Les députées françaises en passe de rattraper les suédoises

Le président sortant, ici avec les femmes du premier gouvernemant Ayrault, a imposé la parité chez les membres du gouvernement

De 63ème mondial, la France pourrait devenir numéro deux européen en termes de parité à l’Assemblée nationale. Une féminisation liée à l’échec des partis traditionnels qui privilégient d’ordinaire les sortants.

La future Assemblée nationale, dont les 577 députés seront choisis dimanche pour le second tour du scrutin législatif, ne sera pas une chambre de vieux Messieurs blancs. Et c’est l’une des principales surprises de ce grand chamboule-tout de la politique française : avec potentiellement 246 députées, ce qui est le nombre d’élues arrivées en tête au premier tour, la France d’ordinaire à la traîne dans les classements européens devrait se propulser vers la tête du peloton de la parité.

Sylvie Goulard : on ne peut pas avoir une Commission de "vieux messieurs blancs !"

Sylvie Goulard est député européenne, membre du groupe centriste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe.

En Europe, les pays scandinaves affichent la plus forte représentation féminine, avec 41,7 % de femmes, contre une moyenne mondiale de 23 %.

Avec 149 femmes sur 577, soit 25 %, la France faisait jusqu’alors à peine mieux, se classant au 63ème rang mondial, à égalité avec l’Algérie et le Honduras. Et loin derrière l’Allemagne (38%), la Belgique (37 %) ou les Pays-Bas (36 %).

Si les projections se confirment et que le nombre de femmes atteint 42 %, la France serait le second pays européen, derrière la Suède, en termes de femmes députées. Et elle rejoindrait le peloton mondiale des 10 pays aux chambres politiques les plus féminines.

L’effet En Marche

Un chambardement qui est principalement lié au faible succès des partis traditionnels, au profit de La République En Marche, qui a strictement appliqué la parité dans ses candidatures pour les législatives, contrairement aux partis traditionnels.

« Le fait que le mouvement En Marche soit nouveau a joué : il n’ont pas eu le problème des députés sortants qui font pression sur leur parti pour rester coûte que coûte. C’était un phénomène très problématique pour les femmes en politique », souligne Reine Lépinay, co-présidente de l’association Elles aussi, qui milite pour la parité dans les instances élues.

De fait, les pratiques des partis traditionnels laissent à désirer. Dans le Haut-Rhin, le mouvement LR n’a présenté aucune femme, leur préférant des candidats mâles sortants. Un problème qui tiendrait au fait que «  les listes paritaires sont organisées par ces messieurs », dénonçait début juin Arlette Grosskost, députée LR sortante, dans les DNA.

La priorité donnée au sexe dit fort dans les circonscriptions gagnables explique aussi la surreprésentation masculine constatée jusqu’alors à l’Assemblée : les commissions d’investiture ayant tendance à être peu transparentes et très masculines, les femmes se retrouvaient souvent avec des circonscriptions compliquées à emporter.

La règlementation française, qui impose la parité dans les listes électorales, ne semble pas avoir joué un rôle majeur dans la brusque féminisation de l’Assemblée.

Certes, la loi sur la parité a été renforcée par un article dans la loi sur l’égalité des chances, doublant les pénalités financières. Ainsi, les partis ne présentant pas autant d’hommes que de femmes aux élections voient leurs subventions publiques amputées. Et les montants sont importants : pour Les Républicains, c’est plus de 5 millions d’euros en moins chaque année. Le Parti socialiste passe aussi à la caisse faute de parité parfaite : le manque de femmes sur les listes lui coûte un million par an. « Pour les nouveaux partis, qui n’ont pas d’argent par définition, ce n’est pas envisageable que l’absence de parité entraîne un coût » note Reine Lépinay. En 2017, le coût de cette absence de parité est multiplié par deux.

« Ca va calmer les machos ! »

La parité c’est bien, mais c’est insuffisant prévient de son côté Caroline de Haas, féministe militante et candidate Verte à la députation. Si elle salue comme « très importante » l’arrivée de plus de femmes à l’Assemblée, Caroline de Haas s’inquiète du fait que ces nouvelles élues soient susceptibles de voter la loi travail II qui réduirait les chances des femmes de trouver un emploi, ou encore une loi liberticide sur la prévention du terrorisme, qui entamerait aussi les droits des femmes.

«  Il faut bien avoir en tête que la question de l’égalité n’est pas seulement liée à la parité. Si on avait une Assemblée composée pour moitié de femmes Front national, l’égalité hommes/femmes ne s’en porterait pas mieux », rappelle-t-elle.  La majorité particulièrement importante qui semble s’annoncer pourrait représenter un risque pour les contre-pouvoirs, qu’il s’agisse du Parlement ou de la presse. Mardi, une vingtaine de sociétés des journalistes françaises se sont inquiétées.

En attendant, Reine Lépinay a bon espoir que l’ambiance de la nouvelle Assemblée change. « Ca va calmer les machos. Parce qu’il y a plus de femmes, mais aussi plus de jeunes » se réjouit Reine Lépinay. La précédente législature a été marquée, en France, par de nombreux incidents sexistes, parfois sanctionnés par des suspensions d’indemnités. Quand elle était ministre, Cécile Duflot a été sifflée en arrivant en robe dans l’Hémicycle. Le député Denis Baupin a aussi été poursuivi pour agression sexuelle.

Et il reste encore à faire bouger le Sénat : la chambre haute compte seulement 23 % de femmes – dont un tiers doit être renouvelé en fin d’année.