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26/09/2016

Portugal : demande de renflouement sur fond de crise politique

Elections

Portugal : demande de renflouement sur fond de crise politique

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Hier (6 avril), le gouvernement intérimaire portugais a annoncé qu'il demandait une aide financière à l'Union européenne. Il s'agit là d'un brusque revirement de situation, dans la mesure où le pays s'opposait depuis des mois à l'idée d'un renflouement, malgré la détérioration de sa situation financière.

Ce pays de 10,5 millions d'habitants est le troisième membre de la zone euro à demander de l'aide après la Grèce et l'Irlande. Cette requête intervient après des mois de pression insoutenable exercée sur le pays par les marchés pour qu'il demande une aide alors que les coûts de l'emprunt s'envolaient et que l'instabilité politique s'intensifiait.

Le premier ministre portugais, José Socrates, a déclaré à la télévision que le rejet par le parlement de mesures d'austérité supplémentaires le mois dernier avait aggravé la situation financière, rendant un renflouement « inévitable ».

« J'ai tout essayé, mais nous en sommes arrivés à un moment où ne pas prendre cette décision impliquerait des risques que le pays ne devrait pas prendre », a-t-il expliqué.

M. Socrates n'a pas cité de chiffres, mais un fonctionnaire de la zone euro a estimé que Lisbonne devrait avoir besoin de 60 à 80 milliards d'euros via des prêts de l'Europe et du Fonds monétaire international sur trois ans. Toute aide sera sujette à une stricte conditionnalité.

Le FMI a affirmé ne pas avoir reçu de demande du Portugal pour une aide financière, mais s'est dit prêt à aider. L'Allemagne, « trésorière de l'UE » a insisté sur le fait que l'implication du FMI devait être une condition pour les renflouements.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré mercredi que la requête du Portugal serait traitée aussi vite que possible.

Dans une déclaration, il a dit qu'il avait assuré au premier ministre Socrates que la requête de Lisbonne pour l'activation du mécanisme de soutien financier serait traitée le plus rapidement possible, conformément aux règles en vigueur ».

M. Barroso a également réaffirmé sa « confiance en la capacité du Portugal à surmonter les difficultés d'aujourd'hui avec les solidarité de ses partenaires ».

Des conditions à définir

Une requête officielle doit encore être formulée, mais dès que le Portugal l'enverra, la Commission a affirmé qu'elle enverrait une mission à Lisbonne pour déterminer les détails du programme, comme les taux d'intérêt et les conditions.

Les ministres européens des finances se rencontreront à Gödöll? en Hongrie vendredi et samedi (8-9 avril) pour discuter du paquet d'aide.

La situation du Portugal a empiré lorsque le gouvernement socialiste minoritaire a démissionné le 23 mars après la défaite au parlement, ce qui a enlisé le pays dans des limbes politiques. Des élections anticipées sont prévues pour le 5 juin (voir « Background »).

Les rendements obligataires se sont envolés, les agences de notation on dégradé la dette souveraine et celle des banques, et les banques locales ont prévenu cette semaine qu'elles pourraient bien ne plus être capables d'acheter des titres du gouvernement.

« Dans cette situation difficile, qui aurait pu être évitée, je comprends qu'il soit nécessaire d'avoir recours aux mécanismes financiers disponibles dans le cadre européen », a déclaré le ministre des finances, Fernando Teixeira dos Santos.

Des experts affirment que les négociations du Portugal pour obtenir un prêt de la part de l'Union européenne et du Fonds monétaire international pourraient être plus difficile que pour la Grèce et l'Irlande.

Le gouvernement socialiste intérimaire a déclaré qu'il avait des pouvoirs limités et que le parlement, qui devrait normalement selon des fonctionnaires de l'UE ratifier tout accord avant versement, était dissout jusqu'aux élections.

Le dirigeant du parti social-démocrate de centre-droit, le principal parti d'opposition, a affirmé qu'il soutiendrait la demande d'aide. Mais ce parti, en rejetant le plan d'austérité proposé par le gouvernement le mois dernier, a contribué au déclenchement de la crise qui a mené à cette nécessité.

 (EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv)

Réactions

Fernando Ulrich, le directeur de la troisième plus grande banque privée du pays, Banco BPI, a déclaré que la décision de demander de l'aide était « un grand pas en avant », a rapporté l'agence de presse Lusa.

Tullia Bucco, économiste chez Unicredit, a affirmé que les ministres des finances de l'UE envisageraient la requête du Portugal « dans un contexte politique difficile » lors de leur réunion des 8 et 9 avril à Budapest.

« C'est un rappel opportun des problèmes que rencontrent actuellement les économies du sud de l'Europe avec des coûts de la dette élevés, mais avec des économies au nord qui continuent de croître avec force, l'engagement de la BCE dans la lutte contre l'inflation pourrait être le principal moteur de son processus de décision », a expliqué Jonathan Sudaria, négociant chez Capital Spreads.

Contexte

Le premier ministre portugais, José Socrates, a démissionné le 23 mars et prévenu des graves conséquences dont pourrait pâtir le pays en cas de rejet des dernières mesures d’austérité vouées à éviter un renflouement.

Le président portugais, Aníbal Cavaco Silva, a dissout le parlement le 31 mars et a organisé des élections générales anticipées pour le 5 juin, mettant en garde le prochain gouvernement contre une « crise économique sans précédent ».

Après les renflouements accordés par l’UE et le FMI à la Grèce et à l’Irlande l’année dernière pour gérer leurs énormes dettes publiques et déficits, le Portugal était perçu comme le suivant sur la liste, malgré des efforts pour redresser ses finances publiques. Le prochain pays pressenti est l’Espagne.

L’UE a discuté d’un plan de sauvetage pour le Portugal mais il faut que Lisbonne en fasse la demande officielle auprès de l’UE et du Fonds monétaire international.

Prochaines étapes

  • 8-9 avril : les ministres des finances de l'UE se rencontreront à Gödöll?  en Hongrie pour discuter du paquet d'aide pour le Portugal.
  • 16 mai : réunion de l'Eurogroupe.
  • 17 mai : réunion des ministres des finances.
  • 5 juin : élections anticipées au Portugal.
  • 20 juin : réunion de l'Eurogroupe et des ministres des finances de l'UE.
  • 24 juin : prochaine réunion des chefs d'Etat et de gouvernement à Bruxelles.

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