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23/01/2017

Une vidéo crée la polémique contre le Premier ministre espagnol

Elections

Une vidéo crée la polémique contre le Premier ministre espagnol

Mariano Rajoy [European Council]

Dans une vidéo, le parti au pouvoir assure avoir sauvé l’Espagne de la crise. A 2 mois des élections législatives, l’épisode s’est transformé en bad buzz sur les réseaux sociaux pour le Premier ministre de droite.

Dans la vidéo, le Premier ministre de droite, Mariano Rajoy, et son gouvernement sont représentés par une équipe médicale qui sauve l’Espagne du plan de renflouement de 2012. À deux mois des élections, qui auront lieu le 20 décembre, les partis de l’opposition ont vivement critiqué le film. 

La vidéo de deux minutes est une allégorie de la reprise économique espagnole. Le patient, c’est-à-dire l’Espagne, se trouve dans une situation critique, mais grâce à l’intervention du docteur, Mariano Rajoy, il est réanimé dans la salle d’urgence en décembre 2011. En effet, cette date correspond à sa prise de pouvoir après avoir vaincu, à la majorité absolue, l’ancien Premier ministre socialiste, José Luis Rodríguez Zapatero.

Ce n’est pas la première fois que Mariano Rajoy se félicite d’avoir détourné le pays de la situation de « quasi-faillite » dans laquelle il se trouvait quand il a pris ses fonctions.

En février dernier, lorsqu’il a prononcé son discours sur l’état de la nation, Mariano Rajoy a rappelé qu’il avait résisté aux pressions externes du FMI, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, mais aussi au sein de son propre rang, pour demander un plan de renflouement. 

« Le plus simple aurait été de céder à la pression, mais c’était aussi la solution la plus injuste. Or, nous avons refusé de sortir de la crise aux dépens de la sécurité sociale et des caisses de retraite », avait-il dit. Depuis, il a répété ce message optimiste à l’envi, sans presque n’y changer un mot. Mariano Rajoy n’a cependant jamais mentionné le sauvetage des banques réclamé en 2012, sous des conditions très difficiles (entre autres des coupes douloureuses dans les dépenses publiques).

Deux faces d’une même médaille

La vidéo-allégorie de la reprise de l’Espagne (la croissance du PIB devrait atteindre 3,1 % selon le FMI, mais devrait redescendre en 2016 à 2,5 %), présentée devant le Parlement espagnol, a été vivement critiquée par les partis d’opposition.

Les adversaires politiques de Mariano Rajoy affirment que, même si les données macroéconomiques sont positives, elles n’ont aucun impact direct sur les plus vulnérables. Selon les derniers chiffres publiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le taux de chômage est de 22 % en Espagne, et de 49 % chez les jeunes.

La reprise économique comme instrument politique

Alors que Mariano Rajoy entre dans les derniers mois de son mandat de quatre ans, il centre sa campagne de réélection sur la croissance et la création d’emploi. Il a donc promis que, d’ici à la fin de son deuxième mandat, les 17 millions de travailleurs actuels passeraient à 20 millions.

Pour les partis d’opposition de gauche et du centre (dont Ciudadanos, qui pourrait jouer un rôle clé dans la formation d’un gouvernement après les élections), il n’y a pas de quoi être fiers, car les inégalités ont considérablement augmenté ces dernières années en Espagne.

Antonio Hernando, porte-parole du PSOE (parti socialiste) au parlement espagnol, a déclaré qu’il était « inacceptable » que le gouvernement utilise le parlement pour faire une réunion de campagne, avec la présentation de la vidéo. « Il est regrettable que ce mandat politique se termine de cette manière, il n’y a pas de quoi être fier », a insisté Antonio Hernando.

Andrés Herzog, du parti socio-libéral Union, progrès et démocratie (UPyD), a quant à lui commenté que le PP affirmé que le PP était « le problème et non pas la solution » aux graves problèmes de l’Espagne. « Ce gouvernement n’a pas de quoi se vanter. En Espagne, il y a désormais plus d’inégalités, plus de pauvreté et le gouvernement a créé une nouvelle réalité sociale : le travailleur précaire », a-t-il souligné.

Caritas tire la sonnette d’alarme

Selon un rapport de Caritas Espagne, 14 % des travailleurs espagnols sont « pauvres », c’est-à-dire avec des revenus inférieurs à 7 700 euros par an. « Le pourcentage de personnes exclues et pauvres est toujours très haut », a déclaré Sebastian Mora, le secrétaire général de Caritas en Espagne. Selon lui, 53 % des Espagnols qui reçoivent l’aide de Caritas sont des couples avec des enfants. « Il y a une grande pauvreté chez les familles que nous aidons », a-t-il ajouté.

Selon une récente étude de l’OCDE, l’inégalité est en nette hausse en Espagne, alors que les revenus des ménages ont chuté d’environ 3,5 % par an entre 2007 et 2011. Près de 13 millions de personnes sont menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale en Espagne (soit 27,3 % de la population), selon un rapport du réseau européen anti-pauvreté (EAPN).

À l’inverse, depuis le début de la crise en 2008, le nombre de riches a grimpé de 40 % en Espagne.

Plus d'information

Vidéo du Parti populaire : https://www.youtube.com/watch?v=D9VkmGOIUtM

Rapport Caritas-Espagne : http://www.caritas.es/memoria2014/principal.html