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03/12/2016

« L’effet Trump » plane sur l’élection présidentielle autrichienne

Elections

« L’effet Trump » plane sur l’élection présidentielle autrichienne

L’incertitude créée par l’élection de Donald Trump pourrait pousser les Autrichiens à choisir le camp de la prudence lors des élections, ou, au contraire, leur donner du courage pour frapper un grand coup « contre l’establishment »

[Intensivtäteraggressor/Flickr]

La situation politique des États-Unis peut-elle avoir un impact sur les élections en Europe ? Le retour des Autrichiens aux urnes le 4 décembre pourrait être la première grande épreuve avant des élections cruciales en France et en Allemagne l’année prochaine. Un article d’EurActiv Allemagne.

Dans trois semaines, l’Autriche retourne aux bureaux de vote pour décider qui, du candidat indépendant Alexander van der Bellen ou du candidat d’extrême droite Norbert Hofer, deviendra le nouveau président.

Le 22 mai dernier, les Autrichiens avaient déjà élu un président, Alexander van der Bellen, mais le résultat avait été invalidé par la cour constitutionnelle à cause d’anomalies dans les votes postaux. L’écart entre les deux candidats n’était alors que de 0,6 %. Durant l’été, les sondages d’opinion ont très peu changé vis-à-vis des deux hommes.

>> Lire : L’Autriche évite de justesse une présidence d’extrême droite

Comme la plupart de ses homologues d’extrême droite à travers l’Europe, le chef de file du parti pour la liberté (FPÖ), Heinz-Christian Strache, a encensé Donald Trump, ce qui montre que sa victoire fait rapidement des émules. Heinz-Christian Strache a déjà estimé que Norbert Hofer ferait un bon intermédiaire entre les États-Unis et la Russie.

>> Lire : Les extrêmes droites européennes se réjouissent

Néanmoins, les incertitudes qui entourent le futur mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche pourraient persuader l’électorat autrichien de s’en tenir à des partis traditionnels plutôt que d’élire le premier chef d’État d’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les instituts de sondage se montrent cependant plus prudents. Personne ne se risque à prédire le résultat de cette deuxième élection, surtout depuis l’élection de Donald Trump, qui a défié tous les pronostics réalisés avant le vote du 8 novembre.

Une longueur d’avance pour le FPÖ

Pour l’instant, les deux candidats tournent actuellement autour de 50 %. Or, tout comme aux États-Unis, les Autrichiens ne se déclarent pas en faveur de l’option populiste d’extrême droite lorsqu’ils sont interrogés par les instituts de sondage.

Actuellement, le FPÖ jouit d’une longueur d’avance face aux partis traditionnels, le SPÖ et le ÖVP. En Autriche, comme dans d’autres pays européens, le climat politique semble justement dirigé contre cet establishment politique.

La stratégie de Norbert Hofer est de capitaliser sur ce sentiment, alors qu’Alexander van der Bellen s’en tient plutôt à une stratégie traditionnelle.

Si l’intégration jouera un rôle clé dans le choix des électeurs, l’immigration n’est plus le sujet brulant qu’il était avant l’été et ne sert plus de catalyseur pour le FPÖ grâce aux mesures prises par le gouvernement autrichien.

Le résultat de l’élection, qui nommera un président pour le moins symbolique, est attendu avec impatience, étant donné l’état de survie permanent du gouvernement de coalition SPÖ-ÖVP. L’échec du candidat SPÖ à passer l’épreuve du premier tour aux dernières élections avait d’ailleurs poussé l’ancien chancelier, Werner Faymann, à démissionner.

Il ne se passe pas une semaine sans que les deux partis au pouvoir se chamaillent sur tel ou tel sujet. Même si aucun des deux partis n’a d’intérêt à mettre fin à leur entente, certains observateurs estiment toutefois que le vote de la présidentielle pourrait déclencher des élections anticipées.

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Par ailleurs, une théorie persiste en Autriche : pour éviter de voir Heinz-Christian Strache entrer en lice pour la chancellerie, il faut que Norbert Hofer devienne président. En effet, généralement, les électeurs ne donnent pas le pouvoir du gouvernement et de la présidence au même parti. Cela expliquerait aussi, d’une certaine manière, pourquoi aucun des candidats du parti au pouvoir n’a passé le premier obstacle.

Le vice-chancelier Reinhold Mitterlehner ne croit quant à lui pas du tout à cette théorie et s’inquiète plutôt de l’image internationale de la république alpine. Il a récemment déclaré qu’Alexander van der Bellen était le « meilleur des votes » pour l’Autriche.