Les Bulgares manifestent contre les factures d’électricité trop élevées

Des dizaines de milliers de Bulgares ont manifesté hier (17 février) dans plus de 20 villes contre le prix élevé des factures d’électricité et ont demandé la démission du premier ministre Boyko Borissov et de son gouvernement de centre-droit [consultez la galerie de photos de Dnevnik, le partenaire d’EURACTIV en Bulgarie].

 



Des manifestants ont bloqué des routes et des carrefours, lancé des oeufs et des bouteilles sur des bâtiments publics et brûlé leurs factures d'électricité. Certains criaient même « mafia ».

De nombreux Bulgares ont été indignés par les factures d'électricité de janvier, selon des médias. Ils indiquent qu'ils sont incapables de payer leurs factures, d'une moyenne de plus de 100 €. Le salaire moyen en Bulgarie est le plus bas de toute l'UE : 387 € par mois. La retraite moyenne s'élève à 150 € et celle de base à 76 €.

Les manifestants ont accusé trois entreprises énergétiques détenues par des pays étrangers d'enregistrer des bénéfices exceptionnels. Ils n'ont pas cru l'explication selon laquelle janvier avait été un mois exceptionnellement froid.

Le marché bulgare de la distribution électrique est divisé en trois régions contrôlées par les entreprises tchèques ?EZ et Energo-Pro ainsi que l'entreprise autrichienne EVN [voir carte].

Le pays a privatisé son réseau de distribution d'énergie sous le gouvernement de l'ancien premier ministre Simeon Saxe Cobourg-Gotha (2001-2005).

Le 24 janvier, la Commission européenne a assigné la Bulgarie devant la Cour de justice de l'Union européenne pour transposition incomplète des règles de l'UE du marché de l'énergie.

De nombreux Bulgares soupçonnent une certaine complicité entre les fournisseurs et le gouvernement. Dimanche, au cours de la manifestation « Mettons le feu aux monopoles », des manifestants ont également protesté contre le gouvernement de M. Borissov et la classe politique en général, selon Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie.

Selon des sondages, le soutien en faveur du Mouvement de citoyens pour le développement européen de la Bulgarie de M. Borissov, le parti GERB, est sur le déclin. Alors que des élections législatives sont prévues en juillet, le GERB est à la traîne derrière les socialistes de l'opposition, emmenée par Sergueï Stanichev, le chef de file du Parti socialiste européen.

Les Bulgares tiennent M. Borissov responsable du déclin des normes de démocratie et de liberté de la presse depuis qu'il est entré en fonction en 2009. Ils l'accusent également de ne pas lutter contre la corruption. Lors d'un débat récent au Parlement européen, la Bulgarie a été qualifiée de « maillon faible » en termes de déclin des normes de démocratie et de menace pour les valeurs européennes sur le continent.

>> Lire : Débat au Parlement sur l’état de la démocratie en Bulgarie

Le ministre de l'énergie, Delyan Dobrev, a fait une apparition furtive lors d'une conférence de presse organisée dimanche. Il a promis de publier les accords des fournisseurs avec l'État bulgare. Alors que ces accords sont secrets, des médias indiquent que l'État bulgare a garanti un bénéfice de 15 % aux fournisseurs. Selon des rumeurs, les fournisseurs font également état d'activités fictives importantes afin de payer moins d'impôts.

M. Stanishev s'est abstenu de demander la renationalisation des fournisseurs, indiquant qu'il insisterait pour que le Parlement examine la mise en oeuvre de leurs accords de privatisation.

Le parti nationaliste Ataka, qui a appelé à la renationalisation des fournisseurs, navigue sur la vague de la colère publique et a conseillé aux citoyens de ne pas payer leurs factures et de détruire leurs compteurs électriques. 

Réactions

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé de commenter la situation, Marlene Holzner, porte-parole du commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, a déclaré que la position de la Commission était la suivante : s'il existe un marché opérationnel, les clients devraient alors disposer des meilleurs prix possibles.

Dans le cas de la Bulgarie, Mme Holzner a indiqué que la Commission avait publié l'année dernière un rapport sur le pays dans lequel deux problèmes avaient été identifiés.

Le premier est le marché de la vente d'électricité en gros, qui n'est pas complètement libéralisé en Bulgarie, selon elle. « Il y a des quotas, un acteur dominant et aucun prix libres », a-t-elle ajouté.

Le second problème identifié en Bulgarie est l'indépendance partielle du régulateur national, malgré les recommandations de la Commission. En Bulgarie, les prix étaient réglementés pour des petites et moyennes entreprises ainsi que pour des utilisateurs finaux. La Commission estime que la Bulgarie devrait disposer de prix de marché, mais également de prix réglementés pour les consommateurs très vulnérables.

Contexte

Lorsque la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l'UE le 1er janvier 2007, des lacunes demeuraient en termes de réformes du système judiciaire et de lutte contre la corruption. Dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé posait également problème.

Un mécanisme de coopération et de vérification (MCV) a été mis en place pour assister les deux pays dans le domaine judiciaire après leur adhésion à l'Union. La Commission européenne s'était en outre réservé le droit d'avoir recours à des mesures spéciales.

L'UE pouvait ainsi refuser de reconnaître des décisions prises par des tribunaux, voire geler des financements européens. Toutefois, depuis le 1er janvier 2010, Bruxelles n'a plus le droit d'avoir recours à cette clause spéciale.

Les derniers rapports sur la Bulgarie et la Roumanie ont été publiés le 18 juillet 2012.

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