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19/01/2017

Réaction timide de Bruxelles au sujet de la peine de mort en Hongrie

Elections

Réaction timide de Bruxelles au sujet de la peine de mort en Hongrie

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[EPP/Flickr]

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a évoqué le fait que la peine de mort pourrait être réintroduite dans son pays. Les porte-paroles de la Commission ont tout fait pour éviter de répondre aux questions sur le sujet.

Le 28 avril, Viktor Orbán a déclaré à des journalistes dans la ville de Pecs que les sanctions existantes pour des crimes graves comme le meurtre étaient « trop faibles » et qu’il fallait faire quelque chose pour remédier à ce problème.

« La question de la peine de mort devrait être examinée en Hongrie », a déclaré Viktor Orbán. Il a ajouté qu’il était nécessaire de « dire clairement aux criminels que la Hongrie ne recule devant rien quand il s’agit de protéger ses citoyens. »

Cette déclaration a fait suite au meurtre d’une vendeuse, poignardée dans une ville proche de Kaposvar, qui a défrayé la chronique dans tout le pays.

Le parti au pouvoir de Viktor Orbán, le Fidesz, dirige une majorité qui a adopté de nombreuses lois qui en ont fait sourciller plus d’un à la Commission et au sein de la communauté internationale.

« L’interdiction de la peine de mort est un des piliers des droits fondamentaux de l’UE. L’un des articles-clés de la Charte des droits fondamentaux énonce d’ailleurs explicitement que personne ne devrait être condamné à la peine de mort ou exécuté dans l’UE », a déclaré le porte-parole Christian Wigand.

Des journalistes ont demandé quelles seraient les conséquences si la Hongrie, ou tout autre pays de l’UE, réintroduisait la peine de mort. Historiquement, l’UE n’a imposé de sanctions à l’un de ses États membres qu’une seule fois depuis sa création. En 2000, 14 pays de l’Union des Quinze avaient réagi à l’entrée du Parti autrichien de la liberté de Jörg Haider, un parti d’extrême droite, au sein du gouvernement, en gelant les relations bilatérales avec le pays.

>> Lire : « Il y a différentes visions de la démocratie » assure le ministre de la justice de Hongrie »

Pour Christian Wigand, la question est encore à l’état de spéculation, mais le porte-parole a confirmé que l’abolition de la peine de mort était un prérequis pour appartenir à l’UE. Interrogé sur la position du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, il n’a pas voulu répondre. Tout comme le président de la Commission, Viktor Orbán appartient au Parti populaire européen (PPE).

Parallèlement, le président du Parlement, Martin Schulz a toutefois eu une conversation téléphonique avec Viktor Orbán sur le sujet. Martin Schulz était le candidat phare des Socialistes et Démocrates lors des élections européennes.

Réactions

Pour le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Nils Muižnieks, « l'idée de réintroduire la peine de mort, défendue par Viktor Orban, est incompatible avec les obligations de la Hongrie en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme, et va à l'encontre des valeurs défendues par l'Europe ».

Nils Muižnieks a également réagi à la « consultation nationale sur l'immigration et le terrorisme » prévue en Hongrie, qu'il a qualifiée de « preuve supplémentaire de la vision négative du gouvernement hongrois vis-à-vis des droits de l'homme. »

« Les consultations publiques sont bien sûr un aspect important d'une société démocratique. Toutefois, le contenu de la consultation proposée en Hongrie est inacceptable. Il ne fait que nourrir l'intolérance envers les migrants, qui sont considérés dangereux dans la société hongroise », s'est inquiété Nils Muižnieks.

Contexte

L'UE n'a imposé des sanctions à l'un de ses États membres qu'une seule fois depuis sa création. En 2000, 14 pays de l'Union des Quinze à l'époque avaient réagi à l'entrée du Parti autrichien de la liberté de Jörg Haider au sein du gouvernement en gelant les relations bilatérales avec le pays.

Aucune réunion des ambassadeurs au niveau intergouvernemental n'a eu lieu et tous les contacts ont été suspendus. Les candidats autrichiens n'ont en outre pas été soutenus lors des nominations de poste dans les institutions de l'UE ou à l'étranger.

Ces sanctions ont été imposées en février 2000 et ont été levées sept mois plus tard lorsque M. Haider a démissionné en tant que chef du parti. Il est décédé dans un accident de voiture en 2008.

L'Allemagne, la Belgique et la France ont mené la campagne d'ostracisation de Vienne. Cette campagne a été la conséquence d'une tendance politique à l'extrême-droite dans le pays. Jacques Chirac, président français à l'époque, a quant à lui tenté de s'opposer au Front National dans son pays et la Belgique a dû affronter les pressions du parti séparatiste flamand Vlaams Blok.

L'Italie et le Danemark ont de leur côté réclamé la levée des sanctions.