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23/01/2017

Le défaut de la Grèce plonge l’UE dans l’incertitude

Elections

Le défaut de la Grèce plonge l’UE dans l’incertitude

Manifestants grecs à Bruxelles, 30 juin.

[Joel Schalit/Flickr]

Le FMI consent à parler de « retard » de paiement plutôt que de « défaut ». Les ministres des Finances de la zone euro doivent se concerter mercredi 1er juillet.

Les dernières concessions de la Grèce vis-à-vis de ses créanciers internationaux le soir du 30 juin n’ont pas suffi à lui éviter un défaut de paiement. C’est la première fois qu’un pays de l’UE est dans cette situation. L’incertitude est telle que même le référendum prévu pour ce dimanche sur les conditions d’un accord avec l’UE et le FMI est remis en question.

Le FMI a confirmé que la Grèce n’avait pas effectué le remboursement de 1,6 milliards d’euros dû le 30 juin. Par conséquent, la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, annoncera aujourd’hui à son conseil d’administration que la Grèce est « en retard de paiement », un euphémisme institutionnel.

Gerry Rice, porte-parole du FMI, a déclaré qu’Athènes ne pourra donc plus recevoir de financements supplémentaires des prêteurs internationaux avant que les arriérés soient réglés. Il a confirmé que la Grèce a demandé un délai de paiement supplémentaire le mardi 30 juin, et que cette demande serait examinée « en temps voulu », par le conseil d’administration de l’organisation.

L’imminence d’un défaut de paiement de la Grèce, qui pourrait mener le pays à une sortie de l’euro, a agité les marchés financiers. Le sort de l’adhésion de la Grèce à la zone euro est encore incertain. Rejetant le « chantage » de ses créanciers, Alexis Tsipras a en effet convoqué un référendum sur la question le 5 juillet. Suite à l’annonce de ce référendum, l’Eurogroupe a décidé de cesser les négociations avec Athènes.

>> Lire : Le référendum grec divise la zone euro

Dans une lettre adressée au président de l’Eurogroupe, le Premier ministre grec s’est dit « absolument déterminé à rembourser sa dette extérieure d’une façon qui assure la viabilité de l’économie, de la croissance et de la cohésion sociale en Grèce ».

La lettre n’aborde pas la question des conditions posées par les trois prêteurs du pays, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, pour le déblocage de l’aide nécessaire au paiement de la dette grecque. Alexis Tsipras y cite par contre les bases légales qui lui permettent de demander un prêt indéterminé sur deux ans.

« Ce prêt servira uniquement à rembourser les dettes intérieures et extérieures de la Grèce », assure-t-il. Le paiement des fournisseurs du gouvernement et des fonctionnaires pourrait faire partie de ces dettes intérieures.

« Jusqu’à la confirmation et l’entrée en vigueur de ce prêt, la Grèce demande que l’Eurogroupe allonge le programme [d’aide] pour une période brève afin d’éviter l’enclenchement d’un défaut technique », continue le Premier ministre.

>> Lire : La crise grecque divise les socialistes européens

Annulation du référendum ?

Avant l’échéance du remboursement, le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a indiqué lors d’un appel à ses homologues européens, que le référendum pourrait être annulé dans le cas d’un accord rapide. Les ministres des Finances lui ont alors demandé quel serait exact le lien entre ce prêt sur deux ans et le référendum.

« Il a dit que la question pourrait être réexaminée et que le référendum pourrait être modifié ou ajourné », selon une source de l’AFP qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat. « Tout dépendra du signal envoyé par l’Eurogroupe en ce qui concerne cette nouvelle proposition. »

Joseph Muscat, Premier ministre maltais aurait également expliqué au parlement que la Grèce avait offert d’annuler le référendum si les négociations avec l’UE, interrompues depuis samedi, reprenaient.

Peu après l’annonce de la nouvelle proposition grecque, la chancelière allemande, Angela Merkel, a exclu toute négociation avant le référendum prévu pour dimanche prochain.

L’Eurogroupe a refusé d’étendre le programme d’aide, mais les ministres de la zone euro n’ont pas totalement tourné le dos à Athènes, puisqu’ils ont déclaré vouloir se concerter au sujet de la nouvelle demande de prêt et de restructuration de la dette. Ils se réuniront donc aujourd’hui, 1er juillet, à 11 h 30.

Suite à la conférence téléphonique avec Yanis Varoufakis, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a expliqué que la demande d’une extension du programme d’aide avait été exclue par les ministres de la zone euro. « Nous sommes au-delà de cela, c’est trop tard », a-t-il déclaré à Reuters.

Il a précisé qu’en tant que membre de la zone euro et de l’UE, la Grèce pouvait bien entendu demander un nouveau programme d’aide, mais qu’il y aurait des conditions.

« C’est une procédure lourde », souligne-t-il. « Et pendant ce temps-là, la situation en Grèce, l’économie, les banques, s’est malheureusement encore détériorée, donc c’est une éventualité qui n’est pas facile à envisager. »

Jeroen Dijsselbloem, qui est également le ministre des Finances néerlandais, a ajouté qu’un nouveau programme d’aide pourrait imposer des conditions encore plus strictes à Athènes.

>> Lire : Les pro-Syriza déplorent le manque de soutien de la France à la Grèce

En manquant l’échéance de remboursement du 30 juin, la Grèce s’est privée d’une tranche d’aide de 1,8 milliards d’euros, de 10,9 milliards d’euros de recapitalisation bancaire et des bénéfices des prêts de la BCE (le programme pour les marchés de titres), soit d’un total de 16,3 milliards d’euros.

Depuis 24 heures, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées sur la place Syntagma. L’une des manifestations exprimait le soutien de ses participants à Alexis Tsipras et au rejet de l’austérité, alors qu’une autre appelait les dirigeants à accepter les conditions des créanciers afin de ne pas risquer la fermeture des robinets de l’aide internationale.

>> Lire : A Athènes, les Grecs manifestent contre l’austérité

Le défaut de paiement met la Grèce sur la voie d’une sortie de l’euro, qui aurait des conséquences imprévisibles sur l’objectif européen de rassembler les États autours d’une monnaie unique.

Le 30 juin l’agence de notation Fitch a déclassé la Grèce, qui passe d’une note CCC à CC, estimant que la rupture des négociations augmentait considérablement le risque d’une multiplication des défauts de paiement dans les mois à venir.

La veille, l’agence Standard & Poor a également revu à la baisse la note souveraine grecque et estimé à 50 % la probabilité d’une sortie de l’euro pour le pays.

« Ce qui se passerait si la Grèce sortait de l’euro ? Cela enverrait le message très négatif que l’adhésion à l’euro est réversible », explique le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, qui a déclaré il y a une semaine qu’il ne craignait pas que la crise s’étende à l’Espagne.

L’instauration du contrôle des mouvements de capitaux, censé éviter l’effondrement des banques, donne aux Grecs un avant-goût amer de ce qui pourrait advenir en cas de sortie de l’euro. Depuis lundi, le gouvernement grec a en effet décidé que les banques et la bourse d’Athènes seraient fermées.

>> Lire : Grèce : les banques seront fermées pendant une semaine

Les retraits bancaires sont limités à 60 euros par jour et les Grecs se préparent à des temps difficiles : des queues se sont formées aux stations essences et les supermarchés ont été dévalisés.

À Athènes, les dirigeants de l’opposition ont adopté la rhétorique des représentants de l’UE et martelé que, dimanche, les Grecs devront choisir de rester dans la zone euro ou de retourner à la drachme, même si l’UE ne dispose d’aucun moyen légal de forcer un État membre à abandonner la monnaie unique.

Antonis Samaras, ancien Premier ministre grec et chef de file du principal parti d’opposition, a déclaré que la victoire du « non » (aux conditions des créanciers) forcerait le pays à quitter la zone euro et feraient disparaitre salaires et pensions.

Les sondages indiquent qu’une majorité de Grecs souhaiteraient rester dans l’euro, mais les avis sont très partagés. Reste à savoir si les autorités grecques ont le temps et les moyens d’organiser un référendum en si peu de temps.

>> Lire notre couverture en direct : une solution pour la Grèce?

Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe