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04/12/2016

L’Europe grande absente de la primaire à droite

Elections

L’Europe grande absente de la primaire à droite

Débat entre les candidats à la primaire.

[TF1]

Les sept candidats à la primaire de la droite prônent des réformes radicales de l’Europe, et appellent à plus de souveraineté nationale. Mais le sujet est resté complètement absent du deuxième débat, le 3 novembre.

Les sept candidats à la primaire de la droite, Bruno Le Maire, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Jean- Frédéric Poisson et François Fillon ont débattu pour la seconde fois avant le premier tour du scrutin, le 20 novembre.

>>Lire : La guerre des droites a commencé

Interrogés d’abord sur des questions d’actualité,  ils ont ensuite présenté leurs programmes en en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme et d’éducation. Mais la politique européenne, annoncée au programme du débat diffusé par BFMTV et iTélé, est demeurée totalement absente du débat.

Unanimité contre les accords du Touquet

La question de l’évacuation de la jungle de Calais, qui s’est achevée cette semaine, a été l’unique occasion pour les candidats de faire valoir leur position sur les enjeux migratoires. Et en la matière, l’unanimité s’est faite autour de la nécessité de renégocier les accords du Touquet, qui ont positionné la frontière franco-britannique du côté de la France.

Négociés en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ces accords sont aujourd’hui jugés responsables de la situation à Calais. « Calais c’est le résultat d’un traité signé avec les Britanniques en 2003, il faut absolument le renégocier. Nous sommes devenus le hot-spot d’Europe ! » a dénoncé Jean-François Copé.

>>Lire : Le Brexit menace les accords du Touquet

« Il faut ouvrir un « hot spot » au Royaume-uni pour que les Britanniques décident eux même qui ils veulent accueillir, ce n’est pas à nous de le faire » a renchéri Nicolas Sarkozy, tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet affirmait que  « la frontière britannique [n’avait] pas à être en France ».

Alain Juppé, qui se place en tête des sondages de la primaire, est sur la même ligne. « Il nous faut dénoncer les accords du Touquet qui nous obligent à garder chez nous des gens dont la Grande-Bretagne ne veut pas ».

Souveraineté nationale

Si la question de la frontière franco-britannique a mis tout le monde d’accord, la question européenne au sens large elle, divise davantage les candidats.

Lors du débat, François Fillon, l’ancien premier ministre de Sarkozy ainsi que Jean-Frédéric Poisson, le président du parti chrétien-démocrate, ont frontalement attaqué la gouvernance européenne, l’accusant de priver la France d’une partie de sa souveraineté.

« Nous sommes dans un cadre européen qui nous prive de notre souveraineté », a affirmé Jean-Frédéric Poisson.  « La condition à ce qu’un chef de l’État redevienne un véritable chef de l’État sera de remettre en cause la construction européenne lorsqu’elle nous prive de souveraineté » a précisé celui qui est aussi le plus à droite de l’échiquier politique.

Parmi les propositions du candidat, celle de sortir de « la tutelle de la Cour européenne des droits de l’homme », dont la jurisprudence impose un certain nombre de critères de respect des droits individuels aux États membres.

« Je veux être un président intraitable sur la souveraineté nationale, qu’elle soit attaquée par nous ennemie ou par nos alliés » a de son côté affirmé François Fillon.

Cette question de la défense de la  souveraineté française face à l’Europe s’est largement invitée dans les programmes de la primaire. Nicolas Sarkozy propose par exemple de  redonner la main aux États membres dans le processus décisionnel européen en faisant  la Commission européenne l’exécutante des décisions du Conseil Européen.

>>Lire : Juppé donné gagnant du débat de la droite devant Sarkozy et Le Maire

« Mais la remise en cause de la compétence communautaire par Nicolas Sarkozy ou Jean-Frédéric Poisson n’est pas à ce stade très étayée », souligne Elvire Fabry, chercheur à l’institut Jacques Delors. « Juppé est le seul qui se démarque en appelant à renforcer ce socle. Ce qui ne l’empêche pas d’appeler à plus de transparence » poursuit-elle.

Cette crispation sur la souveraineté nationale est « une constante dans la position française : vouloir plus d’intégration européenne et en même temps de crainte de la perte de souveraineté économique » explique  Eulalia Rubio, également chercheur à l’institut Jacques Delors.

« Parfois on retrouve la même contradiction dans les programmes. Beaucoup d’insistance par exemple sur l’harmonisation fiscale, mais rien sur la création d’un mécanisme budgétaire européen » détaille-t-elle.

Parmi les candidats, certains comme Bruno Le Maire, Alain Juppé et Jean-François Copé  n’appellent pas à remettre en cause le fonctionnement institutionnel de l’UE, même si les idées de relances sont généralement cantonnées au renforcement d’un noyau dur de l’Europe, et notamment du couple franco-allemand.

Nathalie Kosciusko-Morizet est la seule candidate à proposer un renforcement institutionnel plus fédéraliste, en proposant que le Parlement européen soit élu à partir de listes partisanes européennes, et non plus par pays comme c’est le cas aujourd’hui.

Macron veut refonder la représentativité, y compris européenne

Introduire plus de proportionnelle, quitte à favoriser le FN, et élire des eurodéputés issus d’une liste européenne sur le contingent des élus britanniques : les premières propositions du non-candidat Macron visent à changer la classe politique.

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La question du référendum

Autre nouveauté dans le débat entre les candidats à la primaire de la droite, la multiplication des appels en faveur d’un nouveau traité européen, qui devrait être validé par référendum. Proposée entre autres par Nicolas  Sarkozy, Bruno Le Maire, et François Fillon, l’idée de la tenue d’un nouveau référendum fait craindre une polarisation des enjeux européens autour de la question du Frexit.

>>Lire : Le référendum sur l’UE, nouvelle marotte de l’élection présidentielle

« Il y a un enjeu très clair dans le fait de proposer un référendum en France, surtout après le Brexit » reconnait Elvire Fabry. « Ce type de référendum, c’est prendre un risque complètement disproportionné par rapport aux priorités de réorientation de l’agenda européen ».

Alain Juppé grand favori

Avant le débat,  les derniers sondages donnaient toujours plusieurs points d’avance à Alain Juppé sur Nicolas Sarkozy. Le 1er novembre, un sondage réalisé par Ifop-Fiducial pour iTELE, Paris Match et Sud Radio montrait cependant une réduction de l’écart entre les deux candidats, puisque l’ancien président de la République bénéficiait de 31% d’intentions de vote contre  37% pour Alain Juppé.