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26/07/2016

La Norvège exploitera ses réserves gazières jusqu’à la dernière goutte

Energie

La Norvège exploitera ses réserves gazières jusqu’à la dernière goutte

Tord Lien

[OED/Scanpix]

La Norvège entamera bientôt le dernier tiers de ses réserves en gaz naturel, dont la plupart se situe dans les régions arctiques, selon le ministre du Pétrole et de l’Énergie.

Tord Lien est le ministre norvégien du Pétrole et de l’Énergie. La Norvège est un important fournisseur de gaz naturel de l’UE, qui considère cette source d’énergie comme un pont vers un avenir sans CO2 et un atout en matière de sécurité énergétique.

La Norvège est l’un des principaux fournisseurs d’énergie de l’UE. Miguel Arias Cañete, le commissaire au climat, a annoncé qu’il voulait que chaque pays du bloc ait trois fournisseurs d’énergie. Cela vous inquiète-t-il ? La concurrence sur le marché su gaz se fera-t-elle plus rude ?

Sur le long terme, je pense qu’il est profitable d’avoir plusieurs fournisseurs, ou clients. Depuis des années, nous sommes en concurrence avec des producteurs de gaz d’Afrique, d’Europe de l’Est, des pays arabes, donc nous sommes préparés.

Vous avez déclaré que la Norvège et l’UE étaient interdépendantes.

Nous avons choisi de développer nos ressources gazières en étroite collaboration avec l’Europe, en s’appuyant sur un système de gazoducs. Cette collaboration a été bénéfique pour la Norvège. Je pense vraiment qu’elle a également été un succès pour les consommateurs et marchés du nord-ouest de l’Europe.

Après l’accord de Paris, qui pourrait mener à une meilleure efficacité énergétique et à une hausse des renouvelables, vous attendez-vous à une baisse de la demande en gaz ?

Je pense qu’il est juste de dire qu’un système énergétique mondial à l’avenir ne pourra se conformer à l’accord de Paris que s’il repose davantage sur les renouvelables et une meilleure efficacité énergétique.

Cependant, vu le déclin de la production de gaz dans les 28 membres de l’UE, nous estimons que le marché d’Europe occidentale restera important dans les décennies à venir.

L’Allemagne cherche à éliminer une très grande partie de sa capacité à produire de l’électricité grâce au charbon et au nucléaire. Au Royaume-Uni, Amber Rud, la ministre de l’Énergie, a annoncé le remplacement du charbon par le gaz, afin d’atteindre les objectifs climatiques. Ces mesures vont évidemment faire grimper la demande en gaz dans cette partie de l’Europe. Remplacer le charbon par du gaz est en effet une manière très efficace de réduire les émissions de CO2.

>> Voir notre infographie : Les décisions de la COP21 en un coup d’oeil

Le gaz naturel produit pourtant des émissions de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, n’est-ce pas ?

Le méthane est également un facteur du changement climatique, oui. Mais où voulez-vous en venir ?

>> Lire : Quelle intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique ?

On décrit souvent le gaz naturel comme un pont vers une société sans émissions, mais on oublie en général de préciser que cette source d’énergie émet du méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le carbone.

Nous nous concentrons déjà beaucoup sur la réduction de toutes les émissions, et pas seulement le CO2 de la production de pétrole et de gaz. Cet effort est appuyé par des mesures fiscales très fortes (une taxe élevée sur les émissions de CO2), mais aussi par des mesures de réduction des émissions de méthane. Et le torchage est interdit depuis longtemps.

La Norvège est à l’avant-garde en ce qui concerne l’utilisation d’énergies renouvelables. Quelle est la part des renouvelables sur le territoire norvégien ?

Nous produisons dix térawattheures d’énergies renouvelables de plus que nous n’en utilisons.

>> Lire : Oslo montre l’exemple en cessant d’investir dans le charbon

La Norvège utilise-t-elle son gaz naturel sur le marché national ?

Oui, pour le transport. Nous en utilisons également une petite quantité dans les industries gourmandes en énergies, mais nous n’avons qu’une centrale au gaz.

Vos réserves de gaz sont donc principalement destinées à l’exportation ?

Oui, tout à fait.

On pourrait donc vous demander pourquoi vous vendez des énergies fossiles à l’Europe et gardez l’énergie propre pour vous ?

Ce n’est vraiment pas juste. Nous accroissons en ce moment nos capacités d’exportation et de commerce vers l’Union européenne. Nous installons des câbles de 1 400 mégawatts vers l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Nous avons mis en place des interconnecteurs vers les Pays-Bas et le Danemark. Nous avons un système pleinement intégré avec la Suède et une interconnexion avec la Finlande. Donc cette question n’est pas juste. Selon l’AIE, le modèle nordique est un exemple brillant de développement de systèmes énergétiques.

Lors de votre présentation, vous avez indiqué que l’exploitation du dernier tiers des réserves de gaz naturel du pays commencerait en 2035. Je sais qu’il est difficile de prédire l’avenir, mais que se passera-t-il quand ces réserves seront épuisées ?

Quand elles seront épuisées, nous cesserons de produire. Nous avons déjà extrait un tiers des réserves. Nous aurons extrait un deuxième tiers d’ici 20 ans.

Cela implique-t-il une extraction dans l’Arctique ?

Nous avons déjà un système de gazoducs dans la région arctique, et une grande partie des ressources restantes sera située dans nos territoires les plus au nord.

Il est évident que la Norvège s’en sort très bien en ne faisant pas partie de l’UE, mais en ce qui concerne vos accords intergouvernementaux et votre interconnexion avec le Royaume-Uni, comment pensez-vous que le marché énergétique serait affecté par un Brexit ? Quelles leçons un Royaume-Uni hors de l’UE pourrait-il apprendre de l’exemple si réussi de la Norvège ?

Vous voulez parler du Brexit, à présent ? Nous avons une coopération remarquable avec l’UE, et nous avons une coopération remarquable avec le Royaume-Uni. Nous continuerons à coopérer avec eux sur l’énergie, à la fois au niveau politique et au niveau des marchés.

>> Lire aussi : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien