Le parti d’Emmanuel Macron cherche à s’européaniser pour 2019

Emmanuel Macron et les supporters d’En Marche ! fêtent la victoire au premier tour des élections le 23 avril 2017. EPA/YOAN VALAT [Yoan Valat / EPA]

La République en Marche hésite entre la création d’un nouveau parti et le rattachement aux centristes, en amont des élections européennes de 2019.

Faire alliance ou cavalier seul ? Après le tour de force réalisé par Emmanuel Macron en France, les prochaines élections européennes ont donné des envies d’expansion au parti du président français, La République en Marche (LREM).

Les prochaines élections du Parlement européen auront lieu en juin 2019. Ce scrutin au suffrage universel direct a lieu tous les cinq ans dans tous les États membres de l’UE. Et depuis 1976, trois grands partis européens dominent les scrutins : le parti socialiste européen (PSE), le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), au centre de l’échiquier politique.

Cette famille politique, la plus proche du positionnement d’En Marche, n’a pour l’heure pas reçu de demande officielle d’adhésion. « Formellement, ils ne sont affiliés à aucune famille européenne », explique Didrik de Schaetzen, directeur de la communication de l’ALDE.

Sur le papier pourtant, les relations politiques sont bien réelles. Emmanuel Macron est proche du Premier ministre belge, Charles Michel, ainsi que du Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, dont les partis sont tous deux affiliés à l’ALDE.

Les 4 chantiers européens d’Emmanuel Macron

L’Europe est le sujet qui a le plus influencé les électeurs de Macron à l’élection présidentielle. Ce qui met les réformes européennes sur la liste des chantiers prioritaires du nouveau président.

En France également, l’alliance avec le Modem lors de l’élection présidentielle, également membre de l’ALDE, avait de facto rapproché le parti En Marche des centristes européens.

Pour autant, le ralliement est loin d’être une certitude. « Concernant l’ALDE,  il n’y a pas d’automaticité. Nous sommes plus progressistes que libéraux. On se laisse la liberté de parler avec tout le monde », assure Arnaud Leroy, membre de la direction collégiale de La République En Marche.

« Pour les élections 2019, nous avons l’ambition de perturber le jeu européen comme on a réussi à perturber le jeu politique français. On est davantage dans l’idée de créer quelque chose ex-nihilo  » explique-t-il.

Un challenge européen

Concrètement, l’ambition d’En Marche au niveau européen pourrait s’avérer plus complexe qu’à l’échelon français. En effet, « en France, il n’y avait pas vraiment de force centriste. Mais au niveau européen, la place est moins libre. Réussir ce qu’a réussi Emmanuel Macron au niveau européen va être beaucoup plus difficile » reconnait une source européenne.

« Il va falloir faire émerger des thématiques : on ne veut pas juste parler de la zone euro, mais aussi des citoyens,  on veut vraiment que les gens retrouvent la sève du projet européen » explique Arnaud Leroy.

Pour l’heure, les contacts avec les différents partis se multiplient en Belgique et au Pays-Bas, ou avec une partie des socialistes allemands (SPD) et des Verts en Allemagne, et le parti Ciudadanos en Espagne, et surtout le mouvement Il Camino de Renzi en Italie.

C’est d’ailleurs avec ce dernier que la dynamique pourrait partir. « Si  Matteo Renzi remporte les prochaines élections en Italie, cela pourrait changer la donne pour Macron » explique une source européenne.

Spitzenkandidaten

La question des alliances devrait être tranchée d’ici un an tout au plus. Emmanuel Macron a toujours appelé à une véritable campagne en amont des élections européennes, et la question du « Spitzenkandidate » oblige maintenant les partis s’accorder sur un candidat plusieurs mois en amont.

En 2014, l’ensemble des partis politiques avaient désigné leur candidat à la présidence de la Commission européenne. Et Jean-Claude Juncker, candidat soutenu par le PPE, avait accédé à la présidence dans la foulée de la victoire de la droite européenne.

Juncker ne briguera pas de deuxième mandat à la tête de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker craint que le Brexit, qu’il qualifie de tragédie pour le continent, ne brise le front européen.

Pour 2019, le président de l’ALDE, Guy Verhofstadt, pourrait une nouvelle fois  être candidat pour les libéraux. La décision au sein du parti devra être prise fin 2018. Mais pour l’heure, En Marche n’écarte pas la possibilité de « présenter un candidat « contre Verhofstadt » explique Arnaud Leroy.

« Mais il n’est pas facile de trouver des gens qui sont reconnus à l’échelle européenne, il y a un véritable problème de notoriété » reconnait l’ancien député.

D’autres figures politiques, comme le français Michel Barnier, actuellement négociateur du Brexit pour la Commission, pourraient toutefois réunir les critères. « Il a la confiance du Président, et on est assez ouvert puisque l’on a déjà des ministres les Républicains » détaille Arnaud Leroy.