La Serbie organise des élections dans l’urgence

Aleksandar Vučić [European Commission]

Des élections présidentielles anticipées auront lieu le 2 avril en Serbie, un calendrier serré dénoncé par l’opposition. Un article d’Euractiv Serbie.

La décision d’organiser des élections présidentielles a été annoncée le 2 mars par le parlement serbe. Elle suspend toute activité parlementaire d’ici là, et ne donne aux candidats que 30 jours pour mener campagne, un calendrier dénoncé par l’opposition.

Le Premier ministre, Aleksandar Vučić, est le favori de cette élection, alors que l’opposition, fragmentée, ne peut présenter aucun candidat qui fasse consensus.

« Préserver la dignité du parlement »

La veille de l’annonce officielle des élections, Maja Gojković, présidente du parlement, avait suspendu la session printanière de l’institution, qui n’aura pas lieu avant le scrutin. Elle a assuré aux journalistes avoir pris cette décision afin de « préserver la dignité du parlement et de la démocratie ».

La suspension des travaux parlementaires a été vivement critiquée par l’opposition, qui estime être ainsi coupée du grand public. Pour Gordana Čomić, élue du Parti démocratique, cette décision officiellement légale n’en est pas moins un abus de pouvoir.

Čedomir Jovanović, qui dirige le Parti libéral démocratique, parle d’un « soufflet aux députés », alors que le Parti social-démocrate confirme que le parlement est la seule sphère où des critiques peuvent être formulées.

La décision de suspendre les activités parlementaires ne semble en effet pas réellement nécessaire, puisque la campagne présidentielle ne devrait pas interférer avec les travaux du parlement.

Juste après l’annonce des élections, les candidats d’opposition ont appelé Aleksandar Vučić à quitter son poste de Premier ministre pendant la campagne, afin d’assurer un peu d’équilibre. Le candidat n’est cependant pas légalement obligé de le faire.

Le président serbe jouit de beaucoup moins de pouvoirs que le Premier ministre, et nombre d’observateurs estiment que s’il est élu Aleksandar Vučić conservera une grande partie de son influence au sein du gouvernement. Il est en effet la personnalité la plus en vue de son parti.

En novembre, il avait déclaré qu’il serait inacceptable que le président soit une personnalité rivale.

Procédure de nomination des candidats

En 2016, le Premier ministre a déclaré à plusieurs reprises ne pas vouloir entrer dans la course à la présidence, avant de changer d’avis le mois dernier, à la surprise générale. Selon les médias, cette décision aurait également généré une crise interne entre Aleksandar Vučić et le président actuel, Tomislav Nikolić, qui aurait dû être à nouveau le candidat du parti.

Si la campagne en tant que telle a parfois été limitée à un mois, cela n’avait encore jamais inclus la procédure de nomination des candidats. Or, cette procédure a changé le 1er mars, et la liste des candidats doit à présent être vérifiée par des notaires publics, et non plus des tribunaux, ce qui pourrait prendre plus de temps, surtout dans les zones excentrées.

De plus, ce tout nouveau système semble encore comporter des failles, notamment en matière de transparence, comme l’a souligné le commissaire à l’information d’importance publique.