Merkel et Schulz s’affrontent courtoisement dans un débat télévisé

Le seul débat télévisé de la campagne ne présentait que les deux candidats principaux. [Herby Sachs WDR / EPA-EFE]

La place de la Turquie en Europe, sujet phare du seul débat télévisé entre Angela Merkel et son rival aux élections, le social-démocrate Martin Schulz. Le programme s’est penché sur peu d’autres sujets européens.

Aucune mention du Brexit pendant l’heure et demie de débat entre la chancelière et Martin Schulz, qui s’affronteront dans les urnes le 24 septembre. Les candidats n’ont pas non plus abordé la question de la proposition française de créer un budget et un ministère des Finances pour les 19 pays de la zone euro.

Les deux candidats ont par contre échangé pendant un long moment sur la Turquie et l’immigration. Le social-démocrate a promis de mettre un coup d’arrêt aux négociations d’adhésion de la Turquie s’il remporte les élections.

Après cette brève incursion sur le territoire européen, le débat s’est concentré sur une série de questions nationales, de l’âge de la retraite au mariage gay et à l’industrie automobile.

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La position très pro-européenne du SPD, des Verts, de Die Linke ou du FPD tranche avec celle de la CDU. La droite reste pro-européenne, mais a minima.

Merkel gagnante

Contrairement à ce qui s’est vu lors des élections françaises et néerlandaises de cette année, aucun des candidats allemands ne propose de sortir le pays de l’UE. Martin Schulz, qui a été président du Parlement européen pendant des années, joue d’ailleurs la carte de son expérience européenne.

À trois semaines des élections, Angela Merkel dispose d’une confortable longueur d’avance dans les sondages. L’Union chrétienne-démocrate (CDU) enregistre en effet 14 points d’avance sur le Parti social-démocrate (SPD), le plus petit partenaire de la coalition gouvernementale, selon un sondage publié le 2 septembre.

Le seul débat télévisé entre les deux principaux candidats a eu lieu le 3 septembre, et les représentants des plus petits partis n’y étaient pas représentés. S’il n’entrainera pas de tremblement de terre politique, il pourrait avoir convaincu certains électeurs de soutenir Martin Sculz.

53 % des personnes sondées par la chaîne publique ZDF après le débat ont indiqué qu’ils préfèreraient voter pour Angela Merkel. Avant le débat, son pourcentage était de 60 %. La chancelière sort néanmoins gagnante du débat, puisque 32 % des personnes interrogées ont estimé qu’elle avait été meilleure, contre 29 % pour Martin Schulz.

Un autre sondage, réalisé par ARD, confirme la mainmise d’Angela Merkel sur les questions liées à la politique étrangère, à l’immigration et au marché du travail.

Turquie et crise migratoire

Le désaccord le plus franc entre les candidats concerne la Turquie. « On en est à un point où aucun citoyen allemand n’est en sécurité en voyage en Turquie. À ce point, nous devons mettre un terme à la relation économique et financière, à l’union douanière et aux négociations d’adhésion à l’UE », a déclaré Martin Schulz. « Nous ne pouvons faire ça seuls, nous devons porter le sujet devant nos partenaires européens. »

Angela Merkel a répondu qu’elle souhaitait geler les fonds pré-adhésion de la Turquie et ne comptait pas encourager l’union douanière avec le pays, mais n’a pas appelé à une politique plus drastique.

« Je n’ai pas l’intention de rompre notre relation diplomatique avec la Turquie juste pour montrer qui est le plus fort dans la campagne électorale », a-t-elle souligné, ajoutant néanmoins qu’elle entreprendrait de sonder les autres dirigeants européens sur la possibilité de cesser les négociations d’adhésion.

Les relations entre Berlin et Ankara ont été malmenées ces derniers mois. Les autorités turques ont en effet arrêté des journalistes et militants des droits de l’Homme allemands. Au total, 55 citoyens allemands sont incarcérés en Turquie, dont 12 ont été arrêtés pour des motifs politiques.

Lors d’un long échange sur l’immigration, le candidat du SPD a reproché à sa rivale d’avoir ignoré les autres pays européens lorsqu’elle a permis à plus d’un million de réfugiés d’entrer en Allemagne en 2015.

« Dans cette situation, j’ai trouvé juste de dire ‘ils peuvent venir’, mais il aurait été plus judicieux d’impliquer nos voisins européens plus rapidement », a-t-il estimé.

Selon lui, la décision de la chancelière d’agir sans le soutien des autres États membres était « une erreur », dont la conséquence actuelle est le refus catégorique d’accueillir des réfugiés affiché par Viktor Orbán en Hongrie et Jarosław Kaczyński en Pologne. L’Allemagne est donc aujourd’hui sous pression et forcée d’accueillir encore plus de réfugiés, selon lui.

Angela Merkel a défendu les décisions prises en 2015, admettant seulement que Berlin n’a pas fait assez attention à l’amélioration des conditions au Liban, en Turquie, et dans d’autres pays de la région qui ont accueilli énormément de réfugiés. Cela aurait en effet pu permettre une chute des arrivées en Allemagne. « Cela ne se passera plus jamais de cette manière », a-t-elle promis.

La chancelière a également été vivement critiquée pour l’accord conclu l’an dernier entre l’UE et la Turquie. Selon cet accord, Ankara récupère les réfugiés arrivés illégalement en Europe depuis la Turquie. « Je trouve toujours cela tout à fait juste », a martelé la chancelière, malgré la controverse soulevée par l’accord.

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Convergences

À part les discussions animées sur la Turquie et l’immigration, les deux candidats ont souvent offert des réponses polies aux questions des modérateurs et ont parfois affiché les mêmes points de vue.

Angela Merkel et Martin Schulz se sont ainsi tous deux engagés à combattre la radicalisation et le terrorisme potentiel et souhaitent améliorer la réaction policière, après la fausse note de l’attentat du marché de Noël berlinois, l’an dernier.

Angela Merkel a également défendu sa réponse au scandale du Dieselgate, qui implique des constructeurs automobiles allemands. Martin Schulz n’a pas vraiment critiqué cette position.

À la fin du débat, la chancelière a regretté que celui-ci ne se soit pas assez concentré sur des sujets qui seront importants dans le mandat à venir. Elle a par exemple cité des développements technologiques qui bouleverseront le marché de l’emploi.

Martin Schulz a pour sa part conclu sur un appel à l’égalité sociale et à une Europe forte.

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L’Europe, grande absente

Christian Lindner, qui dirige le Parti démocratique libre (libéral), a indiqué qu’il avait trouvé le débat ennuyant. Il a critiqué le fait que les deux candidats n’aient pas parlé de l’euro, de la numérisation de l’économie, de l’énergie ou de l’éducation. Le parti, en coalition avec le CDU jusqu’en 2013, n’obtient cette année que 8 % d’intentions de vote.

Les représentants du SPD à Bruxelles ont également regretté le peu de place consacré à l’Europe dans les discussions. « La campagne allemande passe l’Europe sous un silence gênant », estime Gerrit Krause, 28 ans, conseiller politique du Parti des socialistes européens et membre du chapitre bruxellois de l’organisation du SPD pour les jeunes, les Jeunes Socialistes. L’organisation avait organisé une projection du débat dans un bar bruxellois.

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