Le «centre européen» prend aussi le pouvoir en Irlande

Leo Varadkar, nouveau taoiseach irlandais. [Council of the EU/Flickr]

Le leader chrétien-démocrate irlandais, Leo Varadkar, s’est engagé à diriger un gouvernement du « nouveau centre européen », après être devenu le 14 juin le Premier ministre le plus jeune de l’histoire de ce pays. Et le premier ouvertement gay. Un article d’Euroefe.

Le nouveau « taoiseach », Premier ministre en irlandais, 38 ans et fils d’immigrants, a obtenu au Parlement 57 voix de son parti conservateur, le Fine Gael, et des élus sans étiquette qui soutiennent le gouvernement minoritaire formé par le mouvement de centre droit de son prédécesseur, Enda Kenny.

« Le gouvernement que je vais diriger ne sera pas de gauche ni de droite. Pendant que d’autres continuent d’être obsédés par les débats des années 1980, je vous assure que je ne ferai pas la même chose. Nous œuvrerons à trouver des solutions pour le 21ème siècle et pour l’avenir », a déclaré Leo Varadkar, après son investiture à la chambre basse du parlement de Dublin, le Dáil.

Son gouvernement, a-t-il expliqué, représentera le « nouveau centrisme européen », grâce auquel il souhaite « construire une république d’opportunités dans laquelle chaque citoyen sera traité équitablement et aura la possibilité de réussir et de trouver la prospérité ».

Nouveau centrisme européen

Leo Varadkar, médecin de profession, comme son père, un immigré indien marié à une infirmière irlandaise, a répété que le Dáil l’avait élu pour « diriger » mais qu’il s’engageait surtout à servir son pays.

Les experts estiment que son élection donne une idée de l’immense transformation qu’a vécu l’Irlande ces vingt dernières années, devenant une société moderne et multiculturelle tout en s’éloignant de l’influence de l’autrefois toute puissante Église catholique.

En ce sens, le nouveau Premier ministre a rendu hommage à Enda Kenny, le félicitant d’avoir reconstruit l’économie lorsqu’il a pris ses fonctions en 2011, quelques mois après que l’ancien gouvernement centriste du Fianna Fáil a demandé un plan de sauvetage à l’UE et au FMI d’un montant de 85 milliards d’euros.

Hommage à Enda Kenny

Dans son premier discours en tant que « taoiseach », il l’a aussi remercié d’avoir pris des décisions durant son mandat ayant permis à des gens comme lui de se sentir pleinement citoyens. Il a ainsi fait référence au référendum de 2015 sur le mariage gay, qui a fait de l’Irlande le premier pays du monde à approuver cette union via une consultation populaire.

Le nouveau Premier ministre a publiquement affirmé ses préférences sexuelles quelques mois seulement avant le scrutin, s’affichant avec son partenaire, le médecin Matt Barrett.

Le référendum irlandais relance le débat des droits des homosexuels en Allemagne

Après le référendum légalisant le mariage homosexuel dans une Irlande ultra-catholique, l’opposition des conservateurs aux unions homosexuelles commence à s’effriter en Allemagne. Un article d’EURACTIV Allemagne.

« Je n’ai aucun doute sur le fait que s’il n’avait pas été là, ce pays n’en serait pas là aujourd’hui. Personnellement, je crois aussi que je n’occuperais pas ce poste sans Enda Kenny », a assuré Leo Varadkar.

Son investiture en tant que Premier ministre a également été rendue possible grâce à l’abstention de l’autre grand parti national, le Fianna Fáil. En revanche, la troisième formation nationale, le Sinn Féin de Gerry Adams s’y est opposée. Le parti assure que le leader chrétien-démocrate poursuivra les politiques d’austérité qui ont marqué les six années de gouvernance d’Enda Kenny.

Le dirigeant nationaliste lui a toutefois souhaité bonne chance et espère travailler étroitement avec lui pour affronter les principaux défis du pays, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’UE ou la restauration d’un gouvernement autonome en Irlande du Nord.

Irlande du Nord, une priorité…

Leo Varadkar rencontrera donc vendredi à Dublin les leaders du Sinn Féin et du Parti unioniste démocrate (DUP) pour aborder la formation d’un gouvernement partagé entre protestants et catholiques à Belfast.

Le DUP, nouvel allié homophobe et anti-avortement de Theresa May

Privée d’une majorité absolue, Theresa May a été forcé de conclure une alliance précaire avec le Parti unioniste démocratique, une formation d’extrême droite profondément opposée aux droits des homosexuels et de l’avortement.

Presque quatre mois après les élections régionales, les unionistes et les nationalistes ne sont pas parvenus à un accord, désormais gêné par les conversations parallèles du DUP avec la Première ministre britannique, Theresa May, qui a besoin de leur soutien pour gouverner en minorité depuis qu’elle a perdu sa majorité parlementaire lors des élections du 8 juin.

À ce sujet, tant Enda Kenny que Leo Varadkar craignent que cela ne fasse obstacle à des avancées en Irlande du Nord puisque Londres et Dublin doivent adopter une position neutre dans les négociations entre les formations d’Irlande du Nord et être les garants du processus de paix, ont-il rappelé.

L’Irlande ne veut pas de frontière avec le Royaume-Uni après le Brexit

Enda Kenny, Premier ministre irlandais, considère que les frontières de son pays avec le Royaume-Uni, notamment l’Irlande du Nord, devraient permettre la libre circulation des personnes après le Brexit. Un article d’EURACTIV Espagne.

… partagée par l’UE

Après avoir félicité Leo Varadkar, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré que les circonstances particulières faisaient que le pays était désormais une priorité dans les négociations du Brexit.

Dans une lettre, et au nom du Conseil européen, Donald Tusk a félicité l’Irlandais et lui a souhaité à lui et à son gouvernement « beaucoup de réussite ».

« L’Irlande est admirée à juste titre pour sa force économique et sa société ouverte et dynamique, ainsi que pour son engagement inconditionnel vis-à-vis de l’Europe », a affirmé le président du Conseil.

Dans la lettre, le Polonais transmet à Leo Varadkar la « grande sensibilité » des vingt-sept face au défi auquel fait face l’Irlande après la sortie du Royaume-Uni de l’UE prévue pour 2019.

« Il faudra faire preuve de souplesse et d’imagination et je m’engage à collaborer avec toi pour trouver une solution », a ajouté Donald Tusk, tout en soulignant que même si les négociations sur le Brexit étaient importantes, l’UE devait avancer sur d’autres sujets. Il a donc donné rendez-vous au Premier ministre irlandais pour la rencontre des chefs d’État et de gouvernement la semaine prochaine à Bruxelles.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a également envoyé une lettre de félicitations dans laquelle il affirme son intention de développer une « relation étroite de travail » pour affronter « les divers défis » auxquels sont confrontées l’UE et l’Irlande.

L'UE envisage la réunification de l’Irlande après le Brexit

Lors du sommet du 29 avril, les dirigeants de l’UE aborderont la question d’une adhésion automatique de l’Irlande du Nord à l’UE, une fois le Brexit finalisé, dans l’hypothèse où elle serait réunifiée avec la République d’Irlande, selon des sources européennes.