Macron aborde son premier Conseil européen en électron libre

Donald Tusk a été un des premiers responsables européens accueillis à l'Elysée par Emmanuel Macron. Photo Présidence de la République

Ni droite ni gauche ni centre : Macron se prépare à assister à son premier Conseil européen sans groupe politique. Mais avec une aura et une stratégie déjà solides.

C’est en fin stratège qu’Emmanuel Macron prépare son entrée sur la scène européenne, lors du Conseil européen de fin de semaine, jeudi 22 et vendredi 23 juin.

La place de la France dans l’Union européenne et le rôle de l’UE sont des sujets qui lui tiennent tout particulièrement à cœur. Mais celui qui est parvenu à faire scander « L’Europe, l’Europe » lors de ses meetings qui faisaient toujours une bonne place aux drapeaux européens, est aussi attendu comme une star d’Hollywood, et compte bien jouer de cette popularité pour imposer son agenda.

Ni droite ni gauche, ni dieu ni maitre

Macron a démarré des rencontres bilatérales en enchaînant les rendez-vous avec des chefs de gouvernement : Theresa May, Mariano Rajoy, Juri Ratas le premier ministre estonien et Mark Rutte le Premier ministre néerlandais se sont déjà succédés à l’Elysée. Un défilé peu apprécié à gauche, où l’on souligne qu’il s’agit exclusivement d’hommes politiques de droite. Mais c’est une autre spécificité du nouveau chef d’Etat de ne pas vouloir s’affilier à un mouvement existant, pour l’heure.

Alors que les conseils européens sont habituellement précédés d’une rencontre politique à Bruxelles, entre membres de la même écurie, Emmanuel Macron ne se rendra pas selon nos informations à celle des centristes dont font pourtant partie les eurodéputés du Modem qui l’ont suivi, dont certains sont au gouvernement (Sylvie Goulard à la défense et Marielle de Sarnez aux affaires européennes). Ce faisant, il laisse le jeu politique ouvert pour les négociations et les réformes européennes à venir.

Et de ce côté-là, l’Elysée va tambour battant. En un mois, deux communications en Conseil des ministres, sur l’agenda européen et la méthode de travail de l’UE ont déjà été faites. Pilotés de l’Elysée, mais officiellement présentés par le gouvernement, les deux textes témoignent avant tout du fait que le nouveau président veut faire de l’Europe un sujet politique.

Faire jouer à l’Europe le rôle de bouc émissaire désormais interdit

Sur l’agenda, priorité est donné aux enjeux de la sécurité: l’Europe doit être une structure qui protège, et les Européens et les réfugiés, des aléas du commerce international comme du terrorisme. Sur la méthode, le texte de mercredi 8 juin souligne l’importance du soutien politique apporté aux institutions européennes et aux législations auxquelles la France contribue. « La présence et l’influence de la France dans les institutions européennes doivent être une priorité constante » précise-t-il, avant d’ajouter qu’« il est essentiel de résister à la tentation stérile de faire des institutions communautaires un bouc émissaire ».

« La méthode est aussi différente dans la pratique : le Conseil des ministres est désormais un espace de débat, pas question que chacun lise son texte et c’est tout. Donc il y aura aussi débat sur les sujets européens » assure un diplomate.

S’il peaufine sa méthode, c’est sans doute plus pour remodeler l’Europe à son goût que pour satisfaire les institutions telles qu’elles sont. La Commission en a déjà fait l’amère expérience sur la question des travailleurs détachés. En conseil des ministres européens, la France s’est en effet opposée radicalement au texte préparé par la Commission européenne, qui prévoyait plus de laxisme face au travail détaché, alors que la France défend justement une position plus dure.

La France accusée de blocage sur les travailleurs détachés

Les positions tranchées de la France ont fait dérailler les négociations sur les règles de mobilité des travailleurs, que la présidence maltaise espérait finaliser ce mois-ci.

De même sur la question des investissements stratégiques, la position de la France est de ne laisser entrer aucun actionnaire étranger si la réciproque n’est pas possible. Une mesure qui vise la Chine en particulier, et qui risque de froisser le géant asiatique.

« Ce n’est pas contre la Commission, mais il faut arrêter avec la vision ultra-libérale du monde. L’intérêt bien compris de la France mais aussi des autres pays européens c’est de se protéger » assure une source gouvernementale. Une chose est sûre, c’est que les relations entre Macron et Bruxelles ne seront pas un long fleuve tranquille.