Mélenchon et Hamon à un traité d’écart

[Crédit : M.Lopez]

Généralement présentés comme opposés sur l’Europe, les conseillers économiques de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon affichent les mêmes objectifs. Mais des moyens différents pour les atteindre : Mélenchon veut renégocier les traités européens, Hamon non.

L’Europe est dans l’impasse, et sans un processus de démocratisation, serait vouée à exploser. Réunis vendredi 17 mars à Paris, Jacques Généreux, conseiller de Jean-Luc Mélenchon, et Thomas Piketty, conseiller de Benoît Hamon, font le même constat sur l’Europe.

A l’occasion d’un débat intitulé « Quelle Europe pour la gauche », organisé par le journal Politis, les deux économistes ont confronté leurs projets. S’ils diffèrent  sur la forme, ils s’accordent sur le fond. Au-delà des ambitions personnelles des candidats qu’ils représentent, Jacques Généreux et Thomas Piketty ont montré que les clivages de la gauche n’étaient pas insurmontables.

Les deux économistes ont les mêmes priorités pour l’Europe de demain : la fin de l’austérité, des normes budgétaires plus intelligentes et une harmonisation fiscale et sociale afin d’éviter le dumping.

Là où le bât blesse, c’est dans la façon d’y parvenir. Thomas Piketty propose, dans son Traité de démocratisation de l’Europe, de créer une assemblée parlementaire entre les pays de la zone euro qui le souhaitent. Une assemblée qui sera constituée à 80 % de députés nationaux, en proportion de la population de chaque pays, et de 20 % de députés européens. « Certains proposent l’inverse, mais l’inverse serait le statu quo », a-t-il expliqué. « Les parlements nationaux votent les budgets et les impôts, on ne peut pas confier le vote d’un impôt au Parlement européen. »

Hamon veut gérer la zone euro sans le Parlement européen

Un traité international entre les pays de la zone euro pour renforcer le contrôle démocratique : telle est la proposition phare du candidat socialiste sur l’UE. L’inspiration souverainiste du projet, qui charge les parlementaires nationaux de ce contrôle, fait tiquer à gauche.

« Il s’agit de démocratiser pour mettre l’austérité en minorité », précise Thomas Piketty. Selon ses simulations, la gauche y serait représentée en majorité, ce qui bouleverserait les rapports de force « puisque l’Allemagne, qui impose ses règles budgétaires, n’aurait plus la majorité ».

L’idée est donc de revoir les priorités budgétaires. L’assemblée sera dotée d’un budget conséquent, alimenté par l’impôt sur les bénéfices des sociétés. « Erasmus c’est bien mais c’est un programme microscopique par rapport aux besoins de formation. On ne prépare pas l’avenir. Or, l’assemblée investira dans l’avenir. »

Quid des traités ?

Reste à savoir comment cette assemblée européenne, qui travaillerait en complément des traités, pourrait prendre des mesures, notamment en matière d’harmonisation fiscale, qui serait contraire aux traités. « Une coopération renforcée, d’accord, mais il est bien indiqué qu’elles se font dans le cadre des traités européens », a souligné Jacques Généreux.

Ce à quoi Thomas Piketty a répondu que l’assemblée se verrait déléguer des compétences que l’UE n’avait pas pour l’instant. En matière fiscale par exemple, la compétence est partagée. « On ne violerait aucune règle », a-t-il assuré. « L’UE a très peu de compétences exclusives, donc ces compétences sont à prendre. »

Benoît Hamon veut « démocratiser et repolitiser » le projet européen

L’enjeu européen a fait une brève incursion dans l’agenda de la primaire socialiste avec le passage de Benoit Hamon au Parlement européen. Le candidat à la primaire dénonce «l’accord mortifère entre la droite et la social-démocratie».

Par ailleurs, Thomas Piketty appelle de ses vœux une mutualisation des dettes publiques, et un rééchelonnement de ces dernières par l’assemblée en question. « Les écarts de taux d’intérêt actuels sont tout à fait anormaux. Avoir des taux d’intérêt différents alors que nous avons la même monnaie entraîne la défiance des citoyens et des acteurs économiques. »

Risque de Frexit

« Il y a urgence, on ne peut pas attendre cette assemblée pour agir », estime quant à lui Jacques Généreux, conseiller de Jean-Luc Mélenchon.

Pour « la France insoumise », le « plan A » est de renégocier les traités, notamment sur les mesures de régulation financière, une compétence exclusivement européenne. Néanmoins, si les négociations n’aboutissent pas, Jacques Généreux a rappelé que la France utilisera la manière forte, soit le « plan B », en violant les traités de manière unilatérale pour imposer leurs propres mesures en France.

Hamon met en garde la gauche contre «l'euroscepticisme»

Le candidat à la primaire de la gauche a mis en garde Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg contre un « euroscepticisme » qui pourrait inciter les électeurs de gauche à « aller voter Front national » lors de l’élection présidentielle.

« Si les autres pays ne veulent pas discuter, cela voudra dire que l’union est morte, et la France en sortira », a-t-il assuré, tout en insistant sur le fait que l’objectif premier n’était pas de sortir de l’UE, mais de savoir si « nous sommes capables de sortir de l’état actuel de fonctionnement de l’union monétaire. »

« Le conseil des ministres n’est quand même pas une assemblée de dictateurs. Quand un pays engagera ce rapport de force, on pourra commencer à engager les changements et après on pourra penser à des institutions plus démocratiques », a-t-il estimé.

« Nous devons convenir ensemble de règles qui donnent plus de manœuvre aux parlements nationaux pour mener leurs normes budgétaires et ainsi éviter les dérives dangereuses. On gagnera en efficacité économique et en démocratie. Il n’y a pas qu’une seule manière de faire », a-t-il conclu, faisant référence à la proposition de Thomas Piketty.

Prochaines étapes

  • 23 avril : premier tour des élections présidentielles en France
  • 7 mai : deuxième tour