Pourquoi la France peut faire confiance à ses sondages

Désormais pratiqués en ligne, les sondages s'avèrent plutôt plus fiables

Accro aux sondages, la France dispose de panels très fiables qui ne laisse guère de doute quant à l’élection d’Emmanuel Macron. La différence de 20 % entre les deux candidats du second tour facilite aussi les prévisions pour le 7 mai.

Le panel de 3000 personnes sondé entre les deux-tours par le Cevipof a parlé. Les Français souhaitent a priori voter à 59 % pour Emmanuel Macron et 41 % pour Marine Le Pen.

A l’heure où la fiabilité des sondages est remise en question un peu partout dans le monde, ils restent très écoutés en France. Et pour cause : au premier tour, leurs prévisions se sont totalement concrétisées dans les urnes, validant de fait les méthodologies. « Je pense sans aucun doute qu’on aura Macron entre 57 % et 62 %, même si on ne sait pas trop quel impact le débat aura eu », assure ainsi à Euractiv Bruno Cautrès, spécialiste des comportements politiques au Cevipof.

Les faits, grands perdants du débat Le Pen-Macron

Le débat entre les deux candidats de la présidentielle française s’est déroulé sur un fond de forte agressivité de Marine Le Pen. Mais surtout d’assertions totalement fausses.

Après les déconvenues du Brexit, puis des élections américaines, la partie n’était pourtant pas gagnée. Et l’angoisse des sondeurs palpable, avant le premier tour, tant l’écart était réduit entre les quatre candidats en tête de peloton.

Conséquence, les sondeurs ont insisté sur la marge d’erreur. « C’est vrai que le Brexit nous a servi de leçon : statistiquement, 51 % contre 49 % ça ne veut pas dire grand chose, si l’on prend en compte la marge d’erreur. C’est important de le dire ! » assure Didac Gutierrez-Peris, directeur d’études européennes chez Viavoice.

D’autant que l’impact sur l’électorat n’est d’ailleurs pas le même. Dans le cas des élections américaines, le fait d’avoir assuré aux Américains qu’Hillary Clinton était sûre de gagner peut avoir eu une influence sur le vote des gens.

La France, première consommatrice de sondages

Techniquement, la France a toutefois une compétence toute spécifique sur les sondages, liée à une grande expérience: l’Hexagone est le plus grand consommateur de sondages, qu’il s’agisse d’enquêtes d’opinons politiques ou de consommateurs.  Donc au final, les panels sont solides, et les innovations technologiques n’entraînent pas de biais qualitatifs.

Car entre les élections de 2007 et celles de 2017, le mode de fonctionnement des sondages a été révolutionné par l’intrusion de l’Internet, aux dépens des sondages téléphoniques. « En 2012, la moitié des panels étaient sondés par téléphone, maintenant, c’est fini. On est arrivés à mettre en place des panels sur Internet tout aussi efficaces » assure Didac Gutierrez-Peris, qui reconnaît que cette évolution était aussi à la source d’un certain doute sur le méthodologie des sondages pour le premier tour de la présidentielle.

« L’enquête en ligne reproduit davantage la situation de l’électeur dans un isoloir : on a moins de risque que le sondé n’ose admettre son choix par rapport à un entretien téléphonique. Donc nos panels sont plus fiables » constate Bruno Cautrès.

Doute chez les mélenchonnistes et les fillonistes

S’il reste des interrogations, ce sont ceux des « incertains ». 90 % des sondés déclarant voter pour Emmanuel Macron se disent certains de leur choix, contre 88 % des sondés qui vote pour Marine Le Pen. « Les voix qui se reportent vers Macron constituent une base solide, alors que les mélenchonnistes et les fillonistes affirmant qu’ils vont voter Le Pen sont tout de même  plus hésitants », reconnait Bruno Cautrès.

Enfin pour dimanche 7 mai, la tendance d’un deuxième tour à 60 % pour Macron contre 40 % contre Le Pen est tout à fait crédible, puisque l’écart est très faible entre les instituts de sondage : 0,8 %. Reste que tout évènement d’ici là pourrait faire bouger les lignes. Et puis « il y a la statistique… et la psychologie », reconnait un sondeur , qui continue de se méfier des électeurs après l’annus horribilis pour le secteur entre le Brexit et les élections américaines.