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23/07/2016

Les centrales nucléaires belges inquiètent les Allemands

Energie

Les centrales nucléaires belges inquiètent les Allemands

Centrale nucléaire de Tihange

[Marc Delforge/Flickr]

La décision du gouvernement belge d’allonger la durée de vie de ses centrales nucléaires inquiète l’Allemagne et les Pays-Bas. Un article d’EurActiv Allemagne.

La promesse d’une coopération renforcée sur la sécurité ne suffit pas, pour les habitants d’Aix-la-Chapelle, qui ont lancé des procédures juridiques en Allemagne et en Belgique. La centrale belge de Tihange, construite dans les années 1970, est en effet située à une soixantaine de kilomètres seulement de la ville allemande, ainsi que de la ville néerlandaise de Maastricht.

L’Italie a commencé à diminuer sa dépendance envers le nucléaire en 1986, quand un réacteur de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl a explosé. La constitution autrichienne interdit pour sa part tout simplement l’électricité nucléaire. Même la France, qui utilise énormément son parc nucléaire, prévoit de réduire sensiblement ce secteur dans les années à venir. Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire française, près de la frontière allemande, s’arrêtera complètement d’ici 2018.

>> Lire : La France prête à construire de nouvelles centrales nucléaires

Claus Mayr est directeur des politiques européennes de la société allemande de protection de la nature (NABU) et vit à Aix-la-Chapelle avec sa famille.

Quel est votre avis sur les procédures envisagées ?

Je ne voudrais décourager personne. Il est en effet très encourageant que la région d’Aix-la-Chapelle, la ville elle-même et certaines municipalités néerlandaises, comme Maastricht, joignent leurs forces pour s’opposer à ce que la presse qualifie de « ferraille » de Tihange. C’est un signal politique important. Toutefois, vu ma longue expérience avec les lois européennes de protection de la nature, je pense qu’il ne sera pas possible de bloquer la prolongation de la durée de vie de ces réacteurs par voie juridique. Il sera néanmoins intéressant de voir ce que proposent les cabinets d’avocats.

Ils pourraient donc se référer à la directive sur l’information en matière d’environnement, portée par le Parlement européen, le Conseil et les États membres en 2003 ?

Certainement. Les discussions [du 1er février] étaient surtout orientées vers l’amélioration du partage mutuel d’information. Et au-delà de ça ? La mise en marche ou l’arrêt de réacteurs nucléaires ne relève pas de l’évaluation des incidences sur l’environnement (EIE) ou de la convention d’Espoo, entrée en vigueur en 1997.

 >> Lire : Sûreté nucléaire : un enjeu désormais « préoccupant »

En cela, le cas de Tihange est différent de celui de la centrale de Borssele que les Pays-Bas voulaient prolonger il y a quelques années. L’Allemagne et les citoyens des environs avaient alors contesté le projet. La prolongation de la durée de vie de la centrale avait été abandonnée, notamment parce que les financements s’étaient faits rares.

Barbara Hendricks a soulevé la question des évaluations des incidences sur l’environnement transfrontalières durant les discussions [avec le gouvernement belge]. Ce n’est pas une obligation légale, mais elle aurait voulu que la Belgique en réalise un avant de décider de continuer à utiliser la centrale. Comment se fait-il que nous soyons dans cette situation, sans cadre réglementaire pour des questions transfrontalières comme la sécurité nucléaire ?

Le principal problème est que le traité EURATOM de 1957 est toujours en vigueur et que chaque État membre est donc seul responsable de la construction et de la gestion des centrales nucléaires. Même les « stress tests» proposés par la Commission après la catastrophe de Fukushima en 2011 n’ont pas récolté assez de voix au Conseil des ministres ou au Parlement européen. Tout semble donc indiquer que le ministère de l’Environnement allemand n’a aucun moyen d’influencer les autorités belges.

Après près de 60 ans d’utilisation et un certain nombre de catastrophes nucléaires, ne serait-il pas opportun de réviser le traité EURATOM ?

C’est sans doute plus probable depuis l’accident de Tchernobyl, en 1986, et celui de Fukushima, en 2011, puisqu’un certain nombre d’États membres ont décidé de sortir progressivement du nucléaire. L’élargissement de 2004 a considérablement augmenté le nombre de centrales nucléaires dans l’UE, mais nombre d’entre elles sont des vestiges de l’ère soviétique. C’est le cas de la centrale d’Ignalina, en Lituanie, par exemple, qui a été fermée dans le cadre de l’adhésion à l’UE, grâce à des subsides européens – c’est-à-dire aux deniers publics.

 >> Lire : Le démantèlement des centrales allemandes devrait se passer d’aide publique

Le gouvernement allemand, soutenu par le parlement national et des membres des parlements régionaux, devrait se servir de l’impopularité du nucléaire parmi la population pour tenter d’obtenir un changement des traités, via Angela Merkel, au Conseil, et Sigmar Gabriel et Barbara Hendricks, au Conseil des ministres. Même chose pour le Parlement européen. Martin Schulz pourrait finir son mandat à la présidence du Parlement en beauté en obtenant ces changements, que les députés ne sont pas parvenus à faire accepter en 2014.

Pensez-vous que la situation d’Aix-la-Chapelle va faire des vagues, voire favoriser une solution européenne ?

Des événements extraordinaires peuvent forcer un changement. La catastrophe de Tchernobyl a poussé le gouvernement allemand à fonder un nouveau ministère dédié à l’énergie nucléaire, le BMUB, et l’Italie à cesser son activité nucléaire. Fukushima a convaincu l’Allemagne à sortir progressivement du nucléaire à son tour, comme d’autres pays, la Suisse, par exemple. Le cas de Tihange pourra peut-être amener un changement sans qu’il y ait besoin d’une catastrophe nucléaire.

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