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23/01/2017

Les populistes polonais en tête des sondages

Elections

Les populistes polonais en tête des sondages

Beata Szydlo (centre) cheers national football team. Warsaw, 8 October.

[REUTERS/Kacper Pempel]

Le parti populiste, eurosceptique et anti-réfugié Droit et Justice est en tête des sondages avant les élections du dimanche 25 octobre en Pologne. Certains observateurs craignent que le pays ne devienne « la nouvelle Hongrie ».

Tambours battants, des mineurs promènent un cercueil censé contenir le gouvernement centriste polonais dans les rues de Ruda Slaska, une ville minière laissée pour compte des vingt-cinq années de croissance qu’a connu la Pologne depuis la chute du régime communiste.

Le prix du charbon a dégringolé et les mineurs craignent de perdre leurs emplois. Le syndicat solidaire accuse la Première ministre, Ewa Kopacz, et son parti, Plateforme civique (PO), de ne pas tenir leurs promesses et de laisser tomber les mines d’État. Il encourage donc les Polonais à voter pour « n’importe qui, mais pas le PO », lors des élections qui se dérouleront le dimanche 25 octobre.

« Le gouvernement nous a trompés », assure Pawel, un mineur de 35 ans, qui compte voter pour le rival traditionnel du PO, le parti conservateur d’opposition Droit et Justice (PiS).

Les sondages montrent que Pawel n’est pas un cas isolé. Le PiS a promis d’augmenter les aides sociales et enchaîne les discours enflammés sur la crise des réfugiés. Une tactique gagnante, puisque le parti populiste a une avance de 10 points sur son concurrent plus pro-européen au pouvoir dans les sondages et pourrait même former un gouvernement entier.

Une femme au pouvoir

Beata Szyd?o, la candidate du PiS, sera donc probablement la prochaine Première ministre polonaise. Elle est elle-même la fille d’un mineur de la ville de Brzeszcze, près de Ruda Slaska. Jaroslaw Kaczynski, ancien Premier ministre et dirigeant controversé du PiS, lui a donné sa bénédiction après que celle-ci a mené une campagne réussie pour porter Andrzej Duda à la présidence en mai.

Beata Szyd?o a promis d’abaisser l’âge de la retraite, d’introduire des allocations familiales généreuses, d’augmenter les taxes des banques et des supermarchés de chaînes étrangères, tout en réduisant les impôts des petites et moyennes entreprises.

Cette campagne vise essentiellement les électeurs traditionnels du PiS dans l’est de la Pologne, une région plus pauvre aussi appelée « Polska B », et les employés du secteur public. Des opposants au parti avertissent toutefois que ces initiatives pourraient déstabiliser les finances publiques.

Malgré huit ans d’une habile gestion économique, « le PO s’est épuisé tout seul », estime le Radoslaw Markowski, professeur de science politique, en référence à un scandale d’écoutes qui aurait, selon lui, porté un coup fatal au parti au pouvoir.

En juin 2014, l’enregistrement d’une discussion entre ministres du PO dans un restaurant huppé de la capitale avait suscité la colère des électeurs, choqués par le faste des repas et les termes orduriers utilisés pour parler des politiques gouvernementales.

 >> Lire : Le gouvernement polonais survit à un vote de confiance

L’ancienne star punk Pawel Kukiz a fait ses choux gras du scandale et sa candidature présidentielle a récolté un soutien surprenant, avec 20 % des voix. Son parti anti-establishment, Kukiz’15, pourrait entrer au parlement national après les élections de dimanche. Selon les analystes, Kukiz’15 est le partenaire de coalition le plus probable du PiS.

Des tendances populistes

Loin des sordides mines du sud du pays, le fabricant de meubles Tombea, dans l’est, est confronté à des problèmes bien différents.

À court de tapissiers, le fabricant a créé une vidéo de rap sur YouTube, promettant de l’emploi et une « bonne vie » aux jeunes Polonais, pour qu’ils n’aient pas à suivre les 2,3 millions de migrants économiques ayant quitté le pays pour l’Allemagne ou la Grande-Bretagne depuis l’adhésion à l’UE en 2004.

L’entreprise de 170 salariés, tournée vers le marché de l’Europe de l’ouest, fait partie de la vague de petites et moyennes entreprises qui ont vu le jour après la chute du communisme. Ces PME génèrent près de 70 % des emplois en Pologne. Le taux de chômage dans le pays est récemment passé sous la barre des 10 %.

Les dirigeants d’entreprises se méfient de la rhétorique populiste du PiS et sont donc devenus les grands défenseurs du PO, plus libéral. Le parti au pouvoir enregistre en effet de meilleurs résultats dans l’est de la Pologne, une région plus riche, la « Polska A ».

« Les Polonais ont tendance à verser dans le populisme et les fausses promesses, surtout avant les élections », estime Slawomir Banasiak, directeur de Tombea, qui craint qu’une victoire du PiS ne soit une mauvaise nouvelle pour les entreprises. Les promesses du PO, une croissance prolongée prévue à 3,5 % cette année et l’année prochaine et de meilleurs salaires, lui parlent plus.

« Choléra, parasites »

Surfant sur les peurs engendrées par l’envergure de la crise des réfugiés, le dirigeant du PiS, Jaroslaw Kaczynski a assuré que les réfugiés apportent « le choléra dans les îles grecques, la dysenterie à Vienne et différents types de parasites ». Ses détracteurs dénoncent une propagande proche de celle des Nazis.

« Malheureusement, en politique, jouer la carte de la peur fonctionne souvent », regrette Anna Materska-Sosnowska.

Jaroslaw Kaczynski estime que la Pologne devrait participer à l’effort financier de l’UE, sans pour autant accueillir des réfugiés. Les sondages indiquent que 60 % des Polonais partagent cet avis.

Lors du dernier mandat gouvernemental du PiS, entre 2005 et 2007, Jaroslaw Kaczynski était Premier ministre et son jumeau, Lech Kaczynski, président. Cette période a été marquée par un chaos politique engendré par leur style combatif et des tensions internationales liées à leurs positions eurosceptiques et anti-Russie.

Lech Kaczynski a trouvé la mort avec 95 autres personnes quand son jet s’est écrasé près de Smolensk, dans l’est de la Russie, en 2010. Selon les conclusions de l’enquête officielle, l’accident a été causé par une erreur du pilote, mais Jaroslaw Kaczynski et son second, Antoni Macierewicz, assurent qu’il s’agit d’un assassinat.

>> Lire : L’opposition polonaise accuse la Russie du crash aérien de M. Kaczy?ski

Antoni Macierewicz a également sous-entendu que Donald Tusk, ancien leader du PO devenu président du Conseil en décembre dernier, a travaillé pour la Stasi, la police secrète d’Allemagne de l’est. Cette allégation n’est fondée sur aucune preuve.

Pour le Professeur Markowski, l’enjeu des élections de dimanche n’est rien de moins que la survie de la démocratie libérale en Pologne. « Si le PiS se retrouve seul aux commandes, la Pologne deviendra une nouvelle Hongrie », prévient-il.