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28/09/2016

Alliances contre nature au gouvernement slovaque

Elections

Alliances contre nature au gouvernement slovaque

Après les élections slovaques, Robert Fico a réussi à garder son porte de Premier ministre et à former un gouvernement de coalition composé de quatre partis très différents. Un article d’EurActiv Slovaquie.

Après des négociations difficiles, mais relativement courtes, le nouveau gouvernement et conseil national slovaques sont entrés en fonction le 23 mars à Bratislava.

Robert Fico entame donc son troisième mandat comme Premier ministre.  Il a accédé au pouvoir en 2006, avec une brève interruption en 2010-2011. Avec Angela Merkel, il est donc le chef de gouvernement qui a été au pouvoir le plus longtemps dans l’UE.

Le parti de centre gauche du Premier ministre, le Smer-SD,  sera le parti le plus représenté au gouvernement, avec sept des 13 portefeuilles.

Les ministres des Affaires étrangères et européennes, Miroslav Lajčák, des Finances, Peter Kažimír, et de l’Intérieur, Robert Kaliňák, restent à leurs postes. L’importance de leurs portefeuilles, ils seront probablement des personnalités importantes de la présidence slovaque au Conseil de l’UE, qui commence en juillet 2016. Le nouveau gouvernement a promis de respecter un programme « pro-européen » et « pro-Atlantique ».

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Un mariage étonnant

Le premier partenaire de coalition du Smer-SD est le Parti national slovaque, le SNS. Après avoir accepté de collaborer avec le SNS une première fois en 2006, le parti de Robert Fico a été exclu du Parti socialiste européen (PSE), puisque ses membres sont censés ne pas coopérer avec des nationalistes. Cette suspension a cependant été levée alors que le SNS était toujours au gouvernement.

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Depuis, la direction controversée du parti a été remplacée, mais sa philosophie est toujours très méfiante par rapport à l’intégration européenne et à l’OTAN et opposée à l’immigration. Les ministres de la Défense, de l’Éducation et de l’Agriculture seront nommés au sein du SNS.

Most-Híd est le deuxième partenaire de la coalition gouvernementale. Il est très étonnant que cette formation, le parti des Hongrois slovaques, accepte d’entrer au gouvernement aux côtés du SNS, qui a accusé la minorité hongroise de déloyauté envers l’État slovaque.

Most-Híd, de centre droit, fait partie du PPE et a une vision politique plutôt libérale. Dans le paysage politique slovaque, cette position est perçue comme allant de pair avec un sentiment pro-européen et un discours moins négatif vis-à-vis des réfugiés, un sujet devenu brûlant lors de la campagne à cause des positions extrêmes du Smer-SD, alors qu’il y a très peu de réfugiés en Slovaquie.

Most-Híd a réussi à remporter le portefeuille de la justice, qui reviendra à Lucia Žitňanská. Si les Slovaques estiment qu’elle luttera contre la corruption, certains doutent de l’autonomie dont elle jouira au sein du gouvernement.

Sieť, un parti de centre droit, est le dernier partenaire de la coalition. Le nombre de ses électeurs a fondu comme neige au soleil depuis les derniers sondages. Son seul ministre sera celui des transports.

La période post-élection a profondément divisé le pays, et certains électeurs de Most-Híd et de Sieť se sentent trahis par leur parti après leur adhésion au gouvernement mené par le Smer-SD. Cette partie de l’électorat estime en effet que Robert Fico et le Smer-SD sont les principaux freins au progrès et à l’éradication de problèmes profondément ancrés dans la société slovaque, comme la corruption du secteur de la santé, la défaillance du système éducatif, etc.   

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