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19/01/2017

Le FN parvient à former un groupe au Parlement européen

Elections

Le FN parvient à former un groupe au Parlement européen

Marine Le Pen et Geert Wilders célèbrent la formation du groupe parlementaire europe des Nations et des Libertés. [Wilders/Twitter]

Un an après les élections, Marine Le Pen va annoncer le 16 juin la création de son groupe au Parlement européen, l’Europe des Nations et des Libertés. Ce qui lui permettra d’empocher jusqu’à 17,5 millions d’euros de financements dans les quatre ans à venir.

Après un an passé à siéger parmi les non-inscrits après les élections européennes de 2014, Marine Le Pen est sur le point de voir aboutir la création d’un groupe au Parlement européen, l’Europe des Nations et des Libertés.

Un groupe politique au Parlement européen doit rassembler au moins 25 eurodéputés issus de sept pays. Mais après les élections, et malgré la victoire électorale du parti d’extrême droite avec 24 élus, le Front national n’avait pas réussi à rassembler un nombre de nationalités différentes.

Le nouveau groupe de Marine Le Pen comprend les alliés traditionnels du Front national: le Parti pour la liberté du Néerlandais Geert Wilders, le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), la Ligue du Nord italienne et le Vlaams Belang flamand, auxquels vont s’ajouter au moins deux eurodéputés de deux pays, dont les noms devraient être annoncés lors de la conférence de presse d’aujourd’hui (16 juin).

Le 15 juin au soir, Marine Le Pen a annoncé qu’elle tiendrait une conférence de presse aujourd’hui (16 juin). Geert Wilders a également laissé entendre qu’il aurait une déclaration importante à faire aux médias néerlandais.

Selon les sources d’EurActiv au Parlement, au moins un des eurodéputés appartiendrait au parti polonais Nouvelle Droite. Certaines rumeurs mentionnent les élus britanniques de UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui pourraient également être de la partie. Le parti hongrois Jobbik, trop extrême, ne se joindra pas à la formation.

>> Lire : La guerre des alliances est ouverte entre Marine Le Pen et Nigel Farage

Par ailleurs, le journaliste du Monde chargé des partis d’extrême droite, Olivier Faye, a annoncé que Jean-Marie Le Pen ne ferait pas partie du groupe de sa fille.

  • une indemnisation annuelle de 2 974 718,39 euros pour la mise sur pied et la gestion du nouveau groupe ;
  • une subvention pour la création d’un parti politique paneuropéen lié à ce groupe ;
  • une subvention pour une fondation politique ou un groupe de réflexion lié à ce groupe.

En tout, le groupe pourrait donc recevoir 4 442 759,83 euros par an, soit 17,5 millions d’euros sur les quatre années restantes du mandat parlementaire actuel.

Après les élections de 2014, Marine Le Pen avait exclu une alliance avec les Polonais de Nouvelle Droite. Le dirigeant de ce parti, Janusz Korwin-Mikke, est un négationniste raciste connu. Il a écopé d’une amende de 3 040 euros pour avoir tenu des propos racistes au parlement. Il a également qualifié de « très subtile » la différence entre le viol et un rapport sexuel consentant.

« Ses remarques, ses vues politiques vont à l’encontre de nos valeurs », avait déclaré l’élue française à l’époque. Au mois de janvier, Janusz Korwin-Mikke a toutefois été remplacé par l’eurodéputé Michal Marusik à la tête du parti.

En octobre, l’eurodéputé de Nouvelle Droite Jaroslaw Iwaszkiewicz avait déjà rendu possible la création du groupe Europe libertés démocratiques (EFFD) après le désistement de l’eurodéputée lettone Iveta Grigule. Il avait rejoint l’EFFD en tant que membre indépendant, et les deux autres eurodéputés du parti, dont Michal Marusik, n’avaient pas rejoint le groupe.

Le groupe, formé par Nigel Farage, avait alors été sauvé de la dissolution par l’adhésion de ce membre issu d’un État encore non représenté et avait pu se distancer du dirigeant de Nouvelle Démocratie de l’époque.

>> Lire : Nigel Farage sauve son groupe mais pas sa réputation

Dans la famille d’extrême droite, on compte également le Parti lituanien pour l’ordre et la justice. L’unique eurodéputé de ce parti, Rolandas Paksas, a assuré à plusieurs reprises être loyal vis-à-vis de Nigel Farage et a réfuté des rumeurs selon lesquelles il pourrait se joindre au nouveau groupe de Marine Le Pen.

Si Rolandas Paksas ou Jaroslaw Iwaszkiewicz décidaient néanmoins de changer de crémerie, l’EFDD ne remplirait plus les conditions requises et serait dissout.

Selon certaines sources, l’un des eurodéputés de UKIP pourrait avoir rejoint Marine Le Pen. EurActiv a donc contacté le parti, qui paraissait ignorer tout d’une possible défection. Le représentant de UKIP a comparé le nouveau groupe à « un loup ayant crié trop souvent ». C’est presque ça.

D’autres sources ont désigné Janice Atkinson, eurodéputée britannique UKIP suspendue du parti suite à des fraudes aux dépenses. Au moment où nous publions ces lignes, aucune de ces hypothèses n’a pu être vérifiée. D’autres rumeurs citent une défection possible dans les rangs du parti allemand Alternative pour l’Allemagne.

>> Lire : Une eurodéputée UKIP suspendue suite au scandale des dépenses frauduleuses

Règles de financement

Les règles de financement des groupes politiques et des partis du Parlement européen n’interdisent pas les transferts d’argent vers des groupes d’extrême droite.

Les subventions ne peuvent toutefois pas être utilisées pour couvrir les coûts de campagne pour des référendums ou les élections autres que les européennes. Elles ne peuvent pas non plus être reversées directement ou indirectement à des partis ou à des candidats nationaux ou servir à rembourser les dettes ou les intérêts.

Les formations politiques doivent « respecter les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’État de droit ». Après la formation de ce nouveau groupe, l’UE fera sans doute face à plus de pressions pour que cette règle soit appliquée de manière plus stricte.

Les partis politiques paneuropéens feront l’objet de règles de financement plus strictes à partir de 2018, mais celles-ci ne s’appliqueront pas aux groupes parlementaires.

>> Lire: Le Parlement durcit les règles de financement pour les partis politiques européens

L’importance des fonds publics et d’une influence renforcée

Il y a un an, en juin 2014, le chef de file du Vlaams Belang, le Belge Gerolf Annemans, a déclaré à EurActiv qu’il était essentiel à l’extrême droite d’obtenir des financements publics afin de mettre pleinement à profit son succès lors des élections.

« Si nous voulons avoir du personnel, des assistants parlementaires, etc., nous avons besoin de ressources », a-t-il expliqué.

>> Lire : La constitution d’un groupe permettrait au FN de doubler ses ressources européennes

Autre avantage à devenir un groupe parlementaire : un groupe peut désigner lui-même les membres de son propre secrétariat, au lieu de dépendre du personnel non affilié du Parlement européen.

Les groupes reçoivent habituellement un nombre de points qui peuvent être utilisés pour proposer des eurodéputés à des postes influents dans les commissions du Parlement.

Contexte

Pour former un groupe parlementaire, et ainsi recevoir des fonds et accroître son influence au sein du Parlement européen, il faut réunir au moins 25 eurodéputés de sept pays différents.

Marine Le Pen n'est pas parvenue à former un groupe après les élections européennes de l'année dernière, malgré la hausse de popularité des partis d'extrême droite. En France, son parti a ainsi remporté un franc succès, avec 24 eurodéputés élus.

Le soir du 15 juin, elle a annoncé avoir enfin réussi à remplir les conditions pour former un groupe au Parlement.

Prochaines étapes