une possibilité appelée « Grexit » par les marchés.

« Quel que soit le choix du peuple grec, nous sommes préparés à y répondre  », assure le commissaire. « Il ne s’agit pas de faire face au danger d’un ‘Grexit’, ou à aucun autre danger. Les engagements du gouvernement grec sont les engagements du pays et les accords doivent être respectés », a-t-il déclaré.

« Scepticisme »

Dans le même temps, l’idée qu’une sortie de la Grèce de la zone euro pourrait être gérée sans trop de problèmes pour le reste du bloc européen est accueillie avec scepticisme dans les cercles du gouvernement grec.

D’autres estiment que le risque de contagion via les marchés financiers serait limité dans le contexte actuel. En effet, 80 % de la dette grecque est due aux gouvernements européens et la Banque centrale européenne est prête à s’embarquer dans un programme d’opérations monétaires sur titre.

« La Grèce n’est plus d’une importance systémique pour l’euro », résume Hans-Werner Sinn, qui dirige l’institut de recherche économique IFO. De nombreux décideurs allemands conservateurs sont du même avis.

>> Lire : À Athènes, les avis sont divisés sur le « Grexit »

Dans sa campagne électorale, le Premier ministre Antonis Samaras s’évertue cependant à exagérer les dangers d’un ‘Grexit’, espérant ainsi convaincre les électeurs. Selon certains représentants du gouvernement actuel, le risque s’étend bien au-delà des frontières grecques. Ils assurent en outre que leurs déclarations ne sont pas dictées par le souhait de remporter les élections.

« La possibilité d’un défaut de payement grec secouera les économies de la zone euro dans une période très fragile », martèle un représentant du gouvernement. « Les décideurs de la zone euro n’ont pas de plan de gestion des risques pour l’éventualité où les choses dégénèrent après les élections, et c’est une erreur. »

À Bruxelles, les fonctionnaires européens assurent qu’ils ne prennent pas cette possibilité à la légère et qu’il n’y aurait pas de répercussions inattendues. Étant donné que Syriza a annoncé ne pas vouloir sortir de la zone euro, ils estiment cependant que cette possibilité ne se matérialisera pas. S’ils se trompaient, et que la situation devenait incontrôlable, des pare-feu permettront d’éviter la contagion, contrairement à ce qui s’était passé en 2012.

>> Lire : Le parti grec Syriza rejette l’idée d’une sortie de la zone euro

Selon certains analystes, si le risque d’une situation chaotique comme celle de 2012 est très limité à court terme, les répercussions d’une sortie de l’euro pour la Grèce dans un avenir plus lointain ne devraient pas être sous-estimées.

« Un Grexit ne posera pas de problème sérieux à l’eurozone à court terme », assure Nikos Vettas, directeur d’IOBE, le plus important groupe de réflexion grec. « Toutefois, à moyen terme, cela poserait la question de la cohésion de la zone euro et plausibilité de l’objectif final d’intégration. »

Malgré des remparts financiers plus solides, la sortie de l’euro de l’un des membres de la zone transformerait ce qui a été conçu comme une union permanente et irréversible en une alliance à durée indéterminée.

Colin Ellis, directeur de l’équipe du crédit en Europe chez Moody, estime que le risque d’un Grexit est « sensiblement moins probable » qu’en 2012, mais qu’il aurait néanmoins des conséquences imprévisibles.

« Oui, les canaux de contagion ont été réduits, mais les autorités européennes devraient toujours réagir de manière efficace et déterminée afin de gérer les pressions qui découleraient d’une sortie de la zone pour la Grèce, parce que les conséquences d’un tel événement sont toujours très difficiles à prédire. »

Les avertissements de l’UE et du FMI se multiplient, de plus en plus alarmistes. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré à Reuters que le nouveau gouvernement grec, quel qu’il soit, devra respecter les engagements pris par ses prédécesseurs. Christine Lagarde, qui dirige le FMI, a pour sa part prévenu que la restructuration de la dette aurait des « conséquences ».

« Un défaut de payement, une restructuration, la modification des termes de l’accord, tout cela aurait des conséquences sur l’accord et sur la confiance des partenaires », a-t-elle indiqué le 19 janvier.

>> Lire : La Commission craint que la Grèce ne se « fourvoie »

Crise de financement

En privé, le gouvernement grec minimise l’éventualité d’un Grexit, mais avertit qu’une série de mauvaises décisions pourrait mettre le pays au bord du gouffre, alors que le plan de sauvetage expire à la fin du mois de février, ce qui laisse peu de temps pour les négociations.

« Il n’y aura pas de Grexit. Ce n’est pas comme en 2012, mais nous pourrions nous approcher de la situation de 2012, surtout en cas de retrait massif des dépôts en banque », explique un représentant.

Les premiers signes de retraits des dépôts ont d’ores et déjà été enregistrés ces derniers jours. Selon les banques, environ 3 milliards d’euros auraient été retirés en décembre, le plus gros retrait depuis juin 2012.Il n’en a pas fallu plus à deux des principaux prêteurs grecs pour demander des fonds d’urgence à la banque centrale nationale.

Les obligations financières de la Grèce posent cependant un autre problème. Selon Syriza, les réserves de liquidités existantes suffisent à respecter ces obligations de 3,5 milliards d’euros pour la période de février-mars. Le gouvernement estime au contraire que les coffres de l’État seraient gravement malmenés si les recettes fiscales continuent de décliner, comme elles l’ont fait au mois de décembre.

Dans les deux cas, le prochain gouvernement devra négocier un accord pour la dernière tranche du renflouement, à hauteur de 7,2 milliards d’euros, s’il ne veut pas risquer une crise de financements cet été.

Alors que la Grèce est à nouveau exclue des marchés de la dette après une tentative de retour l’an passé, de nouvelles échéances s’alignent à l’horizon. Le pays doit rembourser un total de 1,5 milliard d’euros de dette et d’intérêts en juin, 4,7 milliards d’euros en juillet et 3,6 milliards d’euros en août.

>> Lire : Syriza accroît son avance sur les conservateurs en Grèce

Contexte

Cette année marque la fin d'une douloureuse période de récession de six ans pour la Grèce, qui a eu recours au marché obligataire deux fois après un exil de quatre ans. Aujourd'hui, à la veille d'élections présidentielles anticipées, les investisseurs craignent pourtant que la crise ne refasse surface.

Le 8 décembre, les ministres de la zone euro ont décidé d'accorder à la Grèce une extension de deux mois du plan de sauvetage, plutôt que l'extension de six mois à laquelle Athènes s'opposait. Ces deux mois devraient permettre au pays de finaliser son rapport de fin de renflouement avant de close une fois pour toutes le chapitre du renflouement.

Depuis cet été, tous les sondages indiquent que des élections immédiates verraient le parti de gauche Syriza remporter le scrutin.

>> Lire : Le parti Syriza au cœur du jeu politique à la veille des élections en Grèce

>> Lire : Le parti Syriza toujours en tête des sondages en Grèce

Prochaines étapes

  • 25 janvier 2015 : Élections législatives en Grèce.