Tsipras envisage une coalition progressiste

Vangelis Meimarakis, au somment du PPE, 2015. [European People's Party/Flickr]

Faute de majorité claire, les élections en Grèce dimanche devraient se solder par la formation d’une coalition.

À cinq jours des élections anticipées, Syriza semble n’avoir qu’un millimètre d’avance sur ses rivaux de Nouvelle Démocratie. En Grèce, le parti qui atteint la majorité reçoit automatiquement 50 sièges au nouveau parlement. Mais personne ne devrait remporter de claire majorité, et les partis devront probablement former une coalition.

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Les observateurs athéniens estiment que les forces politiques pro-européennes récolteront environ 70 % des sièges à la Vouli, le parlement grec, qui en compte 300, ce qui devrait rassurer les créanciers internationaux du pays sur l’application du troisième accord de renflouement.

Tsipras refuse toute alliance avec Nouvelle Démocratie

Lors d’un débat télévisé, Alexis Tsipras a expliqué qu’il n’avait pas perdu l’espoir de récolter la majorité absolue, mais qu’il était prêt à former une coalition « progressiste », qui n’inclura pas le parti de droite Nouvelle Démocratie.

« Un nouveau gouvernement sera formé immédiatement après les élections », a-t-il assuré, ajoutant qu’une alliance avec Nouvelle Démocratie serait contre nature. « Nous avons des opinions radicalement différentes sur des points clés […] J’essaierai de créer le large consensus nécessaire à la formation d’un gouvernement. »

Après les dernières élections, Alexis Tsipras s’était allié au parti de droite des Grecs indépendants. Tous les sondages indiquent pourtant que les Grecs indépendants ne remporteront aucun siège au parlement cette fois-ci, puisqu’ils ne devraient pas dépasser la barre des 3 %.

Le dirigeant de Nouvelle Démocratie, Vangelis Meïmarakis, a quant à lui adopté un ton plus conciliant et souligné que le pays avait besoin d’une coalition gouvernementale large et d’une « équipe de négociation nationale », afin de mieux mettre en place le troisième paquet d’aide. « Avec M. Tsipras, nous pouvons avoir une approche commune sur certains sujets spécifiques, comme l’application du mémorandum qu’il a signé », a-t-il indiqué.

Dans une interview accordée à EURACTIV le 10 septembre, l’ancien président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a également insisté sur la nécessité de former un gouvernement d’unité nationale : « Je pense que les élections montreront qu’une forme de gouvernement de coalition est inévitable. Espérons qu’après le scrutin, quel que soit le résultat, les Grecs aient un gouvernement de coalition, et de préférence un gouvernement d’unité nationale. »

>> Lire : Tsipras hostile à une coalition avec la droite

Renégocier le renflouement

Les dirigeants des deux partis ont promis de renégocier les conditions du troisième accord de renflouement entre Athènes et Bruxelles, signé cet été par Alexis Tsipras, au terme d’une confrontation houleuse. Les représentants de l’UE ont indiqué que cette possibilité dépendait des performances économiques du pays.

Le 9 septembre, un haut fonctionnaire de la zone euro a révélé à quelques journalistes que l’accord était encore adaptable.

 >> Lire : Le plan d’aide à la Grèce peut encore évoluer, selon un fonctionnaire européen

« Il n’y aura pas de grande renégociation politique du programme », a pourtant assuré Jeroen Dijsselbloem, qui dirige l’Eurogroupe, lors d’une réunion des ministres des Finances à Luxembourg le 12 septembre.

 « Certains processus de modification du marché du travail ont été lancés, même si les détails n’ont pas encore été définis. Des discussions avec les institutions auront encore lieu dans le cadre de ce processus, mais cela ne signifie pas que l’accord sera renégocié, ce qui me semble impossible », a-t-il expliqué.

Benoit Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, est du même avis. « Les discussions sont toujours possibles, mais toujours dans le cadre et dans le respect du protocole d’accord, évidemment », souligne-t-il.

Le Grexit vu par Schäuble

Lors du débat télévisé du 14 septembre, Alexis Tsipras a aussi abordé la question du « plan de Grexit temporaire », proposé par le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, pendant les négociations à couteaux tirés de cet été.

« Le plan de sortie temporaire de [Wolfgang] Schäuble serait catastrophique. Au niveau européen, cette proposition a été soutenue par certains », a-t-il regretté, notant dans la foulée que Nouvelle Démocratie est affiliée au PPE, tout comme le CDU, auquel appartient Schäuble.

Lors d’une interview avec le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Wolfgang Schäuble a assuré que la société grecque allait devoir choisir si elle souhaite mener à bien les réformes « dans la zone euro, ou non ».

Selon le ministre allemand, le gouvernement Samaras-Venizelos, qui a précédé celui d’Alexis Tsipras, était « sur la bonne voie », alors qu’Alexis Tsipras a fait des promesses qu’il n’a pas été en mesure de tenir, et notamment que le pays resterait dans l’euro sans programme de réformes.

Meïmarakis vexé de paraître plus petit que Tsipras

À la fin du débat télévisé houleux du 14 septembre, Vangelis Meïmarakis, qui dirige Nouvelle Démocratie, a dit aux journalistes qu’il était déçu de la manière dont les choses s’étaient passées avec la télévision publique, ERT, qui organisait le débat.

Il s’est vexé du fait que le cameraman filme Alexis Tsipras d’un angle qui le faisait paraître « plus grand » qu’il n’est en réalité. « Je voudrais demander au cameraman de faire en sorte que nous paraissions avoir la même taille. On dirait que M. Tsipras a grandi ce soir », a-t-il lancé.

La société publique de télé et radiodiffusion ERT a été fermée en juin 2013 par le Premier ministre de l’époque, Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie). Près de 300 employés avaient perdu leur emploi. En avril 2015, le parlement, dominé par Syriza, a approuvé la réouverture d’ERT, qui a recommencé à diffuser en juin. Les employés virés par le précédent gouvernement ont alors été réengagés, un geste qui avait conquis l’opinion publique.

>> Lire : La justice rouvre l’ERT et sauve la coalition fragile

Contexte

Lundi matin, les dirigeants de la zone euro sont parvenus à un accord en ce qui concerne un troisième plan de sauvetage pour sauver la Grèce de la faillite après plus de 17 heures de négociations à couteaux tirés.

>> Lire : La zone euro s'accorde pour éviter le Grexit

Ce programme est le troisième plan de sauvetage grec en cinq ans. Il sera fourni par le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds permanent de résolution de crise de la zone euro, qui a été mis sur pied il y a cinq ans dans le but de sauver la Grèce de la faillite.

Voici un aperçu des réformes qu'Athènes doit mettre en place :

  • Demande de soutien suivi du Fonds monétaire international après l'expiration du programme existant au début de l'année 2016.
  • Augmentation de la taxe à la consommation et élargir l'assiette d'imposition afin d'augmenter les revenus.
  • Réformes multiples du système des retraites, afin de le rendre plus économiquement viable.
  • Garantie de l'indépendance des agences statistiques du pays.
  • Introduction très rapide de lois assurant des « coupes budgétaires quasi automatiques » si le gouvernement n'atteint pas ses objectifs d'excédent budgétaire.
  • Modernisation du système de justice civile, afin de le rendre plus efficace et moins coûteux.
  • Réforme du marché des produits, comprenant notamment l'ouverture des magasins de dimanche, l'allongement des périodes de soldes, des modifications du régime des pharmacies, des changements des marchés du lait et de la boulangerie, l'élargissement de l'accès aux professions protégées, notamment le transport en ferry.
  • Privatisation de l'exploitant du réseau de transport de l'électricité, ou d'autres mesures ayant le même impact.
  • Réforme du marché du travail. Ce point inclut notamment la révision des règles sur les conventions collectives, les grèves et les licenciements collectifs.
  • Renforcement de la gouvernance bancaire et élimination des prêts non performants.
  • Augmentation considérable du programme de privatisation, notamment avec le transfert de 50 milliards d'euros d'actifs grecs vers un fonds indépendant à des fins de privatisation.
  • Modernisation, renforcement et réduction des coûts de l'administration grecque.
  • Retour à Athènes des représentants des institutions supervisant les réformes : la Banque centrale européenne, le FMI et la Commission européenne, connus sous le nom de « troïka ». Le gouvernement doit consulter ces institutions avant de soumettre des propositions de loi au parlement ou à la consultation publique.
  • Ré-examination, pour modification, de la législation passée ces six derniers mois et qui pourrait être en contradiction avec les programmes de renflouement précédents.

>> Lire : L’accord de renflouement de la Grèce se précise

Prochaines étapes

  • 20 septembre : Élections anticipées.