L’Europe reste timorée face à l’énergie solaire

Jörg Mayer est optimiste quant à l'avenir du secteur. [Shutterstock]

L’énergie solaire jouera un rôle important dans les efforts européens pour limiter au maximum les émissions de CO2 de l’économie. Euractiv Allemagne se penche sur la place des programmes locaux dans la politique énergétique européenne.

Jörg Mayer est le directeur exécutif de l’association allemande de l’énergie solaire (BSW-Solar).

Après des années de surcapacités, de banqueroutes et de prix en baisse, quelle est la position du marché européen de l’électricité solaire aujourd’hui ?

Le marché n’est pas satisfaisant. Ces dernières années, nous avons assisté à un déclin marqué. Si la baisse s’est stabilisée grâce à l’expansion du marché au Royaume-Uni, nous sommes toujours, dans l’ensemble, loin d’être une région pionnière en termes de transition énergétique au niveau mondial. D’autres continents nous ont dépassés.

À quoi est due cette stagnation ?

À ce jour, la construction de nouveaux systèmes photovoltaïques (PV) est régie par le droit national. Il existe certainement des efforts d’harmonisation raisonnables au niveau européen, comme les appels à projets transfrontaliers ou en termes de réseaux énergétiques. La compétence des énergies renouvelables reste cependant, comme je l’ai dit, au niveau national. L’an dernier, l’expansion du PV était toujours principalement financée via des tarifs de rachats. Ils ont en effet été abaissés trop rapidement par certains pays, à un niveau intenable. En outre, les autres modèles d’entreprises sont restreints et les combustibles fossiles sont toujours préférés. Nous ne devrions donc pas nous étonner que la création de nouvelles capacités énergétique stagne.

Pourtant, le Parlement européen a ratifié l’accord de Paris à l’automne 2016…

Il ne s’agit pas uniquement d’être les premiers en termes de marchés. En Europe, nous nous sommes engagés à respecter certains objectifs climatiques. Nous ne pourrons tenir ces engagements que si nous adoptons  des énergies renouvelables, comme les systèmes PV. Et nous n’y arriverons pas si la plupart des États européens continuent à mettre en place des politiques peu ambitieuses sur la transition énergétique.

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L’Allemagne fait-elle partie de ces États ?

En réalité, l’Allemagne devrait faire des progrès en 2017. En 2017, le PV a conquis 7,4 % des parts de la consommation électrique, ce n’est pas rien, et c’est plus que ce que nous espérions. Plus de 30 % de la consommation allemande a été produit depuis des sources renouvelables, le solaire, mais aussi l’éolien, par exemple. 2016 a donc été une très bonne année.

En principe, en ce qui concerne la production d’électricité, la transition énergétique allemande, l’Energiewende, est en bonne voie. Si la fabrication de nouveaux systèmes PV est restée à un niveau dangereusement bas l’an dernier, nous avons des raisons de croire que cela changera à l’avenir.

Qu’est-ce qui vous rend si optimiste ?

Premièrement, les rectifications apportées au mécanisme de dégressivité pour les subventions au secteur solaire. La loi sur les sources d’énergie renouvelable, approuvée par le gouvernement pour 2017 signifie que le soutien aux systèmes PV pourrait redevenir rentable. Cette mesure, qui s’ajoute à une baisse des prix, convainc de plus en plus d’investisseurs qu’il s’agit d’une option financièrement viable. Nous espérons pourvoir renforcer notre capacité de production de 2 GW en 2017. Et même si nous ne parvenons pas à cet objectif, nous progresserons de toute façon.

Une autre tendance doit être soulignée : ces cinq dernières années, les entreprises d’énergie solaire ont  commencé à financer leurs propres projets. Votre association dirige une initiative de financement des projets PV, qui s’est penchée sur différents modèles d’entreprises dans six pays européens. Quels ont été le résultat de ces enquêtes ?

Cette initiative a été lancée en 2015 avec l’objectif d’analyser les modèles européens qui fonctionnent sans subventions, au presque. Nous cherchons une solution qui permette au secteur de se passer d’aide. Outre l’Allemagne, nous avons trouvé des modèles adaptés en France, en Italie, en Autriche, en Espagne, au Royaume-Uni et en Turquie. Nous avons aussi mis en place des recommandations permettant aux utilisateurs de dépasser les obstacles qui existent encore.

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Un collectif d’ONG et de syndicats propose une trajectoire pour la France qui permette de traduire l’accord de Paris en progrès social.  Le coût du projet serait financé par des ressources nouvelles.

Quels sont ces obstacles ?

Certains types de consommation interne ne sont par exemple pas légaux dans des pays comme l’Autriche, l’Espagne, la Turquie… Et l’Allemagne. Pour nous, la loi sur les sources d’énergie renouvelable a un impact sur la rentabilité de ces modèles d’entreprise.

C’est le cas dans le cadre d’un approvisionnement de voisinage [Mieterstrommodell], par exemple. Ce système ne fonctionne actuellement que si les propriétaires et les consommateurs de l’électricité sont la même entité. Cela s’applique donc au propriétaire d’une maison indépendante, mais pas aux locataires d’un immeuble d’appartements, par exemple. Pour ces derniers, les règles classiques liées à l’approvisionnement s’appliquent. Si le propriétaire d’un immeuble d’appartement pose un système PV sur le toit, les locataires doivent payer des taxes et des frais en plus de leur facture de consommation. Du coup, un kilowatt/heure leur coûterait entre 28 et 29 centimes.

Vos modèles ne feraient donc pas que lutter contre les inégalités sociales, mais apporteraient aussi la transition énergétique au cœur des villes.

Exactement. L’idée politique derrière ce modèle est de donner aux participants qui ne peuvent être propriétaires l’occasion de produire leur propre électricité à bas coûts. C’est pourquoi le propriétaire du toit et du système PV lui-même doit pouvoir fournir de l’électricité aux locataires sans que cela génère les taxes et frais habituels. Ces coûts pourraient être compensés par une subvention, spéciale, qui prendrait probablement la forme d’un tarif particulier pour ces programmes de voisinage.

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En ce qui concerne le paquet hiver du commissaire Maroš Šefčovič’s…

Nous avons un gros problème avec le paquet hiver, dans le sens où les systèmes PV et la consommation privée sont toujours sous-évalués. Les États membres doivent être plus clairement encouragés à promouvoir des modèles plus ambitieux et à ne pas introduire de mesures rétroactives, comme celles qui ont vu le jour en République tchèque ou en Espagne, qui ont complètement détruit la confiance des investisseurs dans ces marchés.

L’Allemagne peut-elle défendre le photovoltaïque au niveau européen ?

Dans les mois à venir, nous élaborerons des recommandations que nous soumettrons à l’UE, et nous nous entretiendrons avec le gouvernement allemand. L’Energiewende a un potentiel énorme, tout comme les modèles d’entreprise avec participation citoyenne, comme ceux dont nous avons parlé. Il ne s’agit pas seulement de réduire les contraintes qui pèsent sur les systèmes énergétiques, l’énergie solaire peut même devenir un pilier important de la transition.