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26/09/2016

Le parti Syriza au coeur du jeu politique à la veille des élections en Grèce

Elections

Le parti Syriza au coeur du jeu politique à la veille des élections en Grèce

Alexis Tsipras, le leader du parti de gauche radicale Syriza

[Joanna/flickr]

Le premier ministre grec, Antonis Samaras, a décidé le 8 décembre d’avancer les élections présidentielles au 17 décembre, suite aux pressions exercées notamment par les prêteurs internationaux. Les Grecs se préparent à une nouvelle vague d’instabilité politique. Un article d’EurActiv Grèce.

Les élections présidentielles devaient se dérouler en mars 2015. Le gouvernement de coalition des partis de centre-droit Nouvelle démocratie et centre-gauche Mouvement socialiste panhellénique (Pasok) a cependant décidé d’accélérer le processus pour des raisons politiques.

Les négociations d’évaluation de la situation économique avec la Troïka – le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission – sont bloquées, malgré le fait que la Grèce est le pays à l’excédent primaire le plus élevé de la zone euro après l’Allemagne, selon Eurostat.

Le matin du 8 décembre, le Parlement grec s’est exprimé en faveur d’un budget en équilibre pour la première fois depuis des dizaines d’années. Le même jour, les ministres des finances de la zone euro ont accepté de poursuivre le programme de renflouement de deux mois, permettant ainsi à la Grèce et à ses bailleurs de fonds de gagner un peu de temps. Les coupes budgétaires supplémentaires ne pourront être déterminées qu’après la fin du plan de sauvetage, prévue pour la fin de l’année.

>> Lire : La Grèce espère une sortie anticipée du plan de sauvetage

Le gouvernement a justifié cette décision précipitée par le fait que le principal parti d’opposition, Syriza, tenterait, selon les dirigeants au pouvoir, de plonger le pays dans l’instabilité politique au moment des négociations avec la Troïka.

« Le gouvernement ne peut accepter ces tentatives ouvertes de déstabilisation. L’incertitude politique doit cesser immédiatement », a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sofia Voultepsi.

Le parti de gauche Syriza est arrivé en tête de tous les sondages récents. Lors des élections européennes, son chef de file, Alexis Tsipras, avait déjà récolté 27 % des suffrages, loin devant Nouvelle démocratie, une victoire sur laquelle il s’était appuyé pour affirmer que le gouvernement n’avait aucune légitimité.

>> Lire : Victoire historique de la gauche radicale en Grèce

Un équilibre fragile

L’équilibre instable du Parlement grec rend l’élection d’un nouveau président pour le moins compliquée.

Selon la Constitution, un président est élu si les deux premiers tours lui permettent de récolter 200 des 300 votes au Parlement.

Étant donné la configuration politique actuelle du parlement, il est peu probable qu’un candidat obtienne 200 voix. Il y aurait donc un troisième vote, dans lequel 180 voix suffisent. Si aucun candidat ne récolte ces 180 voix, le parlement est dissout et des élections nationales sont organisées.

Le gouvernement de coalition actuel a le soutien de 155 députés. Il y a 24 députés indépendants, dont le vote sera décisif pour le résultat final des élections. À ce jour, les députés indépendants n’ont pas adopté de position commune sur les questions essentielles posées au parlement.

12 députés appartiennent au parti de droite des « Grecs indépendants », dont la tête de file, Panos Kammenos, ancien membre de Nouvelle démocratie, a été catégorique : son parti ne consentirait pas à l’élection d’un nouveau président.

Dix députés appartiennent au parti de Gauche démocratique, qui était le plus petit de la coalition gouvernementale, ils n’ont pas encore exprimé leurs intentions.

Le principal parti d’opposition, Syriza, a 71 députés au Parlement. Depuis des mois, Syriza tente d’avancer les élections présidentielles, convaincu que le gouvernement ne parviendrait pas à réunir les 180 votes nécessaires.

Le parti communiste et les néo-nazi d’Aube dorée, avec respectivement 12 et 16 députés, ne soutiendront sans doute aucun candidat à la présidentielle.

De nouvelles mesures d’austérité ?

Selon les observateurs à Athènes, la décision du gouvernement grec d’avancer les élections est liée au fait que les négociations avec la Troïka sont dans une impasse et que de nouvelles mesures d’austérité pourraient être nécessaires à partir de la fin du plan de sauvetage.

Syriza a promis de mettre un terme aux politiques d’austérité si son candidat remporte les élections, ce qui inquiète les prêteurs internationaux.

Giorgos Katrougkalos, eurodéputé grec de gauche, a récemment témoigné son inquiétude à EurActiv Grèce :

« J’ai peur que quand Syriza sera au gouvernement [les prêteurs internationaux] tentent d’imposer une certaine asphyxie politique et économique à la Grèce, afin de prouver qu’il n’y a pas d’alternative à la politique néolibérale. »

Les bailleurs de fonds estiment qu’Athènes n’a pas encore réalisé de réforme structurelle déterminante, comme la libéralisation de certains métiers protégés, et ainsi atteint ses objectifs en matière de privatisation.

L’eurodéputé de centre-droit Giorgos Kyrtsos, membre de Nouvelle démocratie, partage cette opinion.

« Je fais partie du parti au gouvernement, mais laissez-moi vous dire que la Grèce n’applique pas complètement le protocole d’accord », a-t-il confié lors d’un entretien avec EurActiv Grèce, en référence aux licenciements prévus dans le secteur public, jamais exécutés.

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Prochaines étapes

  • 17 décembre : élections présidentielles anticipées