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23/01/2017

Le parti d’Erdogan récupère la majorité absolue au Parlement turc

Elections

Le parti d’Erdogan récupère la majorité absolue au Parlement turc

Recep Tayyip Erdo?an

[AMISOM/Flickr]

Le parti du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a très largement remporté les élections législatives cruciales en Turquie et réussi, contre tous les pronostics, son pari de reprendre la majorité absolue qu’il avait perdue il y a cinq mois.

Sur la base de plus de 95 % des bulletins dépouillés, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) recueillait près de 50 % des suffrages et raflait près de 320 des 550 sièges de députés, ont annoncé les chaînes NTV et CNN-Türk.

Revanche

Sous réserve de confirmation officielle, ce résultat sonne déjà comme une revanche éclatante pour M. Erdogan, 61 ans, dont le parti avait perdu le 7 juin le contrôle total qu’il exerçait depuis treize ans sur le Parlement.

>>Lire : Erdogan perd sa majorité absolue au Parlement turc

L’homme fort du pays avait alors laissé s’enliser les discussions pour la formation d’un gouvernement de coalition et reconvoqué les électeurs pour un nouveau scrutin, persuadé de pouvoir inverser les résultats.

Autre surprise de la soirée, le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), qui avait fait son entrée triomphale au Parlement en juin dernier, n’est pas assuré d’y rester. Avec un score encore incertain de 10 % au niveau national, il atteint tout juste le seuil nécessaire pour être représenté sur les bancs du Parlement.

Si l’échec du HDP était vérifié, il permettrait même à l’AKP de s’approcher de la majorité qualifiée des deux tiers de sièges (367 députés) requis pour le changement de la Constitution que souhaite M. Erdogan.

‘Peur de l’instabilité’

Selon les résultats partiels, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) arrivait en deuxième place avec 24,5 % des voix, suivi du Parti de l’action nationaliste (MHP, droite) avec près de 12 %, tous deux en fort recul par rapport à juin.

La quasi-totalité des sondages avant le scrutin ne créditaient l’AKP que de 40 à 43 % des intentions de vote, insuffisant pour gouverner seul.

>>Lire : La Turquie vote, Bruxelles observe

« Je suis complètement effondré mais ces résultats signifient que le peuple s’accommode très bien de la situation actuelle », a réagi Sevim, un étudiant en droit de l’université d’Istanbul. « Le peuple a le gouvernement qu’il mérite ».

« La peur de l’instabilité en Turquie, ajoutée à la stratégie d’Erdogan se posant en +homme fort qui peut vous protéger+ l’ont emporté », a pour sa part commenté l’analyste Soner Cagaptay, du Washington Institute, sur son compte Twitter.

>>Lire : Erdogan devient le président turc dès le premier tour

Dans un climat de tensions marqué par la reprise du conflit kurde et la menace jihadiste venue de Syrie, le chef de l’État et le Premier ministre sortant et chef de l’AKP Ahmet Davutoglu se sont posés en seuls garants de l’unité et de la sécurité du pays, multipliant les discours sur le thème « l’AKP ou le chaos ».

« Cette élection était nécessaire à cause du résultat incertain du scrutin du 7 juin », a encore plaidé dimanche M. Erdogan en votant en famille à Istanbul. « Il est évident combien la stabilité est importante pour notre pays », a-t-il ajouté.

Espoirs de paix

En juillet, le conflit armé qui oppose depuis 1984 les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) aux forces de sécurité turques a repris dans le sud-est à majorité kurde du pays, et enterré le fragile processus de paix engagé il y a trois ans.

>>Lire : Erdogan favorable à de nouvelles élections en Turquie

En outre, la guerre qui sévit depuis quatre ans en Syrie a débordé sur le sol turc. Après celui de Suruç (sud) en juillet, un attentat suicide perpétré par deux kamikazes du groupe jihadiste État islamique (EI) a fait 102 morts le 10 octobre à Ankara.

Cette montée des violences inquiète de plus en plus les alliés occidentaux d’Ankara, à commencer par l’Union européenne (UE), confrontée à un flux croissant de réfugiés, pour l’essentiel syriens, en provenance de la Turquie.

Face au discours du pouvoir, les rivaux de M. Erdogan avaient appelé les électeurs à sanctionner sa dérive autoritaire, illustrée cette semaine encore par un raid spectaculaire de la police contre le siège de deux chaînes de télévision proches de l’opposition.